Huit infanticides : au final l’avocat général requiert dix-huit ans de réclusion. Par humanité.

Bonjour

Un jour les procès de cour d’assises seront filmés. Pour l’heure les journalistes (qui, officiellement, ne peuvent enregistrer) prennent des notes, écrivent leurs papiers. On ne verra donc pas, pas plus qu’on ne l’entendra, le réquisitoire prononcé devant la cour d’assises du Nord réunie pour le procès Dominique Cottrez. Mme Cottrez, 51 ans, ancienne aide-soignante. Réquisitoire à deux voix prononcé par l’avocat général Éric Vaillant et la magistrate Annelise Cau.

Souffrance-excuse

Au final dix-huit ans de réclusion criminelle pour celle qui a tué huit de ses nouveau-nés  – après avoir « caché » ses grossesses. « Je vous demande une peine équilibrée, suffisamment sévère, mais suffisamment empreinte d’humanité » a déclaré l’avocat général à l’issue d’un réquisitoire a duré un peu plus d’une heure demie.

Humanité ? L’ancien code pénal parlait de « circonstances atténuantes ». « Vous allez prendre en compte la personnalité de Dominique Cottrez, son hyper-fragilité, le fait qu’elle soit hyper-névrosée, vous allez retenir ses conditions de vie, ses troubles psychiques », déclaré l’avocat général aux jurés. Il a eu cette précision juridique qui peut faire mal quand on ne sait plus ni ce qu’est le droit ni ce qu’est la thérapeutique : « l’extrême souffrance ne peut absolument pas être une excuse ».

Poly-pathologie

En quoi le coup de théâtre de l’inceste qui n’existait pas a-t-il pesé sur la peine requise ? En quoi pèsera-t-il sur le verdict de la cour ? L’accusée a-t-elle menti, fait preuve de perversité avant de s’effondrer ? Faut-il au contraire intégrer cette donnée à la poly-pathologie qu’elle montre à l’envi ? « L’explication d’inceste nous rassurait, mais nous endormait aussi », a fait valoir l’avocat général. Réveillé il se garde pourtant bien d’oublier son humanité.

L’inceste aurait-il amplifié les circonstances atténuantes jusqu’au blanchiment de l’accusée ? Qui le sait ? Il faudrait descendre dans les archives souterraines, décoller les minutes des mémoires des cours d’assises de France et de Navarre. Pour l’heure, à Douai, l’avocat général a confié avoir appuyé sa décision sur de précédents jugements. A commencer par une affaire récente (jugée dans le département voisin de la Manche) qui a vu une mère  condamnée à  quinze ans de prison pour six infanticides.

Bébé congelés

La France entière se souvient des « bébés congelés » de Véronique Courjault condamnée il y a six ans à une peine d’emprisonnement d’une durée de huit ans par la cour d’assises d’Indre-et-Loire. L’avocat général avait réclamé une peine de dix ans. La défense, coordonnée par Me Henri Leclerc avait demandé aux jurés non pas «l’impossible» mais «l’impensable». Faire en sorte que Véronique Courjault soit, au terme du procès, libérée dès lors qu’elle aurait accepté le principe de l’injonction thérapeutique. Véronique Courjault, qui est sortie de prison il y a cinq ans .

A Douai comme à Tours il aura fallu entrer dans les détails. «  Le parquet a retenu la préméditation pour sept des infanticides, mais, dans le doute, a considéré le premier cas comme un simple meurtre. Des actes « accomplis avec une certaine détermination, pleine conscience, organisation et sang-froid malgré tout », a précisé  Annelise Cau  de son côté Mme Cau. « Ces crimes, au plus ils se perpétuent, au plus ils deviennent inhumains ». »

Xavier, Hubert, Fleur, Ingrid, Alphonse, Mariette, Blandine, Judith

On pourrait aussi, et on mesure l’horrible de la chose, soutenir le contraire. Ou alors accepter, avec  l’inhumanité de l’accusée, le fait qu’elle ne puisse être jugée par la justice des hommes. Et c’est bien le raisonnement inverse que fait l’avocat général quand il demande aux jurés de prononcer une peine suffisamment empreinte d’humanité.

L’humanité, c’est aussi, c’est surtout, donner un nom aux personnes. En introduction du réquisitoire, l’avocat général avait, pour la première fois, prononcé les prénoms –récemment donnés par la loi – aux huit nouveau-nés : Xavier, Hubert, Fleur, Ingrid, Alphonse, Mariette, Blandine, Judith. « Une occasion de penser un peu différemment à ces bébés nés, ces bébés assassinés ». Dominique Cottrez ne peut plus être enceinte : elle est ménopausée.

Un jour, c’est certain, les procès seront filmés. Et diffusés.

A demain

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