« Harcèlement moral et sexuel »: un quotidien régional condamné, triste première nationale.

Bonjour

Salles de rédaction et salles d’internat ? A Tours (Indre et Loire) c’est la Nounou – entendre La Nouvelle République du Centre-Ouest. Un quotidien fort honorable; né de la Résistance, couvrant une petite  dizaine de départements dans le bassin de la Loire, du Cher de l’Indre et de la Vienne, longtemps royal avec ses salariés-ouvriers, souvent moqué par ADG. Un journal comme l’époque savait en faire. Puis, depuis quelques années déjà, maladie de l’époque, une Nounou comme fatiguée  par les contraintes modernes,bientôt condamnée à cohabiter avec le groupe La Montagne.

Sexisme et misogynie

Qu’a donc fait la Nounou pour que les médias nationaux en viennent, depuis quelques heures, à parler d’elle ? Et elle, que va-t-elle faire, demain ? En parler ou pas ? Mais venons-en aux faits, puisque ces faits sont publics.

Le quotidien régional La Nouvelle République du Centre-Ouest a été condamné, mercredi 1er juillet (et en première instance) pour des faits de harcèlement sexuel. Non pas pour des agissements à caractère sexuel visant personnellement une journaliste, mais pour l’ambiance sexiste et misogyne régnant dans la rédaction. « C’est la première fois qu’un conseil des prud’hommes ne déboute pas une salariée qui fait valoir que le harcèlement sexuel peut être constitué par des agissements qui ne lui sont pas directement destinés », souligne Marylin Baldeck, présidente de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT).

Forte poitrine

Les faits ? Madame G., journaliste, avait « vingt-cinq ans de maison ». Puis, soudain, en 2012,  elle dit que son environnement de travail devient invivable. C’était dans le département de l’Indre, au bureau de Châteauroux. Le jugement des prud’hommes décrit « des propos à connotation sexuelle et sexiste [qui] sont proférés dans le cadre de l’agence »« des photos de femmes à forte poitrine [qui] sont installées en fond d’écran d’ordinateurs et des vidéos [qui] circulent par courriels » ou encore « des propos vulgaires et insultants à l’encontre d’une de ses collègues ».

L’AVFT défend  la journaliste outragée. Elle précise ces choses dans un communiqué( repéré par le site collaboratif local la Rotative) où les termes retenus, particulièrement crus donne un aperçu de l’ambiance des bureaux de la locale de Châteauroux.

Extraits :

« En 2012, elle est directement témoin de propos connotés sexuellement tenus par des collègues masculins : « Petite bite, enculé de mes deux, grosse burne ». Entre eux ils s’interpellent : « Ma chatounette, mes couilles » et plusieurs fois par jour s’insultent et ou miment bruyamment des rapports sexuels.

Tandis qu’elle, elle travaille, elle est dérangée par les conversations de ses voisins de bureau : « Non, je ne vais pas pouvoir venir ; ce week-end, mon ex est là », « Ben alors tu vas niquer ». « Ouais, mais ce n’est pas sûr » : « T’auras qu’à faire des photos », « Je vous ferai une photo bien dégueulasse de chatte en gros plan ».

Ou alors, lorsque ses collègues déchargent des photos : « Ah ouais, t’aimes ça, toi, décharger… euh, des photos », ou mettent un document ou une photo sur le bureau : « Moi, ce n’est pas une photo que je vais mettre sur le bureau » ; « Ah bon, ben alors c’est quoi ? ».Elle doit supporter des images de femmes nues dans des postures dégradantes qui font office d’économiseurs d’écran, quand ses collègues sont en reportage. (on peut lire la suite ici)

Manque d’humour

Elle est stigmatisée par des collègues qui lui reprochent : « de manquer d’humour, et de ne pas comprendre que les gens ont besoin de se lâcher ». En raison des conséquences du harcèlement sexuel et de l’absence de soutien de son employeur sur sa santé, son médecin traitant lui prescrit un arrêt de travail à partir de janvier 2013.

Mme G. craint de se rendre sur son lieu de travail où il lui est impossible de remplir ses fonctions dans un climat serein ; elle décide alors en août 2013 de demander la résiliation judiciaire de son contrat de travail. »

 Seize mois de salaire

Elle sera licenciée, pour inaptitude, un an et demi plus tard. Dans sa décision, le conseil des prud’hommes condamne La Nouvelle République du Centre-Ouest pour licenciement sans cause réelle et sérieuse et harcèlement moral et sexuel. Le tribunal reproche en outre au journal de ne pas avoir mené d’enquête sur les agissements dénoncés par son employée. Une expertise commandée par le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), postérieure au départ de Mme G., a conclu notamment à l’absence d’une « politique clairement définie » en matière de prévention des risques psycho-sociaux.

Libération (Juliette Deborde) rapporte  que La Nouvelle République a finalement été condamnée à verser à la plaignante seize mois de salaire (alors qu’elle était en poste depuis 1989) et 10 000 euros de dommages et intérêts pour harcèlement moral et sexuel. Une première. «On n’a jamais vu de jugement de conseil de prud’hommes ou de Cour d’appel s’autorisant à définir le harcèlement sexuel de cette manière-là»sans que la salariée ne soit directement la cible des agissements, analyse l’AVFT. Elle ajoute que « les femmes journalistes sont elles aussi exposées au harcèlement sexuel au sein de leurs rédactions et paient un lourd tribut quand elles le dénoncent ».

Mme G. est aujourd’hui âgée de 47 ans. Elle est au chômage et doit  envisager une reconversion professionnelle. Le quotidien peut  faire appel.

A demain

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