« Simili-bikinigate » : SOS Racisme fait le choix du mea culpa mais s’en prend aux médias

Bonjour

Il n’est jamais trop tard pour passer à confesse. Chacun se souvient du « Simili-bikinigate », cette boursouflure médiatique qui n’aurait jamais dû voir le jour ; ce fait divers mal raconté et qui donna lieu à quelques interprétations spontanées d’autant plus passionnées que les faits n’étaient pas prouvés (1).  Un crêpage de chignon à l’ombre de la cathédrale de Reims devenu affaire médiatique, politique, religieuse. Mais une affaire, finalement, où il n’était question ni de morale ni de religion. Elle donna pourtant lieu à un appel à manifester – puis à une manifestation- bikini qui avait tourné au ridicule médiatique : fin de canicule et sept personnes sous un ciel gris et pluvieux.

Nous avons donné la version de L’Union de Reims. Aujourd’hui c’est Dominique Sopo,président de SOS Racisme qui, sur son site, revient sur le sujet . Voici son texte (nous avons ajouté les inters):

« Lorsque le journal L’Union de Reims relata ce samedi un lynchage envers une jeune fille portant un maillot de bain au parc Léo-Lagrange de Reims, en évoquant comme un fait établi l’aspect moral de l’agression, de jeunes militantes rémoises de SOS Racisme ont décidé d’organiser un rassemblement dès le lendemain en forme de pied de nez à ce qui semblait relever d’une logique contraire à la liberté de choix des femmes.

Mauvaise séquence

Sans jamais évoquer le potentiel aspect religieux de l’affaire – puisque cela relevait clairement d‘une interprétation de l’auteur de l’article -, l’association s’est donc trouvée entraînée dans une très mauvaise séquence qui s’explique par trois éléments :

– La reprise par maints médias de cette histoire de lynchage, qui n’est pas sans rappeler « l’affaire du RER D » de 2004 (je me souviens à cet égard d’une station de Radio France qui avait appelé maints responsables associatifs en assurant qu’une vérification auprès du ministère de l’Intérieur leur permettait d’affirmer la réalité de cette affaire pour, quelques jours plus tard, interroger les mêmes responsables sur l’ « emballement des associations et des politiques »).

– L’exploitation immédiate de cette histoire par l’extrême-droite qui ne défendait évidemment pas là une quelconque liberté de choix mais, comme à son habitude, une stigmatisation immédiate et massive des musulmans, alors même que les très imprudents articles de presse ne citaient jamais une quelconque confession.

– Bien évidemment, le fait que l’aspect moral ait fini par être écarté, malgré ce qui était écrit telle une certitude dans l’article de l’Union de Reims.

Mauvaise conseillère

La précipitation est mauvaise conseillère et un appel au rassemblement, qui aurait pu avoir sa légitimité sur des faits solidement étayés, n’aurait pas dû être prévu pour le lendemain, quelles qu’aient pu être la frénésie des réseaux sociaux et l’emballement médiatique. Par ailleurs, une fois que les autorités judiciaires ont démenti tout aspect moral dans cette bagarre, le rassemblement prévu aurait dû être annulé.

Sans que cela remette en cause les motivations des militantes rémoises accusées par certains habitués de ces diatribes de vouloir s’en prendre aux musulmans (je répugne à détailler les origines et les confessions des militantes rémoises afin de montrer l’inanité d’une telle pensée), cette séquence était une erreur à laquelle nous aurions dû avoir, au niveau national, la réactivité suffisante afin d’y mettre un terme

Certains comportements

Par ailleurs, car cette affaire devient malheureusement typique de certains comportements, je me permets de clore cette mise au point par trois remarques :

– Première remarque : pour répondre à l’étonnement de certains face au lancement par SOS Racisme d’une mobilisation davantage féministe qu’antiraciste, je rappelle que l’association mène les combats qu’elle entend et qui, bien souvent, débordent le champ de l’antiracisme pour s’étendre à celui de la défense de la liberté et de l’égalité (combats féministes, soutien aux révolutions dans le monde arabe, lutte contre l’homophobie, défense de la démocratie…).

– Deuxième remarque pour certains politiques qui sous-entendent contre toute évidence que SOS Racisme s’en prendrait aux musulmans : le temps des colonies est fini et il leur est loisible de laisser leurs éventuels mandats à des musulmans, ce qui serait la plus forte preuve d’amour et contribuerait à remédier à la dramatique sous-représentation de plusieurs catégories de la population dans nos assemblées.

– Troisième remarque à l’adresse de nombre de médias : après avoir abondamment relayé les informations de l’Union de Reims toute la soirée du samedi et une bonne partie de la journée de dimanche, certains médias ont eu la délicatesse de mettre une fois de plus la frénésie au débit des politiques, des associatifs et des réseaux sociaux. Où l’on apprend qu’une profusion d’articles qui ont entraîné un rassemblement trop rapidement décidé est due à ce rassemblement. Où l’on apprend donc que la conséquence serait la cause de la cause… »

Contrition

Passer à confesse impose le plus souvent un acte de contrition. Le Monde (Pascale Robert-Diard) observe que  l’affaire a  conduit SOS Racisme « à faire disparaître de l’organigramme de son site le nom de Daniel Dhombres qui en assurait la coordination éditoriale ». Celui-ci avait publié dimanche sur Twitter, un tweet dans lequel il invoquait « l’origine » des jeunes filles pour accréditer l’hypothèse d’un « motif religieux » à l’agression.

A demain

(1) Au chapitre des « certitudes sans preuves » une lecture d’été (et de rentrée) vivement conseillée : « Croyance » de Jean-Claude Carrière. Editions Odile Jacob. Par  l’inégalable auteur de  la « Controverse de Valladolid ».

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