Hésitations vaccinales : bien des généralistes sont dans un épais brouillard. Qui le dissipera ?

Bonjour

Désespérer ? Il arrive que l’Inserm s’intéresse à santé (publique) et à la recherche médicale (appliquée). Nous parlons des vaccins et de la vaccination. Après la triste et inquiétante «BCG-DTC» prestation de Marisol Touraine sur RMC-BFMTV voici une publication qui permet (enfin) d’enrichir le débat. C’est un papier de Ebiomedicine signée de l’équipe du Dr Pierre Verger (Unité Inserm 912 « Sciences Economiques & Sociales de la Santé et Traitement de l’Information Médicale – SESSTIM »). Un éclairage qui survient, croit le savoir l’Inserm, « dans un contexte de défiance vis-à-vis des vaccins ». Les auteurs ont analysé (entre avril et juillet 2014) les  attitudes et pratiques de plus de 1 500 médecins généralistes français. (1)

L’Inserm parle encore ici de scepticisme ambiant, qui contribuerait à l’insuffisance de certaines couvertures vaccinales. Qu’est-ce que le scepticisme, notamment quand il est ambiant ? Cela n’est pas dit. Pour faire court, trois constats :

1 La quasi-totalité des médecins interrogés (96 %) sont confiants dans leur capacité à expliquer l’utilité des vaccins à leurs patients. Néanmoins ce chiffre tombe à 43 % lorsqu’il est question de parler du rôle des adjuvants, et de justifier leur utilisation. Qui doit, ici, faire son mea culpa ?

Une majorité des médecins (80%) fait « plutôt ou tout à fait » confiance au ministère de la Santé ou aux agences sanitaires (90%) pour leur fournir des informations fiables sur les bénéfices et les risques des vaccins. Est-ce ou non rassurant ? Est-ce bien compatible avec la suite des résultats ?

2 « Certains médecins » expriment des doutes à l’égard des risques d’effets secondaires graves de certains vaccins – et ce même lorsque ces doutes sont infirmés par les résultats de pharmacovigilance et des études épidémiologiques (par exemple, concernant le vaccin contre l’hépatite B et la présence d’adjuvants dans certains vaccins). Ainsi, 6 % des médecins interrogés considèrent probable, voire très probable, l’existence d’un lien entre le vaccin contre les papillomavirus et l’apparition de maladies neurodégénératives telles que la sclérose en plaques. Plus d’un quart d’entre eux (26 %) considère par ailleurs que certains vaccins recommandés par les pouvoirs publics sont inutiles, et 20 % estiment même que les enfants sont vaccinés contre trop de maladies. On aimerait en savoir plus

3  L’existence de telles « hésitations » de la part des médecins généralistes est directement associée à des recommandations vaccinales moins régulières à l’égard de leurs patients. La plupart de ces doutes concernent, comme dans la population générale, des vaccins ayant fait l’objet de controverses en France (vaccins contre l’hépatite B, contre les papillomavirus humain). Mais « de manière plus surprenante » une partie des médecins généralistes hésite à recommander des vaccins dont l’innocuité et l’efficacité n’est plus à prouver (vaccin contre le méningocoque C et la rougeole). « Ces hésitations ne touchent, pour le moment, qu’une part minoritaire des médecins généralistes (d’ailleurs variable selon le vaccin), mais constituent un frein supplémentaire dans le maintien d’une couverture vaccinale de la population suffisante pour la protéger contre des maladies infectieuses qui restent dangereuses » résument les auteurs.

Sur sa faim

On resterait pour une large part sur sa faim s’il n’y avait les commentaires, préciseusement recueillis par Le Quotidien du Médecin  (Clémentine Wallace), du Dr Pierre Verger, premier signataire. « Il est urgent que les pouvoirs publics prennent le mors par les dents, qu’il y ait une réflexion de toutes les instances qui s’intéressent, de près ou de loin, à la vaccination, pour qu’on s’attaque franchement au problème de l’hésitation vaccinale » affirme-t-il. Il déplore la pétition lancée par le Pr Henri Jooyeux, et « s’étonne que la réaction des pouvoirs publics n’ait pas été plus forte ». Il n’est pas le seul.

Comme dans la population générale, une proportion non négligeable de médecins est atteinte « d’hésitation vaccinale », selon les termes du Dr Verger. Il distingue deux catégories

.  La première (25 % de son échantillon) est constituée de médecins qui doutent de l’utilité de certains vaccins recommandés par les autorités, voire qui juge que les enfants sont vaccinés contre trop de maladies. « C’est évidemment très préoccupant. Cette attitude, plutôt pérenne qui ne découle pas me semble-t-il des polémiques, a un impact sur la recommandation de tous les vaccins ».

. La deuxième est constituée de médecins qui expriment des doutes vis-à-vis de la sécurité de certains vaccins, controversés. « On peut penser que ces doutes ont été largement activés, entretenus, voire générés par les controverses qui ont eu lieu depuis une vingtaine d’années ». D’après les résultats de son enquête, en 2014, 10 % des médecins estimaient un lien « probable » entre la vaccination contre l’hépatite B et la sclérose en plaques. 6 % avaient le même raisonnement pour le vaccin anti-HPV. Le pourcentage grimpait à 30 % sur les effets délétères à long terme des adjuvants. « Il semble qu’ils ne démêlent plus le vrai du faux. Ils lisent la presse, tombent sur des sites critiques voire réticents sur Internet et, ce n’est pas qu’ils font confiance à ces sources, mais ces informations contradictoires les perturbent.  Quand les patients ont à faire à des médecins hésitants, cela ne peut que renforcer leur propre hésitation. Il y a un cercle vicieux qu’il faut absolument interrompre. »

Ne pas les laisser seuls

Comment ? Pour ce faire, le chercheur préconise de renforcer la formation universitaire et la formation continue des médecins sur la vaccination. Mais les connaissances scientifiques ne sont pas les seules qui entrent en jeu : « Les médecins ne sont pas tous préparés à gérer des situations complexes et potentiellement conflictuelles avec leurs patients. Cela demande de savoir communiquer des faits scientifiques sans se laisser déstabiliser par les propos des patients. C’est difficile – tout le monde ne sait pas faire. Lors des séances de formation que nous avons organisées en PACA, certains médecins ont révélé qu’ils se sentaient complètement dépourvu face à certains patients très revendicatifs. Il faut aider ces médecins, on ne peut pas les laisser se dépatouiller seuls dans des situations aussi complexes. »

Incurie

C’est dire, dans un tel paysage, l’effet désastreux qu’a pu avoir la prestation télévisée, sur RMC-BFMTV de la ministre de la Santé. Et ce d’autant plus que cet ensemble s’inscrit dans le contexte plus large  de l’incurie généralisée à l’origine de la pénurie chronique de vaccins pédiatriques en France.

A demain

(1) On précise, à l’Inserm que cette étude fait suite à la parution, en mars 2015, du rapport de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), de l’Institut National de Prévention et d’Education à la Santé (INPES) « Vaccinations : attitudes et pratiques des médecins généralistes».

3 réflexions sur “Hésitations vaccinales : bien des généralistes sont dans un épais brouillard. Qui le dissipera ?

  1. Bonjour
    Remplacez « vaccins » par « médicaments » et vous obtiendrez un texte très rigolo.

    Oui, il est normal que certains médecins pensent que tous les vaccins ne sont pas utiles, que leur sécurité n’est pas absolue. Qu’il s’agit de produits avec un rapport bénéfice/risque, comme tout les médicaments.

    Le problème n’est pas de les former, mais de répondre scientifiquement et non dogmatiquement aux questions qu’ils posent et qu’ils se posent sans les faire passer pour des antivaccinaux.

    Il existe vraiment une « Eglise de vaccinologie », à peu près aussi peu rigoureuse et stupide que les antivaccinaux. Une fois que l’on sera sorti du « tout noir tout blanc », on pourra avancer.

    Arrêtons, à commencer par Marisol Touraine, de proférer des âneries sur les vaccins, et nous deviendrons crédibles

    Au hasard

    http://www.i-med.fr/spip.php?article382

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