« SimiliBikinigate » : L’Union de Reims détricote une affaire qui n’était pas celle à laquelle on avait cru pouvoir nous faire croire

Bonjour

Ce n’était rien et voici que la France ne parce que d’elles : ces jeunes femmes (dont deux plus ou moins court-vêtues) qui se sont battues dans le Parc Léo-Lagrange de Reims un beau jour de canicule. Une histoire rapportée ici : « une agression sans l’ombre d’une religion ». « Crêpage de chignon pour un bikini » vient d’oser Le Monde (Pascale Robert-Diard) :

« (…) Trois amies sont allongées sur le dos dans un parc public de Reims. Elles portent toutes un short en jean et un haut de maillot de bain. Passent devant elles cinq jeunes filles, dont l’une est particulièrement complexée. « Allez vous rhabiller, c’est pas l’été ! », lance-t-elle. « C’est sûr qu’avec ton physique de déménageur… », riposte l’une de celles qui bronzaient au soleil. Les deux en viennent aussitôt aux mains, se tirent les cheveux et se giflent. L’agressée a le dessus, les copines de l’agresseuse s’en mêlent, la police est alertée.

 Les cinq filles, trois majeures de 18 à 24 ans, Inès Nouri, Zohra Karim, Hadoune Tadjouri et deux mineures de 16 et 17 ans, sont interpellées. L’une d’entre elles a trois jours d’incapacité temporaire de travail (ITT), sa victime, Angélique Slosse, en a quatre. Voilà l’histoire qui s’est déroulée mercredi 22 juillet à Reims et qui n’aurait sans doute jamais dû dépasser la colonne des informations en bref du journal local (…) »

Erreurs et mensonges

Mais le temps n’est plus où l’on sait ce qui doit rester ou pas dans la colonne des informations en bref des journaux loco-régionaux. C’est L’Union de Reims qui est ici visée. Et c’est L’Union de Reims qui vient de répondre. Un long texte qui mérite d’être cité et rapporté. C’est un texte qui rapporte les faits, c’est un journal de la presse quotidienne régionale qui dit, clairement, sa vérité. C’est la démonstration que la presse est nécessaire quand elle traite de la réalité compliquée. Et que cette même presse est indispensable quand, dans un pays en quête de lui-même, elle décrypte les erreurs (et les mensonges) que l’on peut commettre (ou proférer) à partir de ce qu’elle rapporte. Rien, décidemment, n’est plus beau que la vérité sinon une information en bref justement racontée.

Voici ce texte de L’Union :

« Avant que le Parquet de Reims ne fasse dégonfler l’affaire, en début d’après-midi, hier [26 juillet], précisant enfin que l’altercation n’a pas été déclenchée pour des motifs religieux ou moraux (…), l’affaire du «maillot de bain du parc Léo-Lagrange de Reims» a suscité une frénésie de l’opinion publique nationale. Pourquoi? Comment? Aurait-elle pu être évitée?

Pourquoi nous publions cette histoire ainsi ?

Vendredi [24 juillet], le journaliste de L’Union chargé des faits divers à Reims ce jour-là recueille auprès de sources policières des premières informations au sujet de violences en réunion commises au parc Léo-Lagrange, mercredi après-midi. «Une jeune fille se détache d’un groupe de cinq pour aller vers la future plaignante, qui se trouve, elle, avec deux personnes. Elle lui reproche sa tenue vestimentaire», selon ses sources. Le journaliste cherche à obtenir plus de renseignements sur la tenue vestimentaire…

La précision arrive: «Maillot de bain.» Dans l’après-midi, il cherche à savoir si, lors de sa garde à vue, la principale mise en cause a confirmé les propos de la plaignante, ce reproche au sujet de «la tenue vestimentaire». La réponse qu’il obtient est affirmative. Comme cela se pratique depuis plus de vingt ans, la police nationale ne livre aucune identité, ne donnant que les âges des personnes. Quant au mobile de l’altercation, «il n’apparaît pas clairement», se souvient notre journaliste.

En fin de journée, vendredi, il rédige son article titré «Tabassée dans un parc car elle porte un maillot de bain!». Se voir reprocher le port d’un maillot de bain pouvait s’interpréter comme une critique relevant de la morale. D’où cette phrase dans son sujet évoquant «un discours aux relents de police religieuse», c’est-à-dire «ressemblant à» a voulu écrire le journaliste. Une formulation maladroite assurément car perçue comme l’affirmation que l’affaire était la manifestation certaine d’un interdit religieux.

Pourquoi médias puis opinion publique s’emparent du sujet ?

L’article se retrouve dans la version papier de L’Union datée de samedi [25 juillet]et le sujet est mis en ligne sur le compte Facebook de L’Union et son site internet en fin de matinée samedi. En dehors de l’incendie de forêts en Gironde, l’actualité nationale tient seulement par le sport avec le Tour de France cycliste en ce samedi de fin juillet…

Dans cette morne actualité, des médias nationaux, presse écrite comme parlée, commencent à relayer cette histoire, se fondant sur l’article en ligne de L’Union, donnant au sujet une résonance nationale. En hiver, et avec une actualité juste habituelle, ce fait divers serait passé, comme 99% d’entre eux, entre les mailles des filets de nos confrères nationaux. Là, les réactions d’internautes lambda, de citoyens engagés idéologiquement, religieusement et politiquement, mais aussi d’élus, de droite, d’extrême droite, de gauche, d’extrême gauche, se répandent comme une traînée de poudre via les réseaux sociaux. Que reprennent les médias. Arnaud Robinet, député (LR) et maire de Reims, réagit sur Twitter: «Intolérable sur notre territoire. Je condamne fermement cette agression.»

Pourquoi nous n’obtenons pas d’informations plus tangibles ?

Les extrapolations s’amplifient sans que nous ne puissions les moduler. Depuis le début d’après-midi, nous tentons d’obtenir plus de précisions auprès de la police nationale, mais c’est le commissaire de Châlons, qui ne connaît pas l’affaire, qui est de permanence. Nous tentons aussi d’en obtenir auprès du parquet de Reims, mais le procureur du week-end n’est rentré que vendredi de vacances et ne connaît pas le dossier.

Enfin, auprès de la préfecture, nous faisons aussi chou blanc, le sous-préfet de Reims est en vacances depuis vendredi soir, comme le directeur de cabinet du préfet de la Marne. Et les cadres préfectoraux du week-end n’étaient pas informés. Divulguée en semaine, et en dehors de la période estivale, l’affaire serait retombée aussi vite qu’elle était montée, police, justice et État seraient intervenus beaucoup plus promptement.

Comment les choses sont remises en place ?

Du coup, hier [26 juillet] midi, les médias nationaux sont à Reims: chaînes de télé généralistes, d’informations en continu, radios… Le Tour de France cycliste et l’incendie qui reprend en Gironde ne sont pas de nature à alimenter assez fortement l’actualité. Et puis, depuis samedi en début de soirée, la section rémoise de SOS Racisme a lancé un appel à un rassemblement sur les lieux de l’altercation à midi «pour dire oui à la liberté». Le hashtag utilisé par SOS racisme #JeportemonmaillotauParcLeo connaît une diffusion exponentielle avec le relais de personnalités. Mais à midi, caméras et journalistes sont plus nombreux que les personnes en maillot de bain: huit seulement… Néanmoins, les autorités semblent prendre conscience de l’emballement médiatique et ouvrent les vannes des informations (lire par ailleurs): pas de mobile religieux, pas de mobile moral… Ce qui change complètement la nature de l’altercation.

Toutes les explications fin septembre ?

Désormais, il faudra attendre l’audience fixée au 24 septembre devant le tribunal correctionnel de Reims pour assister à la confrontation. Et que la justice passe. »

Et la justice passera.

A demain

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