Vaccins et « document secret » : aujourd’hui le Canard Enchaîné s’en prend à Marisol Touraine

Bonjour

Il n’est pas « confidentiel défense », c’est un « confidentiel santé ». Daté du  28 juillet 2015 il émane de l’Institut de veille sanitaire (InVS). Mandé de Saint-Maurice ce document est une « note à l’attention de Monsieur le Professeur Benoît Vallet Directeur général de la Santé ».

Espérer

C’est là un document pré-explosif. Est-il remonté du bureau du DGS au cabinet de Marisol Touraine ? Il faut, pour certains, l’espérer. Pour l’heure c’est Le Canard Enchaîné (Isabelle Barré) qui en révèle l’existence et qui montre un extrait en fac-similé.

« Objet : Alerte concernant l’impact des ruptures de stock de vaccin pentavalents et tétravalents sur la couverture vaccinale des nourrissons en 2015 

(…) Entre le premier semestre de 2014 et celui de  2015 la délivrance des vaccins « pentavalents »(diphtérie, tétanos, polio, coqueluche et méningite) a chuté  de 80,7% (.. les ventes de DT-Polio ont baissé de 14,5% (…) le recul est de 14,6% pour la coqueluche est de 15,1% pour la méningite (…) » 

Se gausser

Un Canard qui se gausse, en rapprochant cette alerte de l’annonce, par Marisol Touraine, d’un « grand débat » sur les vaccinations dans les brouillards du prochain automne. Une initiative lancée en exclusivité dans Le Parisien avec  une relative impréparation. C’était le 1er août, soit quatre jours après la signature de la note de Saint-Maurice. « Marisol Touraine lance une campagne de vaccination … sans vaccins (… ) la ministre de la Santé tance les parents » écrit encore l’hebdomadaire satirique.

De fait l’initiative ministérielle est à très haut risque, compte tenu de l’incurie qui prévaut depuis des mois dans le domaine de la fabrication et de la distribution des vaccins pédiatriques (voir, ici, notre chronique datée d’avril, sur Slate.fr)

Identifier

En réalité l’abcès identifié par Le Canard Enchaîné n’est qu’une récidive. Où il est démontré qu’inciter à faire usage d’un médicament qui manque est une démarche catastrophique.

Rappel : s’exprimant dans le cadre de la «semaine européenne 2015 de la vaccination» (qui se tenait du 20 au 25 avril), Marisol Touraine avait réaffirmé toute l’importance qu’il fallait accorder à cette méthode de prévention des maladies infectieuses. La ministre s’était alors  dite préoccupée par la baisse, en France comme dans l’ensemble des pays européens, des taux de couverture vaccinale. Elle n’avait  toutefois pas fait mention d’une donnée essentielle: la France, comme l’ensemble des pays européens, est confrontée à une pénurie sans précédent des principaux vaccins pédiatriques. Cette pénurie conduit l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) à faire régulièrement le point sur la situation et à développer des stratégies pour pallier cette pénurie (on parle, officiellement, de «tensions d’approvisionnement» et de «ruptures de stocks»).

Recommander

 La principale inquiétude des autorités sanitaires concernait (déjà)  les vaccins qui constituent la clef de voûte du calendrier vaccinal pédiatrique. Il faut ici faire la part entre les vaccinations qui sont obligatoires et celles qui sont simplement recommandées. Contrairement à ce qu’a pu laisser entendre récemment Mme Touraine sur RMC-BFMTV les seules vaccinations obligatoires sont celles contre la diphtérie et le tétanos (primo vaccination avec rappel à 11 mois) ainsi que contre la poliomyélite (primo vaccination et rappels jusqu’à l’âge de 13 ans).

Parmi les vaccinations recommandées figurent celles contre la coqueluche, la rubéole, la rougeole, les oreillons, la varicelle, les infections invasives à Haemophilus influenzae Bà pneumocoqueà méningocoque C et les infections à papillomavirus humain (pour les jeunes filles entre 11 et 14 ans).

Vacciner

En pratique, le choix entre l’obligation et la recommandation ne se pose pas, puisque la quasi-totalité des vaccins pédiatriques sont des vaccins «combinés»: ils contiennent plusieurs «valences», ce qui permet d’assurer la protection contre plusieurs infections et de réduire le nombre des injections et des consultations médicales. Pour l’heure, les tensions d’approvisionnement concernent plusieurs des vaccins contenant la valence «coqueluche». Il s’agit des vaccins indiqués dans la prévention conjointe de la diphtérie, du tétanos, de la coqueluche et de la poliomyélite: INFANRIXTETRA®  etTETRAVAC-ACELLULAIRE® (14 euros la dose).

Mais il s’agit aussi des vaccins indiqués dans la prévention conjointe de la diphtérie, du tétanos, de la coqueluche, de la poliomyélite et des infections invasives à Haemophilus influenzae type b (méningites, septicémies, cellulites, arthrites, épiglottites): INFANRIXQUINTA® et PENTAVAC® (26 euros la dose). Ces quatre vaccins ne sont produits que par deux multinationales: GlaxoSmithKline (GSK) et par Sanofi Pasteur MSD.

Proposer

Un vaccin particulier n’est toutefois concerné par cette pénurie. Il s’agit de INFARIX HEXA®; un vaccin de GlaxoSmithKline, plus coûteux que les précédents (39 euros la dose) protecteur contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B, la poliomyélite et les infections à Haemophilus influenzae de type B. GSK précise qu’il «est disponible dans les pharmacies d’officine».  C’est en priorité ce vaccin qui est aujourd’hui proposé par les pharmaciens, au grand dam des parents qui ne veulent pas que leur enfant soit protégé contre l’hépatite virale de type B.

Face à cette situation de forte tension, la Direction générale de la Santé avait modifié début mars la stratégie de vaccination des nourrissons, ce qui constitue un véritable bouleversement pour les pédiatres et les pharmaciens d’officine. L’utilisation du vaccin coûteux INFANRIX HEXA® doit ainsi être privilégiée «pour préserver le stock de vaccins pentavalents dans des situations particulières».

S’expliquer

L’autre situation critique concerne le vaccin BCG-SSI® (distribué mais non fabriqué par Sanofi Pasteur) tenu pour assurer une protection active contre la tuberculose. Ce vaccin doit être administré aux enfants «présentant un risque élevé de contracter une infection tuberculeuse». Là encore la situation de pénurie a conduit à une «distribution contingentée». Ce vaccin n’est désormais plus disponible qu’auprès des centres de PMI et des Centres de lutte antituberculeuse.

Sanofi-Pasteur s’en est expliqué auprès des médecins et des pharmaciens dans un courrier daté du 12 mars. Sans toutefois préciser les raisons précises de ses «difficultés d’approvisionnement». Secret industriel oblige, aucune explication officielle n’est fournie. Dans la région parisienne, des responsables de ces centres expliquent être aujourd’hui confrontés à une très forte demande pour un vaccin dont l’efficacité est par ailleurs fortement discutée. C’est là un autre abcès qui ne devra pas tarder à être crevé.

Pour l’heure le courrier de l’InVS révélé par Le Canard Enchaîné n’aura rien appris d’essentiel au Directeur général de la Santé : la situation vaccinale est grave et ne pourra qu’empirer. Il reste à savoir si la ministre de la Santé le sait. Si oui pourquoi ne pas en parler ?

A demain

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