Absurdité : dépister l’hépatite C pour, in fine, ne pas avoir les moyens financiers de traiter ?

Bonjour

C’est une forme d’absurdité moderne. C’est aussi un éclairage sur une impasse, contemporaine et exemplaire, de notre santé publique. On en trouve aujourd’hui les éléments d’une part dans le dernier numéro du BEH, de l’autre dans la dernière livraison de Libération.

1 Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (n° 26-27 daté du 28 juillet 2015). C’est un travail titré « Dépistage des hépatites B et C en France en 2013, enquête LaboHep ». Il est signé de Corinne Pioche, Lucie Léon, Christine Larsen, Florence Lot, Josiane Pillonel et Cécile Brouard (Institut de veille sanitaire). Les auteurs voulaient estimer  l’activité de dépistage de l’hépatite C (Ac anti-VHC) et de l’hépatite B (Ag HBs) en 2013 dans les laboratoires d’analyses de biologie médicale (LABM), aux niveaux national et régional, et en suivre l’évolution par rapport à 2010 (enquête LaboHep) Des données sont été collectées pour 2013 auprès d’un échantillon aléatoire de 1 504 LABM : le nombre de tests Ac anti-VHC et AgHBs réalisés, le nombre de tests confirmés positifs, le sexe et l’âge des personnes confirmées positives pour la première fois dans le laboratoire. Résultats :

« Le nombre de tests anti-VHC et AgHBs réalisés en France en 2013 est estimé respectivement à 3,6 millions [et 3,8 millions, en augmentation de 6% et 12% par rapport à 2010. Le taux de positivité est stable par rapport à 2010, estimé à 0,9% pour les anti-VHC et à 0,8% pour l’AgHBs en 2013. Ces indicateurs varient selon les régions.   Cette nouvelle édition de l’enquête LaboHep a mis en évidence une activité de dépistage élevée, en augmentation par rapport à 2010. »

Le dépistage des infections par le VHC constitue plus que jamais un enjeu de santé publique : l’arrivée de molécules antivirales d’action directe représente un tournant majeur dans le traitement de l’hépatite C, en aboutissant à la guérison pour plus de 90% des patients traités.

En 2013 le nombre de tests anti-VHC confirmés positifs pour la première fois en 2013 est estimé à 32 537 (16 285 dans les LABM privés et 16 252 dans les LABM publics). Rapporté à la population, il est estimé à 49 pour 100 000 habitants (vs. 46/100 000 en 2010). Comme en 2010, c’est en Île-de-France qu’il était le plus élevé (109/100 000), suivie par les régions Languedoc-Roussillon et Paca, avec respectivement.

La majorité (63%) des personnes confirmées anti-VHC positives pour la première fois en 2013 étaient des hommes, leur moyenne d’âge était de 49 ans (médiane à 48 ans). Les classes d’âges les plus représentées chez les hommes étaient celles des 40-49 ans (31%) et des 50-59 ans (24%). La moyenne d’âge des femmes confirmées positives était de 52 ans (médiane à 51 ans), les classes d’âges les plus représentées étant les 60-69 ans (23%) et les 40-49 ans (19%).

2 Libération (daté du 28 juillet – « Journée mondiale de lutte contre les hépatites virales »). On peut y lire une tribune signée de Françoise Sivignon, présidente de Médecins du monde. Cette association tente de mobiliser sur ce thème :  www.medecinsdumonde.org/Petition-Hepatite-C.

On peut lire ici le texte du Dr Sivignon dans Libération. Extraits :  « Puisque le 28 juillet est consacré Journée mondiale de lutte contre les hépatites virales, profitons-en pour dénoncer les prix exorbitants de nouveaux traitements, qui ne sont ni plus ni moins qu’une prise en otage des systèmes de santé par l’industrie pharmaceutique.

Qualifiée par l’OMS de bombe virale à retardement, l’hépatite C concerne au niveau mondial plus de 185 millions de personnes et cause 700 000 décès par an. En France, malgré la mise en œuvre de politiques de dépistage, environ 40% des personnes vivant avec le VHC ignorent leur statut (…)  En Europe, les prix exorbitants imposés par l’industrie pharmaceutique (jusqu’à 100 000 euros pour une combinaison de deux molécules en France) menacent les systèmes de santé solidaires. Dans plusieurs Etats membres de l’Union européenne, les patients n’auront pas accès à ces médicaments hors de prix, alors que des versions génériques 100 fois moins chères sont disponibles en Inde. En France, pour les mêmes raisons financières, la Sécurité sociale ne prend en charge le traitement que pour une partie des personnes infectées, celles à un stade avancé de la maladie (…)

Sur l’année 2014, les ventes du laboratoire américain Gilead Sciences, qui commercialise le plus cher des traitements de l’hépatite C actuellement approuvé, se sont élevées à 24,9 milliards de dollars, ce qui lui a permis de dégager 12,1 milliards de dollars de profits. »

Cruauté

En 2013 ce sont donc 32 537 personnes qui se sont découvertes  infectées par le VHC. Sas doute autant en 2014, puis autant en 2015. Combien d’entre elles bénéficieront  des nouvelles thérapeutiques ? Et quand le seront-elles ? « Les traitements par médicaments antiviraux à action directe, puissants et efficaces permettant de faire disparaitre le virus dans plus de 90% des cas sont aujourd’hui, en France, estimés entre de 40.000 et 135.000 euros » explique SOShépatites.  Soit, pour les seuls cas dépistés en 2013, une facture de l’industrie pharmaceutique estimée entre 1,2 et 4,3 milliards d’euros.

Le 25 avril 2014 Marisol Touraine, ministre de la Santé s’exprimait ainsi dans Les Echos : « De nouveaux traitements de l’hépatite C, par exemple, arrivent sur le marché, ils vont changer la vie de milliers de malades. Certes ils sont chers, mais ils seront accessibles à tous ! ». Peut-on lui rappeler cette promesse sans, aussitôt, être accusé de cruauté ?

A demain

 

Une réflexion sur “Absurdité : dépister l’hépatite C pour, in fine, ne pas avoir les moyens financiers de traiter ?

  1. Bonjour

    Personne ne se pose la question sur le fait que la majorité des hépatites C guérisse spontanément sans traitement ?
    Dépister « tout le monde » s’est rendre malade des gens asymptomatique qui plus est qui guériront spontanément.
    Traiter des personnes qui pour la plupart guériront spontanément c’est le nouveau paradigme. En plus avec un médicament hors de prix.
    Qui s’en soucie ?
    En tout cas pas nos autorités sanitaires comme le prouve la publication de l’ INVS

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