Cigarette électronique : l’onde de choc britannique va heurter de plein fouet le Programme français de réduction du tabagisme

Bonjour

Rentrée. Sur le front du tabac elle sera plus agitée que le prévoyait la ministre de la Santé. La découverte du plan britannique de lutte contre le tabac va réduire à peau de chagrin médiatique le Programme national de réduction du tabagisme. Où l’on prendra conscience de l’erreur majeure qu’il y a à tout jouer sur le paquet neutre. Où l’on prendra conscience, aussi, de l’erreur stratégique et politique majeure qu’a été la rupture délibérée avec les vapoteurs.

A la différence notable de la France, le Royaume-Uni (qui fut longtemps un grand pays de fumeurs) est devenu un pays pionnier dans la lutte contre le tabagisme : le taux de drogués du tabac commence à descendre sous les 20% quand il monte, en France pour s’approcher des 35%.

Même nicotinée

 Comment Marisol Touraine a-t-elle pu ne pas saisir l’opportunité historique de santé publique que constitue, dans la lutte contre le tabagisme, l’arrivée de la cigarette électronique ? Saisir que la vapeur d’eau (même nicotinée) n’est pas de la fumée. Saisir que le vapoteur, à sa manière, cherche à se libérer des aspects les plus dangereux de son addiction. Saisir qu’il fallait lui tendre la main plutôt que le snober. Saisir qu’il y avait là une nouvelle et considérable étape sur le chemin politiquement éclairant de la réduction des risques. Ce qui non seulement n’interdisait en rien la mise en place du paquet neutre mais en potentialisait l’efficacité.

 Rentrée. Pour l’heure l’onde de choc du rapport anti-tabagique britannique commence à faire son effet. Les Echos en soulignaient hier l’importance : une étude officielle du Public Health England (PHE) ; une étude qui soutient que l’usage de la cigarette électronique est très significativement moins dangereux que le tabac ; une étude qui estime que la cigarette électronique peut être un moyen pour arrêter de fumer du tabac ; une étude qui entrouvre la porte à l’usage médicalisée (inscrit dans une consultation-prescription médicale) de cette e-cig.

Micro-arguments récurrents

Sans oublier que cette étude (contrairement à de micro-arguments récurrents) soutient il n’y a aucune preuve à ce jour que les e-cigarettes représentent une voie d’entrée vers le tabagisme pour les enfants et les non-fumeurs.

 La Fivape (Fédération interprofessionnelle de la Vape) salue quant à elle la publication du rapport qui « marque un véritable tournant dans la perception de la vape au Royaume-Uni et dans le monde ». On verra ici l’importance qu’elle donne, à juste titre, à la dynamique britannique  :

 « Commissionné par le Gouvernement britannique, le rapport affirme, à rebours des innombrables tentatives de manipulation, que la e-cigarette est 95% moins nocive que le tabac. Un retour au réel salutaire et sanitaire, alors que de nombreux fumeurs ont été trompés par l’idée que la vape pouvait être autant, sinon plus dangereuse, que les produits du tabac(…) Oui , la cigarette électronique permet d’arrêter de fumer, elle doit être encouragée et ne peut pas être assimilée aux produits du tabac, elle n’est pas non plus une passerelle vers le tabac mais bien l’inverse.

« Reconnaissant « l’un des grands débats de santé publique des dernières années » et la nécessité de poursuivre les recherches, le Public Health England a mené ses travaux selon une méthodologie fidèle à sa devise : « Protecting and improving the nation’s health ». Soit l’inverse des orientations retenues en France jusqu’à ce jour, où la vape est toujours considérée comme une menace, malgré l’accumulation des morts du tabac. Combien de temps et de vies perdues avant que les pouvoirs publics français se rendent à l’évidence ?

« La Fivape, et surtout le rapport du Public Health England, interpellent le Gouvernement de Manuel Valls, le Ministère de la Santé et les autorités de santé, ainsi que l’ensemble des organismes et politiques de lutte contre le tabagisme de notre pays. Alors que les mesures anti-vape contenues dans la loi de Santé sont à l’agenda du Sénat en septembre, les parlementaires français doivent se saisir urgemment de ce rapport britannique ».

Joffrin, Dautzenberg, Flahault

Rentrée. Les vents vont-ils tourner en France ? Libération (Sybille Vincendon) s’interroge regarde son rétroviseur et, tout bien pesé, juge désormais  fréquentable cette e-cig  qu’elle voit comme la rivale du tabac. Extraits (avec liens vers le passé) :

« En septembre 2014, Marisol Touraine rend public un ambitieux plan antitabac qui met sur le même plan, assez curieusement, cigarettes végétale et électronique. Cette dernière ne pourra plus être utilisée dans les écoles, les transports publics et… les bureaux ! Dans ces colonnes, Laurent Joffrin, patron de Libération, s’insurge contre «des arguments irrationnels qui nous renvoient au règne des préjugés et des peurs obscurantistes» et qui font commettre à la ministre «une grave erreur de santé publique». [voir « E-cigarette : Laurent Joffrin (patron de Libération) dénonce l’obscurantisme de Marisol Touraine », 29 septembre 2014]

Il faut reconnaître à la ministre qu’elle se retrouve dans la position inconfortable du combattant au milieu du champ de tir. D’un côté, le professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière à Paris et président de l’Office français de prévention du tabagisme, qui déclare à Libération «Je suis un farouche partisan du vapotage De l’autre, Christian Ben Lakhdar, économiste, président du Haut Conseil de santé publique, qui affirme dans la page d’à côté : «On risque de renormaliser la consommation du tabacComme si tout cela n’était pas assez compliqué, le professeur Dautzenberg précise quand même qu’il est «pour l’interdiction de vapoter là où on ne peut plus fumer».

Vieux affrontements que tout cela : dès 2013, le professeur Antoine Flahault proclamait que la cigarette électronique allait être «la révolution» et qu’elle pourrait «changer la face du tabagisme dans le monde». Pas gagné. Non seulement la cigarette électronique se retrouve jetée dans le même cendrier que la cigarette tabac mais, en plus, elle est tenue avec des pincettes par Tabac info service, le site officiel qui aide à arrêter de fumer.  [voir « Cigarette électronique ? Ici Tabac Info Service. Nous n’avons rien à communiquer à ce sujet » 26 février 2015] (…) »

Rentrée 2015. Combien de temps (et de morts prématurées) avant que les pouvoirs publics français, depuis Calais, observent la disparition des fumées au-delà de la Manche ?

A demain

12 réflexions sur “Cigarette électronique : l’onde de choc britannique va heurter de plein fouet le Programme français de réduction du tabagisme

  1. A reblogué ceci sur The Ad Spreadet a ajouté:
    Il va falloir un courage politique pour soutenir le paquet neutre en lieu et place d’une campagne d’information et de sensibilisation des fumeurs de tabac pour les inviter à passer à la cigarette électronqiue!

  2. Il y a 22 ans …
    Défense de fumer. Pensez aux autres. Loi du 10 janvier 1991.Décret d’application du 29 mai 1992.
    Maintenant je  » copie colle  » pour ceux que ça intéresse :
     » La loi Evin était un bon début, mais il est rarissime que les sanctions prévues soient appliquées.
    D’autre part la loi Evin a omis de considérer le fait que les volutes voyagent très loin avec l’air.
    Il reste « la bonne solution » :
    Dans une société livrée à un égoïsme de plus en plus profondément ancré (il n’en reste guère de solidaire que son naufrage), ce n’est certainement pas la bienséance ni la charité qui seront opérants.
    La peur n’a jamais mis de terme à la veulerie.
    Mais « l’information » pourrait profiter à l’usager lui-même.
    Feu mon bon conférencier d’internat en médecine terminait son enseignement de la question « Cancer du poumon » par l’aphorisme « On meurt de sa c… »

    Les considérations biologiques n’ont encore jamais été vraiment enseignées au peuple, en France :
    Demandez aux gens dans la rue ce qu’est un globule rouge ; à quoi ils servent ; combien chacun en a ; ce qu’est le CO2 : Bien peu sauraient répondre !

    Il faudrait simplement expliquer, dans les média et aux demandeurs de sevrage, les mécanismes biologiques des effets du tabac :
    En résumé :
    § Les cigarettes, dégagent par combustion, 5000 goudrons ou plus, appelés parfums, qui sont hautement cancérigènes mais « n’accrochent pas » comme la nicotine.
    § D’autre part la cigarette contient, même froide, la nicotine, inodore, incolore et sans saveur, qui n’est nullement cancérigène, mais accroche terriblement, par effet d’accoutumance (nécessitant l’augmentation des doses pour obtenir un même effet), et entraîne les difficultés de sevrage, car elle agit au niveau des synapses neurologiques :
    § Sa pathologie neurologique est surtout centrale (cerveau).
    On connaît son effet « biphasique » depuis bien avant qu’on n’en comprenne l’explication en voyant les vésicules synaptiques au microscope électronique :
    § excitation au moment du vidage induit des vésicules synaptiques, qui transmet l’influx nerveux
    § puis paralysie au moment où celles-ci sont trop vides, malgré la prise d’une augmentation considérable des doses, comme dans toutes les addictions.
    Expérimentalement, la mort survient par arrêt respiratoire.

    Lorsque le moribond est sous « poumon artificiel », surtout ne pas le débrancher – ce que, anecdotiquement, j’ai vu faire à 6h du matin par la femme de ménage qui voulait brancher son aspirateur à la place, sur la même prise de courant !
    Cela, en réanimation, lorsque le moribond n’arrive plus à fumer par sa canule de trachéotomie !

    Au total, fumer « permet » au fumeur d’entretenir une anosmie (perte de l’odorat) longtemps durable, et un « punch » immédiat (c’est le cas des patients neuro-leptisés qui fument pratiquement tous), parfois dès le réveil.
    La voie nasale est la plus rapide du fait d’une irrigation sanguine régionale importante ; et sa proximité du cerveau est un facteur de facilitation du passage et de l’imprégnation.
    Finalement la fumée du tabac procure un avantage immédiat, d’abord quand l’air est irrespirable ou pour procurer un regain de tonus (mental, mais non musculaire car celui-ci requiert des nutriments), puis en permanence par accoutumance, en provoquant la perte des sensations olfactives et donc des protections ; mais provoque à plus ou moins long terme – parfois rapidement – l’apparition de maladies graves.

    Malheureusement, les fumeurs, lorsqu’ils s’en trouvent fort bien, comprennent fort mal que d’autres le supportent d’autant moins qu’ils sont moins fumeurs.

    L’observation la plus élémentaire montre que dans les couloirs des immeubles et dans les ascenseurs, ce sont généralement ceux qui ne portent rien et ont les bras ballants qui fument.

    Dans les lieux où fumer est fortement interdit – je veux dire surveillés – il est rare que les fumeurs fassent plus d’un mètre hors d’un immeuble pour se livrer à leur addiction.
    Puis ils jettent à terre négligemment l’objet de leur ambivalente et dangereuse addiction.
    Cette négligence est telle que j’ai vu atterrir un mégot tout allumé dans mon automobile, sur le périphérique, passé par le carreau ouvert à l’occasion d’un embouteillage.
    L’acte était à l’évidence sans intention.

    En fait le tabac organise une sorte « d’hyper-adaptation » à notre société de sédentaires un peu bêtes, (au sens non-animal du terme), mais surtout réduits à l’état que l’on sait.

    Ne regarder que la couleur du ciel pour juger du temps (« weather ») est parfaitement loufoque.
    Incriminer « les pollens » quand il s’agit de « gaz d’échappements » (que les moteurs eux-mêmes supportent si mal qu’on doive en changer régulièrement « le filtre à air » – surtout en ville – l’est tout autant.

    Si c’était le cas, pourquoi existerait-il encore actuellement moins d’allergies respiratoires chez les gens qui vivent à la campagne?
    Aurait-il fallu attendre le XXème siècle pour assister à l’explosion des cas d’asthme, et des cancers de toutes sortes, dont très particulièrement du poumon ?
    Le nombre des cancers en France est passé de 10.000 à 2 millions en 50 ans.
    Aucun oncologue (spécialiste des cancers) ne le démentira.

    La nicotine est un poison de la famille de la cicutine (alcaloïde de la cigüe, poison moins violent que la nicotine), dont l’effet, mortel en quelques heures (d’abord jambes froides, etc.), a été très bien décrit dans « la mort de Socrate », en particulier par Platon, qui n’assistait pas à la scène, mais à qui ses amis ont tout raconté, en bons cliniciens.

    Les 2 types de substances, goudrons et nicotine, se favorisent pour entraîner des allergies et des effets bien plus forts chez les « enfumés » que chez les « addicts » pour ces raisons d’accoutumances.
    C’est pour eux que j’ai le plus de compassion, car les hordes de fumeurs – dans les lieux publics, devant l’hôpital, etc. se tiennent toujours « dans la porte » et font barrage en ce lieu virtuel de la limite théorique de leurs droits … car la loi Evin de 1991 ne fait pas mention de la direction du vent, essentielle, qui peut faire que les volutes de fumée rentrent ou sortent des immeubles.

    La drogue accroche si bien, qu’on met quelquefois de la nicotine dans les parfums, pour « fidéliser » au dit parfum, etc.
    A l’inverse, ceux-ci peuvent aussi rendre malades les « non-addicts ».
    On m’a dit que les premiers paquets contenaient parfois des opiacés (nettement moins toxiques que la nicotine) : je ne sais si c’est vrai.
    .
    Quand on a compris tout cela, on peut dans un premier temps « imaginer » les comportements qui pourraient y remédier :
    Il faut comprendre d’abord que le tabac a bien des qualités d’adaptation : anesthésiantes, paralysantes pour les jambes quand on a envie de bouger, de la respiration, etc.
    Regardons qui sont les plus fumeurs : les « intellectuels » et ceux qui vivent perpétuellement au milieu des moteurs diésel ; ensuite s’ajoutent de petits groupes de victimes plus spécialisées comme les patients qui reçoivent de fortes doses de neuroleptiques, qui fument afin d’en contrer les effets abrutissants, des toxicomanes divers, etc.
    Le meilleur remède est le sport : tout le monde le sait. D’où :
    Mettre son paquet de cigarettes le plus loin possible de soi, en le conservant pour « le cas où », afin d’éviter l’angoisse des bureaux de tabacs fermés, etc. :
    Si le paquet est dans la pochette à gants d’une voiture, à 500 mètres de chez soi, au bas d’une dizaine d’étages, une fois arrivé sur les lieux du poison, les mouvements des jambes et la ventilation pulmonaire qui en a résulté font que l’on peut n’avoir même plus envie de fumer du tout.
    Au minimum une désintoxication lente peut démarrer.
    Faire un footing devant son ordinateur est en général impossible (émoticon humour) Il y a des choix à faire, mais parfois impossibles ! « 

  3. « il n’y a aucune preuve à ce jour que les e-cigarettes représentent une voie d’entrée vers le tabagisme pour les enfants et les non-fumeurs »
    ::::::::::::

    Alors là !
    Argument parfois recevable souvent « à la noix ».
    L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence (d’effet). Logique watsonnienne!

    Il suffit alors que l’on n’ait pas recherché des preuves pour dire qu’il n’y a pas de preuve.

    Maintenant ce qui aurait du sens ce serait que des études (« des » = 2 au moins) montrent que les vapoteurs commençant par le vapotage ne se mettent pas plus à fumer que les non vapoteurs.
    Ce serait un début de preuve et encore. Il faudrait ensuite tirer au sort des gens que l’on mettrait au vapotage ou pas (et encore, difficile à faire en aveugle) et compter les fumeurs 5 ans après . Ou 10 . E fin , à voir.

    Ce qui me fait dire que vu la difficulté de la tâche on n’a pas recherché lesdites preuves et que donc pouêt pouêt! on n’en sait rien mais on a l’air malin en disant « il n’y a pas de preuve…. »
    Maintenant je dis ça sans preuve hein.

    • Bonjour
      Vouloir prouver impose de lire.
      Sur ce sujet j’ai écrit dans le billet précédent:
      « En dépit de quelques approches parcellaires (comme une étude que vient de publier le Journal of the American Medical Association ), les experts soulignent également qu’il n’y pas de preuve démontrant que les e-cigarettes incitent les vapoteurs non fumeurs à se tourner vers le tabagisme classique. »
      J.-Y. N.

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