Tabagisme. La main tendue d’une députée socialiste au puissant patron des buralistes français

Bonjour

Aujourd’hui, 22 juillet 2015, la guerre du tabac reprend de plus belle. Le « paquet neutre » ne doit pas faire écran. Il est d’autres enjeux, d’autres tractations.

Sur le fond l’une des questions essentielles concerne les buralistes. Ils sont le chaînon entre l’Etat-monopole et les malades accros au tabac. Tout passe par eux, comme tout passe et peu toujours passer par les pompistes, les paysans, les camionneurs. Qu’ils fassent grève et c’est un pays qui s’enraye… un gouvernement qui chancelle… des citoyens en manque et qui souffrent …

EHESP, Rennes, 2013

« Les buralistes peuvent-ils  être des acteurs de santé publique ? ». Question volontairement provocatrice sur laquelle nous avions fait travailler un petit groupe d’élèves de l’EHESP de Rennes. On trouvera ici le fruit de leur travail. C’était il y a deux ans et c’est une problématique qui devient chaque jour un peu plus d’actualité.

A Rennes nous avions incité les élèves de ce « Module Inter-professionel de santé publique » (MIP) à prendre contact avec Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes français depuis sept ans et grand habitué des médias. En dépit de leurs appels répétés ils ne purent jamais lui parler. Il en fut de même pour ses collaborateurs. Aucune réponse, aucune excuse. Nous tentâmes d’intercéder. Même succès. Ceci est consigné dans le rapport.

Paris, rue d’Amsterdam

On retrouve aujourd’hui Pascal Montredon menant haut et fort le combat contre le paquet neutre depuis la rue d’Amsterdam à Paris.  Il vient de recevoir une lettre courtoise autant que constructive de Michèle Delaunay, cancérologue, ancienne ministre et député (PS, Gironde) qui déploie une énergie considérable pour lutter contre le fléau tabagique. Nous publions cette lettre ci-dessous (1). Nous publierons avec plaisir la réponse que le président de la Confédération des buralistes français ne manquera pas, un jour prochain, d’adresser à Mme Delaunay.

A demain

(1) Voici le texte de cette lettre, datée du 21 juillet (nous avons ajouté les inters et le lien

« Chacun de nos entretiens a été empreint de respect mutuel, de volonté d’avancer et de le faire de manière constructive à la fois pour votre profession et pour la santé publique, qui constitue vous le savez le moteur de mon engagement contre le tabagisme. De cela je tiens tout d’abord à vous remercier et c’est au nom de cette attitude mutuelle que je m’adresse aujourd’hui à vous.

 Saillies médiatiques

Chaque jour de ces derniers mois présente son lot de saillies médiatiques de la part de vos mandantsDemain, mercredi, vous protesterez une fois de plus dans la rue contre la loi de Santé. Demain, comme hier, vous dénoncerez mes propos en faveur de la réduction de la consommation des produits du tabac.qui fait de nos la lanterne rouge de l’Europe. Tout cela n’allant pas sans outrance ni sans caricature.

Fort heureusement, sur le terrain, je constate que beaucoup des propos de votre corporation sont de moins en moins partagés par le public qui sait que nous ne pouvons demeurer sans rien faire et que notre volonté est de travailler en partenariat étroit avec tous les acteurs et en premier lieu avec les buralistes dont nous saluons le rôle social et le fort investissement professionnel.

Propositions concrètes

Pour ma part, j’émets des propositions sérieuses et précises, dont nous avons d’ailleurs discuté ensemble à plusieurs reprises :

 améliorer la rémunération des buralistes prévue dans le contrat d’avenir et les accompagner dans la diversification de leur commerce hors tabac ; notre objectif est que les buralistes perçoivent d’ici 3 ans la part que perçoivent aujourd’hui les cigarettiers, soit 11%. Tous les buralistes que je rencontre sont favorables à cette perspective, que salueraient beaucoup de professions en difficulté et que, pour autant, vous n’évoquez jamais sans que nous en comprenions la raison.

 – interdire la vente de tabac en dehors du réseau des buralistes (points relais,, en particulier dans les gares où les buralistes ne sont pas admis ; cafés, restaurants, discothèques bénéficiant du statut de Revendeur de tabac ; « Duty Free »). Là encore, tous les buralistes que je rencontre sont favorables à cette mesure. 

 – élaborer et surtout mettre en œuvre un grand plan de lutte contre le commerce parallèle de tabac, en  engageant au plus vite la ratification du protocole de l’OMS sur le commerce illicite, et en mettant en œuvre la traçabilité indépendante des produits du tabac que ce protocole définit. Il faut rappeler sans cesse que 90% des cigarettes qui composent le commerce parallèle sont de vraies cigarettes, fabriquées et vendues par les fabricants de tabac eux-mêmes. Sur ce point non plus, je ne vous entends jamais, alors que les buralistes de terrain souffrent gravement de la duplicité des cigarettiers.

 – travailler de manière incitative et vigoureuse à une convergence fiscale en matière de produits du tabac à l’échelle européenne, permettant une harmonisation à la hausse des prix de vente

Il est urgent en effet d’augmenter la fiscalité des produits tabac : c’est la seule mesure véritablement efficace pour faire baisser la consommation et plus encore pour éviter l’entrée des jeunes en addiction ; toutes les études convergent sur ce point et le dernier rapport de l’OMS vient de le confirmer une fois encore.

Donneuse de leçon ?

Ni » donneuse de leçon » , ni  » provocatrice » comme l’affirme votre blog « Le Monde du Tabac« , je souhaite simplement faire reculer le tabagisme en France et en Europe. C’est un objectif que je me suis assigné en tant que parlementaire et cancérologue hospitalière pendant près de quarante ans. Aucun Etat ne pourra durablement supporter le fardeau financier que constitue le tabac  (47.7 milliards d’Euros par an). C’est la pérennité de notre système de santé qui est en cause. Si nous ne réduisons pas radicalement les maladies –et en premier lieu les cancers- évitables nous n’avons aucune chance d’assumer le coût des innovations technologiques et thérapeutiques qui bouleversent aujourd’hui les perspectives de la médecine.


Caricatures

La responsabilité d’un politique, vous avez raison, est de prendre en compte une réalité économique : le tabac est une réalité économique, et vous en êtes des acteurs majeurs en tant que « préposés de l’Administration ». Pour cela, nous devons vous accompagner afin de faire évoluer votre métier sans le mettre en danger. Mais la responsabilité d’un politique est aussi d’avoir une vision d’ensemble et de travailler à l’intérêt général dont la santé est, avec l’éducation, l’indicateur majeur. Les chiffres se suffisent à eux mêmes et personne ne les conteste : chaque année, 78.000 morts bac dus au tabac en France, (213 par jour) ; 750.000 dans l’Union Européenne et 6 millions par an sur notre planète. 

Alors M. le Président, comme je vous l’ai exprimé du fond du cœur à plusieurs reprises : travaillons ensemble, loyalement, sincèrement. Travaillons à la renégociation de votre contrat d’avenir et à la lutte contre le commerce hors réseau. Et ne perdons pas de temps à nous caricaturer, l’histoire n’a cure de ces attitudes et de ces retards.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, et de partager avec votre les membres de votre Confédération, mes salutations respectueuses et cordiales. »

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