Tour 2015 – 4ème étape. La chute demeure consubstantielle au vélo. Comme le porteur d’eau

Bonjour

De Gérard Holtz à Jean-Paul Ollivier, le Tour ne nous offre que notre reflet. C’est une cavalcade. Elle commence par la caravane (publicitaire) et s’achève avec la voiture-balai. Entre ces deux extrémités on peut, depuis le bas-côté, entrevoir le peloton des compétiteurs, les échappés qui seront rattrapés, les gros-bras et les porteurs d’eau, les seigneurs et les dopés. Le Moyen Age et la mondialisation, l’exaltation des corps et ses possibles perversions.

Christian Prudhomme

Hier, 6 juillet 2015 ce fut, à la l’image de l’Union européenne, la grande dégringolade. Un spectacle du tonnerre. La joie perverse de l’accident qui réveille. « Fracassant » titre L’Equipe qui, ce matin, montre la pagaille cycliste sur macadam. Ce fut aussi, après l’accident proprement dit, la grande problématique de la neutralisation. C’est là une sorte de concept en cours de revisitation, comme une parenthèse enchantée. Les coureurs roulent mais la course ne s’appartient plus. On voit le maréchal en chef (le doublement bien-nommé Christian Prudhomme) jouer les albatros, ou le chef d’orchestre. Il nous montre son dos et bat des ailes. C’est une représentation rarissime … le rideau rouge qui s’ouvre sur les coulisses… la sortie d’un cauchemar… le charme discret de la bourgeoisie … une ministre de la Santé  qui laisserait entrevoir ses doutes.

René Magritte

Dans le Tour la neutralisation est une rareté. Il faut des histoires de dopage, des morts, voire des grèves de coureurs pour qu’on en vienne à cette extrémité. Hier « le pire est arrivé où on ne l’attendait pas : au kilomètre 105, dans une ligne droite en faux plat descendant, sur une route large, sans obstacle et sous un soleil généreux, en l’absence totale de quelque piège que ce soit » (Gilles Simon, L’Equipe).  Le peloton roulait à 75km/h (bien lire 75), vent de trois quarts dos. William Bonnet « préposé à la protection rapprochée de Thibaut Pinot, heute la roue arrière du coureur qui le précède (l’inverse n’eût pas été possible). Vols planés, effondrements divers et variés, roulés-boulés. C’est l’effet domino au carré. « Une vingtaine de coureurs sont précipités à terre, certains venant violemment heurter un lampadaire autour duquel s’enroulent les vélos » dira L’Equipe. Rappelons que nous sommes en Belgique. Ceci est bien un Magritte.

Dermabrasions

Au final, bilan officiel : traumatisme crânien et cervical sans trouble neurologique ; luxation épaule gauche réduite sur place ; fracture du poignent gauche ; luxation épaule droite, réduite surplace ; traumatisme thoracique avec doute sur fracture costale ; fracture clavicule gauche ; érosion genou droit et coude droit, dermabrasions lombaires gauches. Le Tour 2015, c’est dix médecins (toutes spécialités) dont trois dans la caravane et sept sur la course ; sept ambulances, deux « voitures-médecins », une moto- médicale. Sans oublier un camion (soins-urgence-radiologie-échographie)  garé à l’arrivée. Quasiment la médecine aux armées.

Guy Dobbelaere

A peine les blessés étaient-ils évacués sur l’hôpital belge d’Huy que la polémique enflait. Fallait-il ou non neutraliser ? « Un vrai scandale ! » pour Patrick Lefévère (manager d’Etixx-Quick Step). « Une décision juste » pour Vincent Lavenu (manager d’AG2R La Mondiale). Le second parle éthique et principe de précaution. Le premier accuse (gravement) le président du jury des commissaires, Guy Dobbelaere, qu’il met en cause dans une affaire passée du tour d’Italie et dans l’affaire (spectaculaire) de la « barrière de chemin de fer baissée » lors du dernier Paris-Roubaix.

Sylvain Chavanel

« Une course cycliste démarre au kilomètre zéro et se termine à l’arrivée, rappelle Patrick Lefévère. Tout ce qui se passe entre ces deux points fait partie de la course. » C’est dire s’il file, lui aussi, la métaphore du cycliste qui est une représentation de la vraie vie. Il ajoute : « aujourd’hui on a assisté à un vrai scandale ! ». Il ya des jours comme ça, dans la vraie vie aussi.

Pour La Nouvelle République du Centre-Ouest  le coureur Sylvain Chavanel  est embarqué « au cœur du peloton ».  C’est une sorte de reporter de guerre qui, chaque soir dicte son papier aux sténos tourangelles. Dans son billet d’aujourd’hui il révèle avoir freiné avant le vol plané. Et puis il résume son propos en concluant que la chute est consubstantielle au vélo. Comme la mort l’est à la vie. Ce qui, finalement, est une assez bonne chute.

A demain

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