Mères porteuses: soutenir que le GPA peut être «éthique» est un non-sens. Ou une imposture.

Bonjour

Mères porteuses. Depuis des années il y a débat. Plusieurs symptômes laissent penser que l’on entre aujourd’hui dans le combat. Nous sortons de l’époque pétition contre profession de foi. Le temps n’est plus, è gauche, de la lézarde. C’est désormais plus qu’une faille, un gouffre.  Rien moins que la mise à mal d’une certaine conception des droits de la femme.

Mme Vallaud-Belkacem

Une réconciliation avant le divorce ? C’est bien trop tard. Même Terra nova y renonça. Nous étions en janvier 2010.  Najat Vallaud-Belkacem (devenue depuis ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérier et de la Recherche) écrivait ceci :

« Pour les opposants à la gestation pour autrui, il y aurait dans cette pratique une instrumentalisation du corps de la femme, un asservissement portant atteinte à la dignité humaine. Nous serions passés de la « déesse mère » au « four à bébé ». Sa pratique conduirait à une exploitation financière de femmes faisant commerce, contraintes et forcées, de leur ventre. Enfin, immenses, seraient les risques psychologiques pour la gestatrice dont les motivations peuvent être ambivalentes, pour la fratrie, pour le couple d’accueil, pour l’enfant ainsi conçu dont le questionnement sur ses origines serait très difficile.

 Il y a de la vérité et de la réalité dans chacun de ces arguments, mais aucun n’est pour autant irréfutable. Ils plaident, à mon sens, pour la prudence, pas pour l’abstention, car la GPA peut être un instrument supplémentaire au service de la lutte contre l’infertilité. »

Océan de méchanceté

La ministre  Vallaud -Belkacem ne s’exprime plus jamais sur le sujet. Cinq ans plus tard sa place au combat a été prise par Irène Théry, sociologue.  On pouvait entendre il y a quelques jours Mme Théry sur France Culture. Aidée du Dr Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste, elle tentait de défendre un concept en cours de revisitation : le GPA éthique. Dans un océan de méchanceté marchande on peut rêver à un ilot de bienfaisance où des femmes fécondes porteraient des bébés pour d’autres qui ne le peuvent pas – voire pour des hommes qui aimeraient en élever.

Depuis la Maison Ronde Mme Théry tira sur Sylviane Agacinski, philosophe et redoutable porte-parole de celles et ceux qui militent contre son camp et celui du Dr Hefez. Aujourd’hui 2 juillet 2015 Mme Agacinski répond. Et c’est dans Libération.

Capitalisme et loi du marché

A dire vrai l’argumentaire est assez simple et ne nécessite aucun argument d’ordre religieux. Nous reprenons trois points du texte de Mme Agacinski:

«  Le capitalisme et la loi du marché ne cessent d’empiéter sur la vie des hommes, y compris dans ses aspects les plus personnels et les plus intimes, comme la procréation. Le «baby business» frappe à notre porte, non sans rappeler, à notre mémoire, certains des diagnostics de Marx, plus que jamais d’actualité : «Un temps est venu, expliquait-il, où toutes choses, jadis inaliénables, sont devenues des objets d’échange (1).» Nous ne devons pas accepter que la maternité et l’enfant deviennent des objets d’échange. Il n’existe nulle part des femmes bénévoles pour porter un enfant et le donner à des tiers. Si la loi autorisait la GPA, on ferait comme les Britanniques : on appellerait «dédommagement» le salaire des «mères porteuses», et l’on sait trop bien quelles femmes, chômeuses et désemparées, seraient tentées par ce nouveau job. Sur les sites internet des agences californiennes ou ukrainiennes, qui recrutent des mères porteuses pour des clients venus du monde entier, le mot donner apparaît partout, à côté des tarifs élevés des prestations. »

Centres de reproduction humaine

2 « Aux Etats-Unis, il existe de nombreux centres de «reproduction humaine». Le Fertility Institute propose des forfaits de 80 000 dollars, comprenant une fécondation in vitro (FIV) avec le sperme du client, et «une gestation». Les «compensations» offertes pour une «gestation» (autour de 30 000 dollars) sont incitatives, mais les bénéfices des instituts et les honoraires des avocats qui établissent les contrats sont bien plus élevés. Aux Etats-Unis, à côté de femmes au foyer, le prolétariat féminin d’origine afro-américaine forme une bonne partie des candidates à l’emploi de mère de substitution (…). L’Inde, où l’exploitation des femmes est la plus cruelle, a fait chuter les prix des grossesses en raison de la pauvreté des populations, au point que ce pays est devenu le plus gros producteur de bébés. C’est la loi du marché. Elle crée des prolétariats spécifiques : les femmes qui vendent leurs ovocytes, et qui transmettront leurs gènes à l’embryon, sont sélectionnées en fonction de critères très précis : origine familiale, type ethnique, diplômes, vie sexuelle, habitudes, etc. Pour les mères porteuses, on recherche plutôt des femmes déjà mères, solides, sans qualification, souvent inactives et ayant besoin d’argent. »

Vue de l’esprit

3 « C’est une vue de l’esprit de croire que si un embryon est implanté dans l’utérus d’une femme, elle ne mettra pas au monde son enfant, puisqu’elle ne lui a pas donné ses propres gènes. Car un embryon n’est pas un enfant et ne le deviendra jamais sans les échanges biochimiques innombrables avec le corps maternel. Ces échanges sont décisifs pour l’expression des gènes. Comme l’a montré Henri Atlan, tout n’est pas génétique. La symbiose entre le corps du fœtus et celui de la mère qui le porte crée une interdépendance entre les deux, à la fois physiologique et psychique, de sorte que c’est bien de son enfant qu’une femme accouche. (…)Si la GPA est intolérable, c’est qu’elle transforme en «objet d’échange» le corps organique d’une femme, l’enfant qu’elle met au monde et le lien filial entre la mère et l’enfant. »

Novlangue

On peut le dire encore plus simplement : la notion de GPA «éthique» est un non-sens. Ou une imposture. Non seulement l’îlot institutionnalisé de bienfaisance féminine ,dont rêvent Mme Théry et le Dr Hefez n’existe pas mais il ne peut pas exister (2). C’est peut être triste mais c’est ainsi. Et soutenir le contraire c’est, inconsciemment sans doute, faire le jeu de la novlangue des nouveaux esclavagistes.

A demain

 (1) Voir Marx, Misère de la philosophie, 1847, I, 1.

(2) Irène Théry récidive dans Le Monde (daté du 3 juillet) sous la forme d’une longue tribune intitulée « La France doit prendre la maternité au sérieux » et sous-titrée ainsi: « Le 3  juillet, la Cour de cassation rendra une décision qui devrait faire jurisprudence en matière de gestation pour autrui. La France doit reconnaître dans le droit que la maternité n’est pas le propre unique de la femme qui porte l’enfant »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s