Crashes : les pilotes allemands refusent les dépistages inopinés d’alcool et de stupéfiants. Pourquoi ?

Bonjour

Jusqu’où peut aller le déni collectif  et l’esprit de corps ? Cinq mois après le crash d’un avion de Germanwings (150 morts) le syndicat des pilotes d’avion allemands (« Cockpit ») vient de se déclarer radicalement opposé aux mesures élaborées pour tenter de prévenir la répétition de ce type de catastrophe (1).

En pratique les responsables de ce syndicat ont, lundi 10 août, annoncé qu’ils refuseraient une obligation de présence permanente d’un deuxième membre d’équipage dans la cabine d’un avion et qu’ils refuseraient aussi les dépistages sanguins inopinés de prise d’alcool et/ou de stupéfiants.

Lubitz

Cette déclaration s’oppose au rapport de l’Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) qui avait fait suite au crash de l’A320 de Germanwings provoqué par le copilote Andreas Lubitz. [Ce rapport est disponible ici]. Rendu public en juillet ce rapport avait été demandé par la Commission européenne qui souhaitait « repérer les failles » ayant permis à Andreas Lubitz, d’écraser volontairement l’A320 de Germanwings reliant Barcelone à Düsseldorf dans les Alpes françaises.

« Cockpit » soutient la plupart des recommandations en faveur d’un meilleur suivi psychologique des pilotes. « La mise en place d’un réseau de soutien aux pilotes [en difficulté] est une évolution positive. Il n’y a qu’ainsi que l’on peut s’assurer que les concernés ne veuillent plus se cacher, mais cherchent plutôt de l’aide en temps voulu » a expliqué Markus Wahl, un porte-parole du syndicat cité dans un communiqué [Ce communiqué est disponible ici- en allemand].

Etriller

En revanche, Cockpit étrille la présence à tout instant d’un deuxième membre d’équipage, préconisée par l’AESA et déjà appliquée à titre volontaire par de nombreuses compagnies européennes depuis le drame. Le syndicat dénonce aussi les dépistages inopinés de drogues et d’alcool voulus par l’AESA.

« Ces recommandations ne remédient en aucun cas au problème et pourraient même s’avérer contre-productives » explique Cockpit. Le syndicat estime que la règle d’une deuxième personne dans la cabine comporte des « risques », qui « pèsent plus lourds que les gains de sécurité présumés ». Selon lui cette présence n’empêcherait pas un acte prémédité comme celui de M. Lubitz. Un scénario où la deuxième personne est complice ne peut pas être exclu.

Orthez

Quant aux dépistages aléatoires, un tel système « met les pilotes en doute a priori », alors qu’aucun rapport n’a pour l’instant été établi entre l’usage de drogues ou d’alcool et la catastrophe. Le syndicat insiste enfin sur la préservation du secret médical – l’AESA envisage la création d’un « référentiel de données » qui permettrait de partager les informations médicales des pilotes à l’échelon européen

Peut-on, sans prendre de risque, établir un parallèle avec le récent drame d’Orthez (présence d’une anesthésiste alcoolisée dans un bloc ayant conduit à la mort de la patiente lors d’un accouchement) et à la réaction de corps des chirurgiens français opposés dans leur majorité au dépistage systématique de l’alcoolémie avant l’entrée au bloc ? (2)

La Commission européenne pourrait prochainement rendre obligatoires les mesures préventives que les pilotes allemands refusent. On attend, sur ce point, la réaction des syndicats des pilotes français.

A demain

(1) La catastrophe fascine, nous rappelle le dernier numéro de la revue Esprit (août-septembre 2015) remarquablement consacré au philosophe (allemand) Jürgen Habermas. Esprit conseille sur ce point la lecture du n° 96 de la revue Communication qui traite de la catastrophe sous différentes perspectives. Catastrophe fait social alors même qu’elle défait le social. Catastrophe cantonnée au subir ? Catastrophe à prévenir ? (Yoann Moreau, François Laplantine, Michaël Ferrier, Sandrine Revet, Nicoals Bouleau, Dominique Bourg).

(2) Sur ce thème (et après le drame automobile de Rohan) on peut relire la tribune du Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions, publiée sur Slate.fr : « Octobre 2030 : lettre à un enfant dont la mère mourut à Orthez, le jour de sa naissance, d’un ‘’accident d’anesthésie’’ ».

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