Tabagisme et cigarette électronique : voici les premiers effets de la dynamique politique du pire

Bonjour

« Cigarette : la rechute » titre, ce 9 juillet, Le Parisien. (Claudine Proust).Pour la première fois depuis 2009 la consommation de tabac a augmenté. De 7% pour les douze derniers mois selon l’Ofdt (1). Dans le même temps la France progresse encore un peu plus dans le classement européen des pays qui ne parviennent pas à endiguer cette addiction. Ou qui, au-delà des discours officiels,  ne le veulent pas. L’Eurobaromètre fixe aujourd’hui à 32% la proportion des personnes consommatrices-dépendantes du tabac en France – contre 28% en 2012. C’est dire.

« La France qui se trouvait encore en 2012 dans la moyenne des pays européens se retrouve dans le quatuor de queue. Même la Pologne ou la Hongrie font mieux » soupire le Pr Bertrand Dautzenberg. Sollicité un moment par Marisol Touraine sur la question de la cigarette électronique ce spécialiste accuse désormais nommément le gouvernement coupable selon lui de ne pas mener de politique d’augmentation des prix. Or, tout le démontre, c’est l’un des principaux leviers de lutte contre la croissance de la consommation. Le Parisien publie un graphique (réalisé à partir des données de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies) qui le démontre à l’envi pour la période 2001-2004 (politique volontariste voulue par Jacques Chirac).

Pas vu le jour

Le Parisien rappelle le discours solennel prononcé par François Hollande le 4 février 2014 à la Mutualité – discours lançant une « nouvelle étape » du « Plan cancer ». Le président de la République mandatait alors Marisol Touraine : la ministre de la Santé devait lui présenter (avant l’été 2014) un « Programme national de réduction du tabagisme ». L’été 2015 est là. « Le programme n’a pas encore pu produire d’effets ; il n’a pas encore vu le jour » observe Le Parisien. Philippe Presles, tabacologue et membre du conseil scientifique de SOS Addictions rappelle que le calendrier qui le promettait a été assez flou. « Finalement on a compris qu’il serait intégré à la loi de santé » observe-t-il. Loi voiture-balai qui ne sera finalement pas promulguée et appliquée avant, environ, une année…

Dans le même temps le gouvernement en général (la ministre de la Santé tout particulièrement)  a fait le choix, politique, de ne pas parier sur l’aide que pouvait apporter la cigarette électronique. On erre ainsi en pleine incohérence. « Deux millions de Français s’y sont mis, pour moitié des vapoteurs, résume Le Parisien. Alors que les médecins, d’abord circonspects, ont fini par la recommander la vaporette nage aujourd’hui en plein brouillard. La faute, explique Brice Lepoutre, président de l’Aiduce ‘’à toutes ces pseudos-études affirmant par exemple –avant d’être scientifiquement contredites – que l’e-cigarette serait plus cancérigène que le tabac’’. ‘’Absurde juge le Pr Dautzenberg : elle n’est pas plus toxique qu’in inhalateur de nicotine vendu en pharmacie’’. »

Peine de mort

Reste que le mal est fait. « Une fois glissé dans le cerveau le doute est tenace » résume Philipe Presles qui dit passer désormais un quart d’heure à convaincre les hésitants quand quelques minutes suffisaient il y a un an. Le Parisien ajoute l’analyse de Jean-Pierre Couteron, psychologue clinicien et président de Fédération Addiction, qui explique que les insécurités de notre époque (économique, sociale, psychologique etc.) constituent un contexte propice à la rechute. Ce qui n’exonère en rien le politique, bien au contraire. On peut encore lire, dans ce quotidien, un entretien avec Michèle Delaunay, député (socialiste, Gironde), cancérologue et ancienne ministre. Elle aimerait que le paquet de cigarettes dépasse « le seuil symbolique des 10 euros ». Son conditionnel dit tout.

Le Dr Delaunay dit aussi : « Le ministre qui portera le combat de la lutte contre le tabagisme entrera dans l’histoire. Il faut lutter contre le tabac comme on lutte contre la peine de mort. » Nul ne sait si Marisol Touraine lit, chaque matin, Le Parisien.

A demain

(1) http://www.ofdt.fr/statistiques-et-infographie/tableau-de-bord-tabac/

3 réflexions sur “Tabagisme et cigarette électronique : voici les premiers effets de la dynamique politique du pire

  1. Il reste « la bonne solution ».
    Elle n’a jamais été essayée en France au moins.
    Elle consisterait simplement à expliquer dans les journaux, papier ou web, et aux demandeurs de sevrage, les mécanismes biologiques des effets du tabac, explications que j’ai quelquefois données oralement avec succès aux patients.
    En résumé les cigarettes, dégagent par combustion, les 6 ou 7000 goudrons appelés parfums, qui sont hautement cancérigènes mais n’accrochent pas;
    D’autre part la cigarette contient, même froide, la nicotine, inodore incolore et sans saveur, qui n’est nullement cancérigène, mais accroche terriblement, par effet d’accoutumance, et entraine les difficultés de sevrage, car elle agit au niveau des synapses neurologiques.
    Sa pathologie neurologique est surtout centrale.
    On connaît son effet « biphasique » depuis bien avant qu’on n’en comprenne l’explication en voyant les vésicules synaptiques au microscope électronique : excitation au moment du vidage induit des vésicules synaptiques, puis paralysie au moment où celles-ci sont trop vides, malgré la prise d’une augmentation considérable des doses, comme dans toutes les addictions. Expérimentalement, la mort survient par arrêt respiratoire.
    C’est la nicotine qui « permet » l’anosmie et l’hyper-adaptation à notre société de sédentaires un peu bêtes, au sens non-animal du terme, mais surtout réduits à l’état que l’on sait.
    La nicotine est un poison de la famille de la cicutine (alcaloïde de la cigüe, moins violent que la nicotine), dont l’effet, mortel en quelques heures (d’abord jambes froides, etc.), a été très bien décrit dans « la mort de Socrate », en particulier par Platon, qui n’assistait pas à la scène, mais à qui ses amis ont tout raconté, en bons cliniciens.
    Les 2 types de substances, goudrons et nicotine, se favorisent pour entrainer des allergies et des effets bien plus forts chez les « enfumés » que chez les addicts pour ces raisons d’accoutumances.
    C’est pour eux que j’ai le plus de compassion, car les hordes de fumeurs – dans les lieux publics, devant l’hôpital, etc..se tiennent toujours « dans la porte » et font barrage en ce lieu virtuel de la limite théoriques de leurs droits … car la loi Evin de 1991 ne fait pas mention de la direction des vents, essentielle, qui peut faire que les volutes rentrent dans ou ne sortent des immeubles.
    La drogue accroche si bien, qu’on met quelquefois de la nicotine dans les parfums, pour attacher au dit parfum, etc.
    A l’inverse, ceux-ci peuvent aussi rendre malades les « non-addicts ».
    On m’a dit que les premiers paquets de « Camel » (« Gamal » = « chameau » en égyptien) contenaient des opiacés (nettement moins toxiques que la nicotine) : c’est à vérifier pour éviter de mauvais procès.
    Quand on a compris tout cela, on peut dans un premier temps « imaginer » les comportements qui pourraient y remédier : faire un footing devant son ordinateur par exemple (émoticon humour) ?
    Il y a forcément des choix à faire !
    pour « aller plus vite », on peut mettre « un filtre à l’amiante » (émoticon humour) !

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