Canicule 2015 : on atteint désormais les limites de la mise en scène de l’action politique

Bonjour

Après l’incurie, le trop-plein. On ne compte plus les déplacements ministériels, les conférences de presse, les discours radiophoniques et télévisés consacrés à la prévention des effets sanitaires de l’actuel épisode caniculaire. Il ne s’agit pas d’annonces particulières mais bien d’opérations de mise en scène. Montrer que, face à la menace climatique diurne et nocturne, le gouvernement veille H24. Pas un bouton de guêtre ne manque dans les opérations de communication.

Et, de fait, tout est prêt, jusque dans les services les plus déconcentrés de l’Etat français qui « ont engagé des mesures d’information du grand public, des professionnels de santé et établissements de santé et médico-sociaux, et des mesures de gestion et d’anticipation des structures d’accueil et de prise en charge ».

Résumons:

. Un dossier spécial est disponible sur le site Internet du ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes pour sensibiliser le public aux gestes de prévention et recenser les mesures prises par les autorités sanitaires pour préparer et gérer cet épisode de forte chaleur : http://www.social-sante.gouv.fr/rubrique_technique,281/carrousel,2376/actualite-presse,42/breves,2325/vague-de-chaleur-mobilisation-des,17928.html

. Les conseils de prévention, ainsi que les outils élaborés par le ministère chargé de la santé et l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) sont accessibles sur leurs sites Internet respectifs :

http://www.sante.gouv.fr/canicule-et-chaleurs-extremes.html
http://www.inpes.sante.fr/10000/themes/evenement_climatique/canicule/canicule-outils.asp

. La carte de vigilance Météo-France permet de s’informer deux fois par jour de l’évolution des températures :
http://vigilance.meteofrance.com/

Injonctions jacobines

Ce n’est pas tout : les autorités sanitaires font en outre savoir, par différents canaux, qu’elles suivent heure par heure l’évolution de la situation. Et à l’heure où ces lignes sont écrites l’offre de soins « ne présente aucune tension inquiétante dans les régions concernées par la canicule », « aucun impact sanitaire n’avait été observé à partir des données observées par l’Institut de veille sanitaire ». Pour l’heure le QG du ministère de la Santé ne fait état que d’une hausse « attendue » des pathologies en lien direct avec la chaleur (hyperthermies, déshydratations et hyponatrémies) a été constatée dans plusieurs régions où sévit le début de la canicule.

Celles et ceux qui se souviennent de l’incurie qui a prévalu lors de l’épisode caniculaire de 2003 (15 000 morts prématurées dont une majorité auraient pu être prévenues) peuvent mesurer le chemin sanitaire parcouru en douze ans. Un chemin, il est vrai, d’autant plus facile à parcourir que les mesures étaient d’une stupéfiante  simplicité : se protéger de la chaleur, boire en quantité (de l’eau fraîche), faire œuvre de solidarité. C’est, incidemment, dire à quel point les épisodes caniculaires, une fois annoncés, nécessitent plus une action solidaire de proximité que des injonctions jacobines télévisées.

Catharsis politique

Il aura fallu, pour en arriver là, une forme de catharsis politique marquée notamment par le départ du Pr Jean-François Mattei, ministre de la Santé (mai 2002, mars 2004) du gouvernement Raffarin ainsi que par  une commission d’enquête parlementaire qui ne permit pas de situer toutes les responsabilités. Cette crise sanitaire fut aussi suivie par l’élaboration d’un « Plan canicule » (doté de quatre niveaux d’alerte) désormais automatiquement déclenché dès le 1er juin de chaque année.

C’est dans ce cadre que l’on voit aujourd’hui se développer et se multiplier les initiatives médiatisées d’ « alerte à la canicule ». On peut, au choix, les trouver justifiées, répétitives ou lassantes. On peut aussi, et c’est plus grave, redouter une sorte d’épuisement de l’effet, la répétition de la mise en scène conduisant à rendre le message inaudible voire de moins en moins supportable. Ce phénomène, a priori paradoxal, a été observé lors de l’épisode de la grippe aviaire (H5N1) en 2005-2006. Il a aussi été documenté (notamment par l’équipe de l’économiste de la santé Jean-Paul Moatti, Inserm)à propos de l’incitation à la vaccination contre l’infection par le virus de la pandémie grippale (H1N1) de 2009-2010.

On peut voir là une nouvelle forme de démonstration que le mieux politicien peut, parfois, être l’ennemi du bien commun.

A demain

Ce texte reprend en partie celui publié sur Slate.fr :« Canicule : le gouvernement prend le risque de la surchauffe »

2 réflexions sur “Canicule 2015 : on atteint désormais les limites de la mise en scène de l’action politique

  1. je suis étonnée des consignes de faire boire de l’eau « plate » uniquement. J’ai le souvenir de la canicule de 2003 où des personnes âgées sont arrivées aux urgences en fin de l’épisode de canicule en ayant bu 2 à 3 L. d’eau avec des natrémies inférieures à 120 très difficiles à prendre en charge. L’hôpital de Genève donne la formule d’une boisson : 1 jus de citron, 1 jus orange, 6 ou 7 cuillères à café sucre et une cuillère à café de sel, ajouter eau pour faire 1 litre.

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