Cigarette électronique et politique : François Hollande et Manuel Valls soumis à la question

 Bonjour

On ne plaisante plus. Et tout est allé plus vite que prévu : après l’avis du service de santé publique anglais (Public Health England) favorable à la cigarette électronique les principales associations françaises de lutte contre les addictions et les usagers de la cigarette électronique viennent d’interpeller le gouvernement. Elles lui demandent, tout simplement « de revoir et compléter le programme de lutte contre le tabac ».

C’est un triple événement dans le champ des addictions et de la politique de santé publique. D’abord parce que c’est la première fois que le gouvernement est ainsi sommé de revoir sa copie – le gouvernement et non le seul ministre en charge de la Santé, désormais comme dépassé. Ensuite parce que le président de la République est personnellement concerné (c’est lui qui, le 4 février 2014 avait demandé l’élaboration d’un « programme national de réduction du tabagisme »). Enfin parce que cette interpellation gouvernementale concrétise l’émergence d’un nouveau rapport de force avec l’union des associations de lutte contre l’addiction (Fédération AddictionRESPADDSOS Addictions) et les usagers de la cigarette électronique (Aiduce) – (1).

Révolution des volutes

De ce point de vue cet outil confirme bien sa dimension de santé publique et son potentiel politique : il concrétise et incarne ce que nous avons proposé de nommer « révolution des volutes ». Il confirme que les associations traditionnelles de lutte contre le tabac et de défense des droits des non-fumeurs vont devoir se réveiller.

Extraits de cette interpellation :

« Le gouvernement britannique vient de publier un rapport  très favorable à la cigarette électronique qu’il avait demandé au Public Health England. Partant du constat qu’aujourd’hui la e-cigarette est devenue le moyen le plus utilisé par les fumeurs pour arrêter de fumer, et qu’elle contribue à faire baisser la consommation de tabac tant chez les fumeurs de longue date que chez les jeunes adultes fumeurs, ce rapport, très pragmatique, propose de considérer la cigarette électronique comme un outil clé dans la lutte contre le tabagisme, et de ce fait, de la promouvoir de manière adaptée auprès des fumeurs et dans les pratiques médicales. La Grande-Bretagne est ainsi en train de devenir le pays le moins fumeur au monde.

 Elle utilise les trois leviers reconnus de la lutte antitabac : – Politique de prix élevés du tabac – Dénormalisation du tabac -Validation de la e-cigarette dans les solutions de sevrage (information grand public, recommandations par les médecins et les centres spécialisés, forts dosages en nicotine disponibles, usage non limité selon les lieux).

  Ce rapport confirme la très faible dangerosité de la e-cigarette, du même ordre que les substituts nicotiniques, le risque négligeable de vapotage passif, et la non-influence de la e-cigarette dans l’initiation du tabagisme (usage contraignant pour des non-fumeurs et peu addictif). Il constate enfin que la confusion tabac/e-cigarette a amené nombre de fumeurs à la craindre autant que le tabac, tendance qu’il recommande d’inverser.

 Le rapport du Public Health England sur la cigarette électronique conforte les positions soutenues par les associations signataires de ce texte : la e-cig doit être associée et recommandée dans la lutte contre le tabac et trouver sa place dans le Plan National de Réduction du Tabagisme (PNRT). Les associations appellent le gouvernement, les députés et les sénateurs à suivre l’exemple anglais, le plus performant contre le tabagisme depuis des décennies, et à revoir les projets de textes sur la cigarette électronique dont trop de mesures sont venues brider l’usage

 Alors que les normes AFNOR rentrent en application, permettant la sécurisation tant du matériel que des e-liquides, nous regrettons la méfiance vis à vis de cet outil. Elle fait fi des leçons de la Réduction des Risques qui a appris à valoriser les outils créés et développés par les usagers à partir de leurs attentes. Ces outils contribuent à faciliter leur implication dans un processus de diminution des risques et à rendre possible les changements de comportements. Les actions de prévention du tabagisme doivent être multiples, paquet neutre, cigarette électronique, substituts, etc., valorisant et insistant ainsi leur complémentarité. Elles doivent être associées pour assurer l’objectif fixé de diminution du tabagisme, en multipliant les choix d’« entrées » : par la prescription, par le soutien des associations d’usagers, par une large mise à disposition du grand public, etc.

Les associations signataires espèrent que cette publication sera l’occasion de compléter la palette ouverte en France ! »

Vapoter dans les lieux publics

Les signataires contestent notamment de manière frontale une disposition soutenue par Marisol Touraine, ministre de la Santé et figurant dans le projet de loi de Santé (Amendement N°AS1413) visant l’interdiction de vapoter dans les lieux publics. « Il est établi que pour donner une chance de réussir son sevrage tabagique avec la cigarette électronique, le vapoteur doit pouvoir l’utiliser tout au long de la journée afin d’obtenir des doses constantes de nicotine comme avec les patchs. Empêcher cette utilisation équivaut à prendre le risque de rechuter vers le tabac par manque de nicotine. Le vapotage passif n’existant pas, il n’y a aucune raison sanitaire de l’interdire dans les lieux publics. »

La rentrée comporte désormais un nouveau point, de taille, à l’agenda politique : la cigarette électronique. C’est désormais un sujet qui n’est plus de la seule compétence de la ministre de la Santé.

A demain

(1) Cette initiative est signée de Brice Lepoutre, Président de l’Aiduce ;  Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction ;  Anne Borgne, Présidente du RESPADD ; William Lowenstein, Président de SOS Addictions et Philippe Presles, membre du Comité scientifique de SOS Addictions et de l’Aiduce.

Contacts : nicolas.bonnet@respadd.org; contact@aiduce.org; docteurwl@gmail.com

9 réflexions sur “Cigarette électronique et politique : François Hollande et Manuel Valls soumis à la question

  1. Les gouvernements français veulent-ils réellement limiter le tabagisme?
    – le tabac est une source conséquente de rentrées fiscales.
    – les fumeurs meurent le plus souvent après avoir travaillé et cotisé; ils contribuent à la solvabilité des régimes de retraite.
    – le pilier de tous les plans de lutte est l’augmentation de prix du tabac.
    – l’interdiction de fumer dans les lieux publics, est une harmonisation européenne, et protège les dirigeants de futures actions en justice de non fumeurs.

  2. moi perso je vape dans les lieux publics et je ne suis pas pret d’arreter, SAUF quand il y a des enfants et/ou une femme enceinte, donc ……

  3. Je ne discuterais pas ici le problème de la défonce ou non des fumeurs : mais chez eux !.
    Justement on mélange toujours tout :
    Il y a ici au moins deux problèmes totalement différents (et d’autres aussi) : Le fumeur et l’enfumé.
    C’est comme l’amant et l’aimé (Cf. Platon : « le symposium »).
    Serge Guinsbourg disait : « en amour, il y en a toujours un qui bande et l’autre qui s’em… »)
    Ce n’est pas du tout étranger à notre problème, mais je sais que je suis difficile à suivre.
    Prosaïquement, le problème est prioritairement : dans tous les lieux partagés (même privés), celui des ENFUMES, beaucoup plus sensibles, moins exhibitionistes, très souvent confinés chez eux, devenus allergiques – sinon cancéreux – (l’allergie protège du cancer) – qui sont souvent au moins 100 fois plus sensibles à la nicotine que les fumeurs, pour raison d’accoutumance (la nicotine est une « came » très forte).
    Aucune sanction prévue par la loi EVIN en 1991 n’est jamais appliquée.
    Les fumeurs ne font en général pas 1 mètre pour « sortir de la porte qu’ils s’approprient, (virtuelle, toujours laissée ouverte); (c’est « con-vivial ») et font barrage.
    C’est peut-être passionnant pour les psychanalystes (comme si les fumeurs voulaient faire partager leur ambivalence morbide à tout un peuple), mais les problèmes du fumeur public, pas plus que l’ambivalence de nos gouvernants, ou des commerciaux qui les accrochent et les raquettent, ne sont le problème du peuple, .
    Et les « clops » en suppositoires? => Personne n’y pense?

    • Je sais, c’est « tabou » mais ça pourrait faire « un tabac » ( Noter bien le jeu de mots avec « tabac » – merci ).

  4. « Mais Monsieur c’est les vacances ! »
    Je m’explique – en commençant la journée du même jour par sa fin : « c’est au fruit qu’on reconnaît la graine ! » :

    J’ai évité d’écraser (peut-être par égoïsme) une fillette de 4 ans qui a soudain traversé une route en perpendiculaire, n’importe où, sans prévenir, avec son petit vélo à 4 roues (2 + 2 autres à l’arrière pour lui éviter de tomber).
    Comme je roulais à 10 km/ h avec ma ceinture de sécurité bien attachée : il ne m’a pas été très difficile de piler net – et il n’y avait personne derrière : un désert du genre Disney land aux heures d’affluences : tout le monde est très occupé à ne rien faire.

    Cette ceinture venait d’ailleurs de bien me servir, car j’avais du aussi « piler net » pour laisser passer une voiture de police qui « déboîta » de la file d’un bouchon d’en face – sans prévenir – en allumant son gyrophare bleu, et s’est retrouvée nez à nez avec moi !
    Je l’ai bien sûr laissée passer (peut-être par légalisme).

    Retour à la fillette : le père (- en vélo aussi – est revenu sur ses pas) et il m’a dit au final « heureusement pour vous que vous les avez les touristes ! ».
    Je l’ai laissé sûr de ses certitudes – qu’il croit si bien qu’elles croissent encore …

    Quelques kilomètres avant, j’avais pris de l’essence « Sans Plomb 98 » (pour 50 Euros : c’est vraiment « donné » pour les dégâts que ça fait : « Si ça ne fait pas de mal, au moins, ça ne fait pas de bien » !) :
    Là, au moment où je rentrais dans le « box » pour apurer mon règlement par carte bleue, un homme – qui trépignait visiblement d’impatience – je ne saurais jamais de quoi – alluma une cigarette « dans la porte ».
    Je lui ai dit : « la loi EVIN c’est de 1991 », et j’ai claqué la porte entre lui et moi (peut-être encore par égoïsme) (j’ai mal à mes alvéoles) – si fort qu’un montant en aluminium de la porte s’est déboîté.
    Un gestionnaire de terrain camping du coin – paraît-il – sans doute gros bricoleur – s’est précipité et a remis le montant en place en moins d’une minute, en me disant : « laissez-moi faire ».
    Comme je connaissais la dame qui m’a présenté son réceptacle (de carte bleue), je me suis excusé de l’incident : sourires charmants : « ça peut arriver ! »
    Encore quelques minutes, et je suis ressorti en repassant par la même porte en apnée.

    J’ai alors compris que Claude EVIN avait pris le problème à l’envers : Il s’était dit « s’il n’y avait pas d’enfumeur, il n’y aurait pas d’enfumés ».
    Alfred Jarry était plus intelligent. Quand il a écrit dans Ubu Roi (un modèle) « S’il n’y avait pas de Pologne, il n’y aurait pas de Polonais » ça voulait dire aussi : « S’il n’y avait pas d’enfumés, il n’y aurait pas d’enfumeurs » !
    La médecine est pleine de préjugés bornés.
    La philosophie, surtout quand elle est très macabre, et nous prend une place que nous avons trop négligemment laissée libre, va beaucoup plus loin.

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