Hépatite B et «sclérose en plaques» : des parents réticents et méfiants ; des généralistes rassurants

Mardi 28 juillet. « Journée mondiale contre les hépatites virales ». Rien (ou presque) dans la presse généraliste française. Un communiqué tardif et de circonstance émanant de la Direction Générale de la Santé. Pour dire que le ministère de la Santé luttait contre les hépatites et que tout ira mieux avec la future « Loi de modernisation de notre système de santé » : elle « garantira la possibilité de réaliser des tests rapides d’orientation diagnostique par des professionnels et des non-professionnels ».

Rien sur le coût ahurissant des nouvelles thérapeutiques antivirales de l’hépatite C («  les nouveaux traitements sont disponibles depuis plusieurs mois en France pour les patients aux stades avancés de la maladie ou ayant des comorbidités graves »). Quant à l’hépatite B, on rappelle la nécessité de la vaccination sans évoquer la polémique sur le vaccin hexavalent qui vient réactiver constituer les rumeurs récurrentes et infondées sur les liens entre la vaccination des nourrissons et les affections démyélinisantes.

Pour en savoir plus, pour être mieux informés, il faut lire le dernier numéro, publié le jour même du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut de veille sanitaire (InVS).  On le trouvera ici. Deux papiers sont particulièrement  éclairants. Ils concernent l’un les parents, l’autre les généralistes.

A Les parents. La première recherche portait (enfin…)  sur les réticences des parents face à la vaccination contre l’hépatite B en France. Ce travail a été mené par une équipe de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) dirigée par Frédérike Limousi. L’objectif était de «décrire les attitudes et déterminants psychosociaux de la vaccination contre l’hépatite B chez les parents d’enfants de 1 à 16 ans». Une «enquête en ligne» sur«échantillons indépendants» a été mise en place de 2012 à 2014:

«Parmi les 5.922 parents interrogés, 42,4% ont déclaré que tous leurs enfants étaient vaccinés contre l’hépatite B, 31,3% qu’au moins l’un d’entre eux n’était pas vacciné et 26,4% n’étaient pas certains de la vaccination de tous leurs enfants. Parmi ceux ayant au moins un enfant non vacciné, trois profils ont été identifiés: 46,8% étaient méfiants vis-à-vis de la vaccination, 36,0%, y étaient opposés et 17,2%, étaient plutôt compliants [consentants]. Cette étude a permis d’identifier différents profils de parents auprès desquels il est nécessaire d’adapter les interventions sur la vaccination des enfants contre l’hépatite B

Trois profils parentaux ont ici été identifiés.

1. Les «méfiants»

Le profil le plus représenté (46,8% des parents d’enfants non vaccinés, 14,6% de l’effectif total) est composé de personnes méfiantes vis-à-vis de la vaccination. Elles n’auraient pas accepté de faire vacciner leur enfant si on leur avait proposé le jour même de l’enquête et elles n’avaient pas l’intention de le faire dans les trois mois, mais elles n’étaient pas pour autant «formellement opposées» à la vaccination. Près de 70% de ces personnes pensent que l’hépatite B est une maladie grave et 12,3% que leurs enfants risquent de la contracter s’ils n’étaient pas vaccinés. Il s’agit plutôt de personnes de catégorie socioprofessionnelle supérieure avec des revenus élevés, qui se déclarent pour la majorité d’entre elles (86,2%) favorables à certaines vaccinations et défavorables à d’autres.

2. Les «opposants»

Le deuxième profil en termes de fréquence (36,0%, soit 11,3% de l’effectif total) est composé de personnes opposées à cette vaccination. La quasi-totalité d’entre elles sont en désaccord avec le fait qu’il est facile de faire vacciner leurs enfants, que c’est une bonne chose pour eux et qu’elles seraient sur ce point approuvées par leur entourage. Aucune de ces personnes n’a l’intention de faire vacciner ses enfants dans les trois mois et plus des trois quarts pensent que leurs enfants ne pourra pas contracter l’hépatite B. Cette catégorie était représentée par une majorité de femmes et davantage de personnes âgées de 35 ans et plus. Parmi elles, 5,4% sont défavorables à toutes les vaccinations.

 3. Les «compliants»

C’est le profil le moins représenté (17,2%, soit 5,4% de l’effectif total). Il s’agit de personnes qui auraient accepté (dans 89% des cas) de faire vacciner leurs enfants si on le leur avait proposé au moment de l’enquête. Un peu plus d’un tiers d’entre elles déclarent avoir l’intention de le faire dans les trois mois et la moitié pense que ce sera facile. Près de 80% de ces personnes sont d’accord avec le fait que l’hépatite B est une maladie grave et 38% que leurs enfants risquent de la contracter s’ils ne sont pas vaccinés. Il s’agit en majorité d’hommes jeunes, habitant dans des villes.

B Confiance des médecins

La deuxième recherche publiée dans le BEH décrit les perceptions et pratiques de vaccination contre l’hépatite B des médecins généralistes libéraux en France métropolitaine. Elle a été menée par un groupe dirigé par Arnaud Gautier (Inpes) auprès d’un échantillon aléatoire de 1.582 médecins généralistes exerçant en France métropolitaine (interrogé par téléphone entre avril et juillet 2014). Résumé:

«La majorité des médecins interrogés (90,3%) déclaraient avoir été complètement vaccinés contre l’hépatite B. Les trois quarts des médecins, parents d’enfant(s) de 2 à 24 ans, déclaraient que leur(s) enfant(s) étai(en)t bien vacciné(s) contre l’hépatite B. Pour 16,6%, aucun enfant ne l’était.

 La moitié des généralistes estimait obtenir facilement l’adhésion à cette vaccination pour les adolescents non vaccinés. Le lien entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques était jugé “pas du tout probable” par 48,0% des médecins et “peu probable” par 40,3%. La proposition de la vaccination contre l’hépatite B chez l’adolescent était systématique pour un tiers des médecins (34,0%).

 Un sur dix ne la proposait “jamais”. La moitié des médecins interrogés (51,9%) déclarait “toujours” détailler les maladies ciblées par le vaccin hexavalent [vaccin protecteur contre six maladies, dont l’hépatite B] quand ils le proposaient; un médecin sur cinq déclarait le faire “parfois” ou “jamais”. En conclusion, si la majorité des médecins sont confiants vis-à-vis de la sécurité du vaccin contre l’hépatite B, ils perçoivent leur patientèle comme réticente vis-à-vis de cette vaccination.»

Marisol Touraine

Question des parents à laquelle les généralistes ne peuvent répondre : pourquoi ne trouve-t-on aujourd’hui dans les pharmacies française que l’ INFARIX HEXA® ;vaccin de la multinationale britannique GlaxoSmithKline (39,04 euros la dose), protecteur contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B, la poliomyélite et les infections à Haemophilus influenzae de type B ? Que répondre, concrètement, aux parents « méfiants » et « opposants » ?  C’est une question à laquelle il serait bon que Marisol Touraine puisse, enfin et clairement, répondre.

 A demain

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