Vacciner? Après le «document secret» du Canard Enchaîné, l’étrange affaire CartoVaccins®

Bonjour

C’est un beau sujet qui ne peut qu’inquiéter. Un sujet qui vient compliquer un peu plus l’épais dossier de la prise en compte politique des problématiques vaccinales. C’est aussi, d’une certaine façon, une révélation du Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret) qui voit là « un logiciel contre les médecins antivaccins ». Autant dire une nouvelle polémique en perspective.

Résumons. Il existe, en France, trois vaccinations obligatoires (contre la diphtérie, le tétanos et la polimyélite). Toutes les autres, disponibles sur le marché, sont recommandées, certaines plus que d’autres. La volonté de la puissance publique et des autorités sanitaires est d’obtenir, chez les jeunes enfants, une couverture vaccinale maximale contre des infections potentiellement dangereuses et qui pourraient de la sorte être éradiquées. Des engagements ont en ce sens été pris par la France auprès de l’OMS pour ce qui est de l’hépatite B ou de la rougeole.

Document secret

Dans le même temps les vaccinations sont gratuites, prises en charge par la collectivité au nom de la santé publique – tandis que les vaccins sont fabriqués par des firmes privées (Sanofi-Pasteur MSD et GlaxoSmithKline pour une large part). Or les mêmes pouvoirs publics/autorités sanitaires ne se sont pas dotés d’un système simple et fiable permettant de connaître de manière exhaustive l’état de la couverture vaccinale de la population française (1).

Pour l’heure les études menées sur ce thème ne sont que des approximations basées sur différents paramètres sont les ventes des vaccins dans les pharmacies d’officine. C’est là un système complexe, nullement satisfaisant et pouvant donner lieu à des polémiques comme vient de le démontrer la rocambolesque affaire du « document secret » de l’InVS adressé à la DGS et révélé par Le Canard Enchaîné.

Contre nature

C’est dans ce contexte polémique, sur fond d’incurie chronique quant à la production-distribution des lots vaccinaux, que survient l’affaire CartoVaccins®. Une bien étrange affaire qui voit Big Pharma (en l’espèce le britannique GlaxoSmithKline – GSK) faire alliance financière avec l’assurance maladie, les Agences régionales de santé (ARS), les Conseils généraux, les pharmaciens libéraux, les services de PMI etc. pour bâtir un système de surveillance vaccinale tendant à l’exhaustivité. Avec toutes les craintes que peut faire naître une telle alliance dans un contexte de refus croissant de la vaccination dans certaines populations.

CartoVaccins® est une marque déposée par GSK pour la France le 2 août 2011. Etrangement c’est le même terme qui est utilisé pour nommer un système actuellement en cours d’expérimentation dans différents départements comme ceux de la Haute-Vienne, de la Corrèze, des Yvelines ou à l’échelon de la ville de Montpellier.

Exemples départementaux:

CartoVaccins® du département de la Haute-Vienne : http://www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/Plaquette_CartoVaccins_Haute_Vienne_VF.pdf

CartoVaccins® du département de la Corrèze :

http://www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/PlaquetteCartoVaccinsCorrezemai2015.pdf

CartoVaccins® du département de Montpellier:

http://www.urpsml-lr.org/wp-content/uploads/2014/06/8P_CartoVaccin_Montpellier.pdf

CartoVaccins® dans le département des Yvelines:

http://ct.sante-iledefrance.fr/wp-content/uploads/2015/01/Pr%C3%A9sentation-CartoVaccins78.pdf

A quand CartoVaccins® pour la France entière ? Nul complotisme ici. On voit bien l’intérêt potentiel d’un tel système en termes de santé publique. On voit mal, en revanche, comment il a fallu, pour le bâtir, faire appel à GlaxoSmithKline et à l’argent qu’il apporte. Il y a là, au minimum, un lien d’intérêt qui ne peut qu’attirer toutes les suspicions.

L’argent de GSK

Dans le Journal du Dimanche le Dr Patricia Lefébure, responsable de la FMF pour les Yvelines « s’agace de voir que les autorités sous-traitent la santé publique à l’industrie ». Des critiques que ne partage nullement le Dr Nadia Rachedi, chef de service à la PMI de l’Hérault qui a été à l’origine de ce logiciel « contre les médecins antivaccins ». Elle aurait préféré que « l’argent vienne d’ailleurs », mais « ailleurs », d’argent, il n’en a pas. Vraiment ? Combien donne GSK dans cette affaire ? Et pourquoi ?

Voilà une bien beau sujet de réflexion pour le « débat vaccinal national » promis dans les brouillards automnaux par Marisol Touraine.

Où l’on retrouvera la très vieille et toujours passionnante question de savoir si la fin visée justifie les moyens employés.

A demain

(1) Il existe, à l’échelon individuel, le système du carnet de vaccination où, en théorie, doit être consigné l’ensemble des vaccins et rappels obligatoires ou facultatifs en 2014 (diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, grippe, HPV, méningocoque, etc.). Ce document permet d’enregistrer leur date d’administration, le numéro du lot et la signature et cachet de l’administrateur du vaccin.

Il est utile pour éviter une rupture dans le suivi vaccinal et donc à conserver soigneusement par chacun. En pratique ce document n’est pratiquement jamais disponible. Il faut en outre faire avec les certificats de vaccination de complaisance (voir l’affaire du cas de tétanos pédiatrique de Tours) un phénomène qui semble en expansion mais sur lequel il semble qu’aucune étude ne soit menée par les organismes en charge de la veille sanitaire.

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