Ebola : l’OMS affirme qu’un vaccin est aujourd’hui «à portée de main». Sans préciser la distance

Bonjour

D’un excès dans  l’autre. Il n’y avait rien, nous aurions tout…. L’OMS ne voulait pas, il y a un an, voir l’épidémie ouest-africaine d’Ebola ? Elle est aujourd’hui au devant de la scène médiatique : elle affirme que l’espoir vaccinal est là, « à portée de main ». Et la planète (du moins celle qui s’intéresse à l’Afrique et à Ebola) de croire à nouveau en l’OMS.

France absente

De quoi s’agit-il ? D’une publication du Lancet daté du 31 juillet.Publication en extrême urgenceC’est un travail financé et soutenu par de nombreux acteurs dont l’OMS (1) – aucun n’est français. Pourquoi ? Paris ne le dit pas.  Un travail international dirigé par le Dr John-Arne Røttingen (Norwegian Institute of Public Health, Oslo). Le candidat vaccin testé est ici le rVSV-ZEBOV.  Il s’agit d’un vaccin recombinant exprimant une glycoprotéine de surface d’une souche Zaire du virus Ebola. Il a été  développé par l’Agence de la santé publique du Canada et sa licence est détenue par les laboratoires américains NewLink Genetics et la multinationale Merck. Il a été testé en Guinée, pays francophone, sur près de quatre mille personnes et se serait « révélé à 100 % efficace ».

Ethique et placebo

Baptisé Ebola, ça Suffit (“Ebola this is enough”)  l’essai clinique ( une vaccination « en anneau » ou « en ceinture ») a été mené entre le 1er avril et le 20 juillet. A partir d’un groupe de 7 651 personnes de plus de 18 ans ayant (dans différents clusters) eu des contacts avec des patients infectés, 4 123 volontaires ont été tirées au sort et reçu le vaccin immédiatement (les 3 528 autres recevant le vaccin vingt-et-un  jours plus tard). C’est là une technique qui peut paraître éthiquement discutable (et qui sera discutée)  mais qui était destinée à faire l’économie de la vaccination contre placebo qui, elle, soulevait d’autres difficultés.

Dans le premier groupe, aucun cas d’Ebola n’a été détecté au cours des dix jours ayant suivi l’inoculation. Dans le second groupe seize cas d’infection ont été recensés. Soit une démonstration de l’efficacité au prix de seize contaminations. Sur l’ensemble des participants quarante-trois cas d’effets indésirables « sérieux » ont été notifiés. Des études sont en cours pour mieux les comprendre.

Merck, prudent

Après cette phase, l’essai devrait se poursuivre en incluant des adolescents de 13 à 17 ans voire des enfants  de 6 à 12 ans. Succès total ? Vaccin à « portée de main » comme le dit l’OMS dans certaines dépêches ? Certaines sources onusiennes sont moins enthousiastes. Elles modèrent : « jusqu’à présent, le vaccin semble être efficace chez tous les sujets vaccinés mais  il faudra disposer de données plus concluantes pour savoir s’il peut conférer une immunité collective à des populations entières ».Merck, comme d’habitude plus que prudent prévient qu’il  n’est pas prévu de vacciner tout le monde préventivement (comme, en Afrique, contre la rougeole et la poliomyélite). La firme américaine précise qu’une fois les autorisations de mise sur le marché obtenues il devrait produire et stocker suffisamment de doses de vaccin en prévision des prochaines flambées d’Ebola.

Plusieurs lectures 

Pour le Dr John-Arne Røttingen, responsable de ce travail il faut être prudent :

«  Il n’y a pas encore de certitudes sur le fait que ce candidat vaccin puisse devenir un vaccin autorisé pour une utilisation à grande échelle contre les épidémies d’Ebola. Des preuves supplémentaires sont nécessaires pour évaluer la sécurité et l’efficacité du vaccin avant de l’utiliser hors du cadre d’un essai clinique. »

Pour le Dr Marie–Paule Kieny, sous-directrice générale de l’OMS et co-auteure de l’étude :

« Ce travail mené en un temps record marque un tournant dans l’histoire de la recherche et développement en santé. »

Pour le Dr  Sakoba Kéïta, co-signataire coordinateur national de la riposte à Ebola et Guinée et co-auteur de l’étude :

« C’est le cadeau de la Guinée à l’Afrique de l’Ouest et au monde. »

Un cadeau ? La Guinée a été premier pays touché (officiellement  3.786  cas et 2.520 morts) par une épidémie face à laquelle l’OMS a mis plus de six mois avant de réagir.

A demain

(1) Outre l’OMS: the Wellcome Trust (UK); Médecins Sans Frontières; the Norwegian Ministry of Foreign Affairs through the Research Council of Norway; and the Canadian Government through the Public Health Agency of Canada, Canadian Institutes of Health Research, International Development Research Centre, and Department of Foreign Affairs, Trade and Development.

2 réflexions sur “Ebola : l’OMS affirme qu’un vaccin est aujourd’hui «à portée de main». Sans préciser la distance

  1. Pas de français dans les auteurs ? Quel a été le rôle de la France en Guinée ? Quelques personnes de très bonne volonté, quelques diplomates cyniques et « diplomates », un pseudo engagement de façade, beaucoup d’argent englouti dans une perte de temps calamiteuse. Ah la French Task Force s’est exportée dans un pays francophone ! Dans les hôtels, on parlait anglais ; caciques et autres experts du CDC et de l’OMS se retrouvaient dans le QG ; ils ne parlaient pas français dans un pays francophone…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s