Diagnostiquer l’« électro-hypersensibilité » ? Les réponses (assez osées) du Dr Pierre Biboulet

Bonjour

C’est une pièce à verser au dossier d’une première qui fait et fera polémique. Il y  a quelques jours on apprenait que le Tribunal du Contentieux de l’Incapacité  de Toulouse avait rendu un jugement reconnaissant le droit à une allocation pour le handicap « d’électrosensibilité ».

Une première nationale pour une entité pathologique hautement controversée. Le jugement fait état du « syndrome d’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques » précisant que « la description des signes cliniques est irréfutable ».  La déficience fonctionnelle de Marine Richard [la plaignante] est évaluée à 85%.  Une allocation pour adulte handicapé lui est donc attribuée par décision de justice pour trois ans renouvelables en fonction de l’évolution de son handicap.

Précisons qu’un tribunal du contentieux de l’incapacité (TCI) règle les litiges avec la Sécurité sociale relatifs à l’invalidité ou à l’inaptitude au travail. On  peut saisir le TCI si l’on est assuré (ou ayant droit) pour un litige portant sur l’état ou le degré d’invalidité en cas d’accident ou de maladie ou sur l’état d’inaptitude au travail.

Diagnostic humaniste

Sur quoi se fonde un TCI pour juger ? En l’espèce, pour cette première, sur un simple diagnostic clinique (« humaniste ») et sur les conclusions que l’on peut ou non en tirer. En l’espèce le travail médical est celui du Dr Pierre Biboulet, désigné par le TCI de Toulouse.  Le mensuel  Sciences et Avenir (Hugo Jalinière) a interrogé le Dr Pierre Biboulet.

Le mensuel rappelle que la décision du TCI pourrait faire date, puisqu’il n’existe toujours aucun consensus scientifique « sur la réalité d’une condition médicale induite par les champs magnétiques ».

Q: Comment avez-vous procédé pour rendre votre expertise ?

  • Dr Pierre BibouletJe me suis comporté comme un médecin. J’ai adopté une démarche humaine pour ne pas dire humaniste. Je suis allé à la rencontre de Marine Richard, dans ses montagnes ariégeoises, en zone blanche, et je l’ai longuement écouté. Nous sommes restés plus de 3 heures ensemble et elle m’a convaincu qu’elle était malade. Il est impossible de nier sa pathologie. Et il est tout aussi évident qu’elle ne peut pas vivre en milieu social actuel. En tant qu’expert, j’ai cherché à être objectif, réaliste et humaniste. 

Q : Mais où situer vos conclusions dans le débat scientifique d’aujourd’hui ?

  • J’ai bien conscience qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur la question. Ma position, ça a été de ne pas trancher, ni dans un sens ni dans l’autre. Car à l’heure actuelle, il n’y a pas de données acquises, avérées. Mais le handicap dont souffre Marine Richard ne peut pas être nié. Et quand bien même il serait psychiatrique – ce que je ne crois pas – il s’agit toujours d’un handicap qui, de fait, mérite d’être pris en charge. 
  • À titre personnel, je crois qu’il est de plus en plus difficile aujourd’hui de dire que l’hyper-électrosensibilité n’existe pas. C’est pourquoi j’ai mentionné ce « syndrome d’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques » – qui existe dans d’autres pays. Parce que quelle que soit la réalité clinique qu’il recouvre, c’est l’origine du handicap de Mme Richard. Même si les données du système de santé français ne le reconnaissent pas officiellement.

On remerciera ce médecin pour sa franchise et ce mensuel pour lui avoir, le premier, donné la parole. Ainsi donc l’absence d’une relation de causalité démontrée n’interdit en rien à un médecin-expert désigné par la justice de porter un diagnostic qui voit ensuite un tribunal juger comme si cette causalité existait. L’affaire n’est pas nouvelle. Elle ne manque pas d’inquiéter.

A demain

4 réflexions sur “Diagnostiquer l’« électro-hypersensibilité » ? Les réponses (assez osées) du Dr Pierre Biboulet

  1. Plus besoin de rapport de cause à effet !
    Si cette décision n’est pas cassée, les spécialités à haut risque médico-légal, (chirurgie, anesthésie, obstétrique) vont devenir inassurables donc impraticables.

  2. Simplifions:
    L’expert dit: « Je ne donne qu’un avis, pas davantage »
    Le juge dit : « je m’appuie sur l’avis de l’expert, je n’y connais rien, moi! »

  3. En choisissant l’expert, on choisit sa réponse.
    Un peu sur bâbord, un peu sur tribord : rien de politique en ces termes : simple navigation.

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