Liberté de la presse : à Beauvais, la justice l’avait saigné ; à Amiens «Oise Hebdo» est sauvé

Bonjour

Les médias nationaux se sont généralement pincé le nez. Le Syndicat national de journalistes (SNJ) a tenu son rang. Oise Hebdo va pouvoir diffuser à nouveau son édition du 12 août dans les kiosques. Vendredi 21 mai la cour d’appel d’Amiens a donné raison a cassé le référé du tribunal de grande instance de Beauvais (voir « Suicide et scandale : « Oise hebdo » condamné à détruire les 20 000 exemplaires de son dernier numéro »).

Lieutenant-colonel

Rappel de l’affaire : au début du mois d’août, un habitant bien connu de Therdonne meurt sous les roues d’un camion qui circule à grande vitesse sur l’autoroute. Dans son édition du 12 août, Oise Hebdo (hebdomadaire régional tiré à 27 000 exemplaires dans la région de Picardie) relate l’accident et ses conséquences.

Dans l’article, le lieutenant-colonel Robert Clech y est interrogé et affirme : « il ne s’agit pas d’un accident mais d’un suicide ». L’hebdomadaire cite également des témoins de la scène, évoque quelques éléments biographiques de ce commerçant – son cursus scolaire ou encore son parcours professionnel, familial et conjugal. Le travail assez classique de la presse régionale.

Urgence.

Jugeant être atteintes dans leur intimité, la mère et l’ex-compagne du défunt saisissent la justice en référé.  L’audience se tient au tribunal de Beauvais le vendredi 14 août. Climat tendu. Apparemment irritée par la médiatisation de l’affaire  la présidente du tribunal interdit aux journalistes le suivi en direct de l’audience via les médias sociaux. La presse rapportera qu’elle fait confisquer en début d’audience les téléphones des journalistes présents dans la salle.

Une décision « totalement incompréhensible », explique Pierre-Antoine Souchard, président de l’association de la presse judiciaire, à Libération. M. Souchard ignore-t-il que la présidente a tous les droits qu’elle s’autorise à avoir ?

Faire son boulot

Me Catherine Baclet-Mellon est l’avocate de la famille du défunt. Elle soutient que l’article constitue « une atteinte à sa vie privée, à son deuil » rapportera Le Parisien. Pour sa part Oise hebdo se défend d’avoir  juste fait son boulot . « On informe seulement que le commerçant décédé a deux enfants, en quoi cela porte-t-il atteinte à la vie privée ? », demandera Vincent Gérard, fondateur de l’hebdomadaire. Il ajoute notamment que l’homme décédé est « très connu » dans la région, que les faits sont intervenus sur la voie publique, ce qui donne aux citoyens le droit d’être informés.

L’avocate de la Société de presse de l’Oise, dresse, quant à elle, un parallèle entre l’histoire du commerçant et un fait divers qui avait retenu l’attention des journaux du monde entier, rapportera France 3  : « On est en train de dire qu’on n’aurait rien dû écrire sur le pilote de la Lufthansa Andreas Lubitz et que tous les juges auraient dû interdire la publication d’informations sur sa vie. » Ce n’est pas tout à fait vrai : la famille d’Andreas Lubitz n’avait rien demandé.

Ancienne compagne

La présidente du tribunal de grande instance de Beauvais n’avait rien voulu entendre ni savoir. Elle avait estimé que l’article crée bien un « trouble manifeste illicite » par « la mise en exergue de divers éléments relatifs à l’intimité de la vie privée, non seulement du défunt, mais aussi et surtout de (…) son ancienne compagne ».

Oise hebdo était condamné à retirer de 500 points de vente l’édition du 12 août avant le lendemain, 18 heures. À défaut, la société éditrice devrait  acquitter une astreinte de 500 euros par heure de retard, ainsi qu’une peine d’amende de 500 euros par infraction constatée.

L’Oise chinoise

« C’est la liberté d’informer dans les faits qui est atteinte. On a l’impression qu’on est en Chine, qu’il faut faire croire que tout va bien, alors que pas du tout », avait commenté Vincent Gérard, le fondateur de l’hebdomadaire, interrogé par Les Inrocks. Pourquoi un journal local ne devrait pas s’occuper du principal sujet qui occupe les pouvoirs publics locaux : préfecture, police, pompiers, juges… On fait un vrai travail d’investigation et c’est un travail compliqué d’exercer en province parce que la proximité implique une certaine pression des autorités. »

 La cour d’appel d’Amiens a donné raison à l’hebdomadaire en cassant le référé du tribunal de grande instance de Beauvais, vendredi 21 août. La cour a rappelé que « la liberté de la presse est un principe fondamental inscrit dans la Constitution ». Voilà qui est clair et tranchant. Comment expliquer que la juge de Beauvais ait pu l’oublier ? Il est probable qu’on ne le saura jamais.

A demain

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