« Guignols »: Claude Bartolone aimerait les sauver. Les rois possèdent-ils leurs fous ?

Bonjour

Claude Bartolone  est un responsable politique de haut rang : président de l’Assemblée nationale – en partance pour les régionales. Il était, le 2 juillet, l’invité d’honneur de France Info.  Il a parlé de la crise grecque, de la canicule et des malheurs qu’on lui fait quant à la gestion des comptes de son département de la Seine-Saint-Denis (à l’époque où il en présidait le conseil général).

Bartolone a aussi et surtout parlé des Guignols. La France caniculaire ne parle plus que de cela : des rumeurs qui annoncent la fin de la diffusion des Guignols sur Canal+ – et, peut-être, de leur arrivée sur France  Télévisions. Et le président de l’Assemblée nationale a déclaré ceci :

« Dans tous les cas, il faut sauver [Les Guignols]. Il faut les sauver. Il y a toujours eu de tout temps, dans tous les régimes, c’est le fou du roi. Aujourd’hui ce côté acide qui quelquefois nous amène à mal réagir quand on se sent la cible des Guignols aère l’actualité et la manière de traiter la politique. » (1)

Ce sont là des phrases qui méritent d’être commentées.

I « Il faut les sauver ».

Bartolone ne donne pas le mode d’emploi. Ces marionnettes sont, semble-t-il, la propriété de Vincent Bolloré, propriétaire de Canal +. Or on dit que M. Bolloré n’en veut plus… Il est vrai que l’on dit tant de choses sur M. Bolloré… M. Bartolone ne pourra sauver les Guignols que si M. Bolloré veut les vendre. Et si l’argent correspondant peut être réuni. Le président de l’Assemblée nationale envisage-t-il une souscription publique ? Une nationalisation ?

II « Il y a toujours eu de tout temps, dans tous les régimes, c’est le fou du roi »

 C’est là une assertion qui mériterait la consultation d’historiens spécialistes de la royauté, de la folie et de l’humour réunis. Le fou  du roi était seul de son espèce et il ne semble pas avoir toujours existé, ni sous toutes les latitudes. Les dictatures soviétiques et le régime nazi ne semblent pas en avoir gardé la trace. Ce n’est qu’un exemple. Si le sujet l’intéresse M. Bartolone pourra se reporter à cette petite somme : « Le fou du roi : un hors-la-loi d’un genre particulier ». Il est signé de Tatjana Silec.

 Mme Silec est l’auteure d’une thèse soutenue à la Sorbonne en 2008 : « Le fou et son roi dans la littérature anglaise de Beowulf à King Lear ». Résumé :

« Ce travail étudie les visages du fou du roi dans une perspective diachronique qui va des triomphes de l’empire romain jusqu’à l’époque contemporaine, en accordant une importance plus particulière aux huit siècles qui séparent Beowulf de King Lear.

Les oeuvres du corpus sont examinées sous trois angles principaux : anthropologique, philologique et stylistique, de manière à dégager ce qui fait l’originalité de la figure du fou de cour, à savoir ses qualités de révélateur des codes et des valeurs auxquelles les hommes devaient se conformer pour faire partie intégrante de leur communauté.

Les mutations qui ont affecté la société occidentale, et plus spécialement la société anglaise, depuis la période anglo-saxonne jusqu’à celle de la Renaissance, expliquent que le personnage étudié ait pu prendre des apparences aussi diverses que celles du Green Man, de l’insipiens, du fou innocent, du berserk ou encore du bouffon simulateur, tout en restant le catalyseur par excellence des peurs et des espoirs de ses contemporains. »

Cette analyse peut être rapprochée du dernier propos de M. Bartolone :

 III « Aujourd’hui ce côté acide qui quelquefois nous amène à mal réagir quand on se sent la cible des Guignols aère l’actualité et la manière de traiter la politique »

Aérer l’actualité ? Traiter la politique ? Il faut ici savoir que le président de l’Assemblée nationale « regrette » de ne pas avoir sa marionnette. « C’est que je ne suis pas assez installé dans le paysage politique » dit-il. On peut y voir une forme d’humour.

Claude Bartolone n’est pas le seul politique à pleurer la fin annoncée des Guignols. C’est une situation assez cocasse que de voir Gendarme applaudir Guignol. Le cercle des enfants applaudit à grands cris. Non moins sérieusement une question se pose : en décidant d’en vanter les mérites les responsables politiques  sauvent-ils la satire politique  lorsque cette dernière est en danger ? Choisissent-ils, au contraire, consciemment ou pas, de l’asphyxier ?

La question vaut pour Charlie Hebdo.

A demain

(1) M. Bolloré a entendu la supplique de M. Bartolone: lors d’un comité d’entreprise de Vivendi, vendredi 3 juillet, le président de Vivendi a indiqué qu’il n’avait pas l’intention de supprimer « Les Guignols », selon une source proche du dossier, confirmant une information de Télérama. Du côté de Vivendi, on répète depuis hier que la fin de l’émission n’est pas une question qui a été abordée en tant que telle, mais comme un élément de Canal+, que le groupe assume de vouloir faire évoluer fortement.

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