Ethique obstétricale : la volonté des femmes qui ne veulent pas de péridurale n’est pas respectée

Bonjour

Le sujet n’avait que trop tardé. Il vient d’être mis au jour par le conseil national de l’Ordre des sages-femmes. Ce dernier se fonde sur un récent travail d’une équipe de l’Inserm qui laisse apparaitre que, si un quart des femmes souhaite accoucher sans péridurale, seule la moitié y parvient. Pourquoi ?

Où revient, sous une nouvelle forme, la controverse (médicale et politique) sur les limites à fixer quant à la médicalisation de la naissance. La France est désormais l’un des pays au monde (peut-être même le pays) où la pratique de la péridurale est la plus fréquente : plus de trois-quarts des femmes accouchant par voie basse. Voici les éléments de cette spécificité française.

1 Les données chiffrées. L’étude de l’Inserm a été menée par l’unité 1153 Inserm/ université Paris-Descartes, Centre de recherche Epidémiologie et statistique Sorbonne Paris Cité dirigée par Béatrice Blondel. Cette étude vient d’être publiée dans  Anesthesia and Analgesia:Initial Preference for Labor Without Neuraxial Analgesia and Actual Use: Results from a National Survey in France”.

« Un quart des femmes enceintes souhaiteraient accoucher sans péridurale, mais la moitié d’entre elles auraient finalement recours à cette analgésie. C’est ce que montre une étude se fondant sur des données de l’enquête nationale périnatale 2010 » résument les auteures.

Jeunes, étrangères, multipares

« L’analyse des données disponibles montre que les femmes ne souhaitant pas de péridurale avant l’accouchement sont souvent les plus jeunes (< 25 ans), celles qui ont déjà eu des enfants (multipares), celles qui ont un faible niveau d’études, ou encore celles de nationalité étrangère. »

 « Mais la décision d’avoir finalement recours à l’analgésie péridurale au cours de l’accouchement n’est associée ni à l’âge, ni au niveau d’étude, ni à la nationalité des femmes : il apparaît  que cette situation est plus fréquente chez les femmes qui accouchent pour la première fois, en cas de surcharge de travail des sages femmes et de présence permanente d’un anesthésiste dans la maternité, ou encore chez les femmes qui ont reçu de locytocine en cours de travail (pratique très fréquente en France pour faciliter l’accouchement). »

Surcharge de travail

Ainsi c’est moins le choix de la femme que l’organisation des soins qui va conduire à la pose d’une péridurale en cours de travail.  « Certaines femmes disent peut-être non au cours de leur grossesse tout en sachant qu’elles pourront y avoir accès par la suite, si elles en ressentent le besoin. Par ailleurs, la péridurale est disponible dans tous les services et fait partie de la prise en charge habituelle de la douleur proposée aux femmes, explique Béatrice Blondel. Cela les incite donc probablement à l’accepter a priori. En outre, le nombre de sages-femmes est limité en salle de travail et la pose d’une péridurale peut être un moyen de faire face à la surcharge de travail au moment de certaines gardes. »

 La péridurale est un outil remarquable en ce qu’il répond aux besoins des femmes qui souhaitent une prise en charge efficace de leurs douleurs (avec réduction des risques associés à l’anesthésie générale en cas de complication du travail). Doit-on pour autant ne pas respecter la volonté des femmes qui expriment leur choix  pour des formes moins médicalisées de leur accouchement ?

2 La lecture des sages-femmes.  

 Extraits de la position de leur Ordre : « La péridurale représente un véritable progrès pour les femmes et s’il a fallu attendre 1994 pour que toutes les Françaises y aient accès, lorsque Simone Veil instaura le remboursement à 100% de cet acte, le choix de celles qui ne souhaitent pas en bénéficier doit également être respecté. Les résultats de l’étude de l’Inserm suggèrent que notre pays ne peut aujourd’hui répondre à leur demande, puisque seule la moitié d’entre elles réalisent leur projet.

De récentes évolutions législatives [Circulaire DGOS/RH4/2014/92 du 10 avril 2014 signée de la mains de Marisol Touraine]  prévoient pourtant la possibilité de créer des « unités physiologiques fonctionnelles » au sein des maternités dans lesquelles les sages-femmes pourraient proposer un accompagnement aux femmes enceintes à bas-risque désirant une prise en charge différente. Malheureusement, aucune unité fonctionnelle n’a pour l’heure vu le jour, démontrant l’absence de volonté de diversifier l’offre de soins en maternité.

Burn-out

L’étude de l’Inserm suggère également que la péridurale pourrait être encouragée par le personnel médical afin de faire face à la surcharge de travail dans les salles de naissance, soulignant ainsi le problème de sous-effectif régulièrement pointé du doigt par toutes les instances représentatives de la profession. Cette problématique est préjudiciable pour les patientes, compromettant la qualité de l’accompagnement prodigué par les sages-femmes, mais également pour les professionnelles elles-mêmes dont certaines sont victimes de burn-out ».

L’Ordre ne précise malheureusement pas combien de sages-femmes souffrent, en France, d’un syndrome d’épuisement professionnel. Pour l’heure le Collège national des gynécologues français n’a pas encore donné de la voix. Il restera, enfin, à revenir sur ce recours quasi-systématique à l’ocytocine-misoprostol. Où l’on retrouve un abcès administratif et syndical (« L’affaire misoprostol Cytotec® ») apparu en février 2013 ; un abcès qui reste à vider.

A demain

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