« Réparer les vivants » : un hymne au don fait un petit malheur en Avignon

Bonjour

14 juillet 2015. Entre deux artifices européens il est des dépêches qui réconfortent. Ainsi celle (non signée) mandée d’Avignon (13/07/2015 17:09:29 – © 2015 AFP). La voici (nous avons ajouté les inters et les liens :

« Une toute petite pièce, portée par un seul acteur, Emmanuel Noblet, fait le plein dans le off d’Avignon, à l’écart des grosses productions du festival officiel: « Réparer les vivants« , d’après le roman de Maylis de Kerangal.

Sur la scène du petit théâtre de la Condition des Soies, le comédien tient tous les rôles ou presque dans la course contre la montre engagée pour prélever le coeur de Simon, mort dans un accident de voiture à 19 ans, et le greffer à Claire, 50 ans, qui attend dans un studio près de l’hôpital qu’un don lui sauve la vie.

Etat de choc

Emmanuel Noblet prête son physique de jeune homme à Simon, porté par le déferlement de la vague lors d’une séance de surf – la dernière avant l’accident fatal.

Il est aussi Pierre, le médecin urgentiste qui constate la mort cérébrale du jeune homme et doit l’annoncer aux parents. Il est Thomas, du centre de transplantation, à qui revient la tâche écrasante de demander aux parents en état de choc s’ils autorisent le prélèvement des organes de leur fils. Et aussi Virgilo, le chirurgien beau parleur aux doigts de fée qui va opérer.

Pitié-Salpêtrière

Un battement de cœur sourd accompagne la pièce, tandis que sur le mur du fond sont projetées les radios du cerveau, du cœur, et surtout l’horloge, témoin de la course contre la montre qui s’engage.

Les chirurgiens ont quatre heures devant eux, quatre petites heures pour prélever le cœur, l’acheminer de la Seine-Maritime où a eu lieu l’accident jusqu’à la Pitié-Salpêtrière à Paris où attend Claire, déjà au bloc.

 Mais s’il n’y avait que cela, ce compte à rebours, ces gestes médicaux, le public n’aurait pas les larmes aux yeux. Non, ce qui bouleverse c’est la douleur des parents, leurs doutes: comment ce fils de 19 ans, ce « jeune dieu », serait-il mort, puisque son cœur bat encore ?

Délicatesse

Avec délicatesse, la pièce, comme avant elle le roman, débat dans l’intimité de décisions vitales: donner ? accepter d’ouvrir ce corps, de prélever reins, poumons, foie, cœur ? Le spectateur s’interroge: et lui, que ferait-il ? donnerait-il ?

Le très beau roman de Maylis de Kerangal, un succès de librairie, était publié depuis à peine trois semaines quand Emmanuel Noblet lui a proposé le 24 janvier 2014 une adaptation au théâtre. La romancière a accepté ce pari: faire « du corps de l’acteur le lieu de la performance physique, voire athlétique – reconduisant la performance physique de la transplantation ».

La pièce créée à Avignon, et produite par le Centre dramatique national de Haute-Normandie, sera jouée à Rouen en novembre et dans le département, avant le Théâtre Montansier à Versailles en avril et un théâtre parisien en 2016/17. »

Hors commerce

Il est des dépêches qui, disant tout, se suffisent à elle-même. A peine ajoutera-t-on la qualité de l’émotion suscitée par l’ouvrage de Maylis de Kerangal (1) ; une émotion sublimée par le don ; une démonstration des impasses dans lesquelles se trouvent ceux qui tentent de faire (sous l’égide de l’Agence de Biomédecine et pour les meilleures raisons du monde) de la communication sur le don d’organes, de la publicité pour ce qui, précisément, est hors commerce et qui, ici, redeviendrait objet.

De ce point de vue « Réparer les vivants » dit le danger considérable de l’entreprise politique en cours (2). C’est une opération elle aussi pétrie de bonnes intentions – qui voudrait faire que les proches du donneur potentiel ne soient plus associés, comme ils le sont aujourd’hui, au geste du don. Si l’on pouvait on demanderait aux promoteurs de l’entreprise de courir jusqu’en Avignon.

A demain

1 « Réparer les vivants » : à lire dès maintenant. (4 mai 2014)

2 Don d’organes : la famille ne donnera plus son accord mais … (11 avril 2015)

Une réflexion sur “« Réparer les vivants » : un hymne au don fait un petit malheur en Avignon

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