L’incroyable histoire de Marcel, mort anonyme au CHU alors qu’il était bien porteur de sa carte Vitale

Bonjour

Ceux qui broient du noir disent que la presse régionale n’équilibre plus ses comptes qu’avec avec les avis d’obsèques imprimés sur papier journal. Que va-t-il advenir si certains font l’économie de tels avis ? A Tours (Indre-et-Loire) La Nouvelle République du Centre Ouest vient, sur ce thème, de raconter une bien étrange histoire – comme on peut le lire ici. Plus précisément c’est la famille (ici anonyme) d’un mort qui rapporte une  aventure bien peu banale : se faire voler un mort détenteur de la Carte Vitale qui avait travaillé quarante  ans à la CPAM du département.

Troubles relatifs

Sur le fond la question n’est pas inintéressante : comment est-il encore possible (en Touraine et en 2015) de mourir dans l’anonymat le plus complet, à l’heure d’Internet et de la communication permanente ? Des membres de cette famille tourangelle ont donné copie au quotidien de leur « lettre ouverte à l’hôpital Bretonneau » (1) pour exprimer leur désarroi et leur incompréhension après la disparition de leur frère. « Les circonstances qui sont relatées sont effectivement troublantes » dit La Nouvelle République qui, dans son édition d’Indre-et-Loire du 21 août, publie le texte intégral de la lettre :

« Certes, il vivait en ermite, sans Internet, sans téléphone, sans télévision, mais c’était notre frère, d’une fratrie de huit enfants, tous installés en Indre-et-Loire. Certes, nous ne le rencontrions que par intermittence, pour certains plusieurs fois par an, pour d’autres une fois l’année et pour d’autres encore uniquement aux réunions de famille.

Mort le 3 – enterré le 24

« Ce 29 juillet, justement, l’un d’entre nous s’est rendu chez lui pour l’inviter à son anniversaire dans l’intention de réunir ses frères et sœurs. C’est une voisine qui l’informa que notre frère Marcel était décédé. Après plusieurs contacts auprès de la mairie, l’hôpital et les pompes funèbres, nous avons appris qu’il avait été hospitalisé le 22 juin, était décédé le 3 juillet et avait été enterré le 24 juillet. »

 « Certes, le service  » admissions  » de l’hôpital (en possession de sa carte d’identité, de sa carte Vitale, de sa carte de mutuelle, de sa carte bancaire) nous a assuré qu’il avait procédé à des recherches pour retrouver les membres de la famille… sans succès.  Au terme de ses recherches, ce service a néanmoins trouvé et constaté que notre frère possédait un compte en banque suffisamment créditeur pour contacter les pompes funèbres et ainsi, procéder aux obsèques.

Quarante ans à la CPAM

« Nous sommes au XXIe siècle, à l’ère du multimédia, de l’Internet, et certes, ces moyens de communication ont semble-t-il été insuffisants. Ne suffisait-il pas alors de recourir aux méthodes traditionnelles en publiant un avis d’obsèques dans le journal afin que sa famille puisse l’accompagner dans sa dernière demeure ? Vraisemblablement, l’un d’entre nous, un neveu, ou un de ses anciens collègues l’aurait lu (il avait travaillé 40 ans à la CPAM). »

« Cette lettre ouverte ne servira pas à grand-chose, si ce n’est que nous espérons qu’un tel dysfonctionnement ne se reproduise. Faire son deuil dans ces circonstances est encore plus douloureux ».

Obsèques financées via le Trésor public

La Nouvelle République a demandé des comptes à la direction du CHU de Tours. L’établissement explique avoir fait procéder à la recherche de la famille « dans la mesure de ses moyens ». « Ainsi la mairie du domicile, l’office HLM, le concierge de l’immeuble ont été contactés en vain. De plus, le dossier du patient mentionnait un numéro de téléphone qui n’était plus attribué. »

La direction du CHU indique que « les informations recueillies auprès de son organisme bancaire, via le Trésor public, ont permis de financer les obsèques, telle que la législation le prévoit. En aucun cas, le CHU ne peut publier un avis d’obsèques dans le quotidien local ». Pourquoi ne pas avoir lancé un appel à témoins dans ce quotidien ? 

De quoi broyer un peu plus de noir encore qu’à l’accoutumée.

A demain

(1) Il s’agit ici de l’un des établissements du CHU de Tours. « Bretonneau » en référence à Pierre Fidèle Bretonneau (1778-1862) qui fut (notamment) médecin-chef de l’hôpital de Tours et maître de Alfred Velpeau  et Armand Trousseau, également Tourangeaux.

3 réflexions sur “L’incroyable histoire de Marcel, mort anonyme au CHU alors qu’il était bien porteur de sa carte Vitale

  1. Il y a un mot très juste en yiddisch new-yorkais pour qualifier cette lettre: »schutzpah ». Pour le traduire le plus simple est de raconter m’histoire d’un type qui a tué ses 2 parents et qui dit à la Cour »ayez pitié d’un pauvre orphelin’.
    Voici des gens qui reconnaissent avoir délaissé leur proche et qui auraient pu le découvrir momifié au cours de l’une de leur visite annuelle. Aurait-il allrs eu droit à des obsèques payées par ses proches ?
    En quoi l’hôpital serait-il obligé de lancer un appel à témoins? cet homme a peut-être refusé de son vivant de donner les coordonnées de ses proches.
    Ce n’est pas l’hôpital qui doit être montré du doigt mais plutôt la famille qui, visiblement, se préoccupait seulement épisodiquement de la santé de son parent.

    • Merci pour ce commentaire. Ne montrons surtout personne du doigt. Disons que le remord peut prendre bien des formes, et que l’administration hospitalière pourrait être moins administrative. Observons aussi que la Caisse primaire d’assurance maladie d’Indre-et-Loire (quarante ans…) ne semble pas avoir créé une amicale de ses grands anciens.
      L’ermite peut, lui aussi, souffrir de la solitude.
      J.-Y.N.

  2. Et il serait interessant de vérifier si cette hospitalisation n’a pas eu lieu pendant l’akerte canicule, ce qui poserait encore plus la question du délaissement de cet homme

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