Vincent Lambert : la justice est saisie en urgence pour que des médecins mettent fin à ses jours

Bonjour

Il n’y aurait pas d’affaire Vincent Lambert sans les médias. Les médias ont fait de cette affaire un feuilleton du fait des innombrables saisines de la justice. Et la justice n’aurait jamais été saisie sans une faute initiale: celle commise par le Dr Eric Kariger qui avait « omis » de prévenir les parents qu’il avait entrepris de mette fin aux jours de son patient. Depuis deux ans cette affaire n’a malheureusement guère permis  d’expliquer ce qu’était, en France, la vérité quotidienne des personnes qui sont dans la situation de Vincent Lambert (1).

Soins vs thérapeutique

Nous sommes le 9 septembre 2015 et le feuilleton connaît – via les médias – un nouvel épisode : François Lambert (le neveu de Vincent opposé aux parents de ce dernier) a appelé l’AFP. Pour faire savoir qu’il avait « saisi la justice administrative pour enjoindre le CHU de Reims d’arrêter les soins du patient en état végétatif et de le laisser mourir » :

« Nous demandons au juge de faire prévaloir les intérêts et le droit fondamental de Vincent à ne pas subir d’acharnement thérapeutique comme il l’avait demandé, droit qui lui illégalement refusé tous les jours depuis des mois. »

François Lambert  use ici des termes habituellement choisis par ceux de son camp. Le camp opposé lui fera observer, avec raison,  qu’il ne s’agit nullement ici d’un « acharnement thérapeutique »: il ne s’agit pas stricto sensu de « thérapeutique »  mais bien de soins. Ni l’épouse ni les frères et sœurs de Vincent Lambert ne se sont associés à cette initiative.

« Très prochainement »

Il y a François Lambert et il y a son avocat : Me Bruno Lorit a saisi, mardi 8 septembre, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne en « référé-suspension » pour enjoindre le CHU de Reims » de cesser sous quinzaine l’alimentation et l’hydratation artificielles de Vincent Lambert ».  Une date d’audience pour cette procédure d’urgence doit être fixée « très prochainement » par le tribunal, a précisé Me Lorit.

C’est le même tribunal de Châlons-en-Champagne qui, en 2013, avait été saisi par les parents de Vincent Lambert. Le Dr Kariger avait alors déjà mis en œuvre la « procédure de fin de vie ». Pendant un mois Vincent Lambert avait été privé d’eau et de nourriture. Puis, sur décision du juge administratif, l’équipe soignante avait recommencé à prendre soin de lui. Ce qu’elle n’a, depuis, cessé de faire.

Sérénité

Pendant ce temps le Conseil d’Etat avait été saisi en appel, puis la Cour européenne des droits de l’homme qui avait (non sans controverses) validé la décision du Conseil d’Etat français : non pas, comme on le dit souvent, « cesser les traitements qui maintiennent artificiellement en vie l’ancien infirmier psychiatrique » mais bien arrêter de nourrir et d’hydrater une homme vivant, depuis 2008, dans un coma profond et  irréversible.

Tout était jugé et Vincent Lambert devait mourir. Toutefois, fin juillet, l’équipe médicale du CHU de Reims  avait refusé de pratiquer les gestes demandés par les juges  – et ce raison de pressions extérieures nuisant à « la sérénité » (on avait alors évoqué d’obscures menaces d’enlèvement  sur internet…). Le procureur de la République de Reims avait été alerté qui avait à son tour saisi un juge des tutelles d’une mesure de protection en faveur du patient.

Quant aux parents de Vincent Lambert, déterminés depuis toujours à ce que leur fils ne soit pas l’objet d’une procédure de fin de vie, ils s’apprêteraient, nous dit l’AFP, à demander en justice son transfert vers un autre établissement – un établissement où les soins que nécessite son état continueraient à lui être prodigués.

A demain

(1) On compte, en France, environ 1700 personnes en « état végétatif chronique » ou « état pauci-relationnel ». La plupart  vivent dans des unités dédiées adossées à des services de soins de suite et réadaptation créés par une circulaire ministérielle de 2002. Comment vivent-elles au quotidien ? Qui sont ces personnes? Comment l’approche neuroscientifique et médicale aide-t-elle à comprendre leur relation au monde et leurs besoins fondamentaux? Quelle place leur est accordée dans notre société ? Quelles sont les attentes des familles dans l’accompagnement de la vie au quotidien de ces personnes? Comment penser et construire cet accompagnement au-delà des soins de base?

Ces questions essentielles seront abordées, pour la première fois, dans un colloque qui se tiendra à Rouen le 19 septembre prochain – un colloque auquel participeront des équipes de chercheurs et de professionnels reconnus pour leur compétence et leur expertise.

« La vie au quotidien des personnes en EVC/EPR – questions neuro-scientifiques, sociétales, psychologiques et éthiques » – colloque organisé par  L’Unaftc, France Traumastisme crânien et le laboratoire PsyNCR. Contact : anne.boissel@univ-rouen-fr

3 réflexions sur “Vincent Lambert : la justice est saisie en urgence pour que des médecins mettent fin à ses jours

  1. sii j’étais dans l’état de Vincent et si je pouvais exprimer ma volonté je choisirais, j’aurais choisi depuis des années, de partir tranquillement plutôt que de subir une « vie » qui n’en est pas une, mais serait une charge pour la Société et pour mes proches. Mon mari vient de mourir ,non malade, tranquillement, paisiblement, dans son sommeil. Les pompiers m’ont dit qu’ils n’avaient pas pu le ranimer, « et c’est tant mieux » ./ Je suis court à fait d’accord avec eux. La mort fait partie de la vie, ,nul ne sait le jour ni l’heure. Quand on a cessé de vivre, mieux vaut mourir.

    • mais VOUS n’êtes pas Vincent ….c’est curieux, votre propos laisse entendre qu’il pourrait penser !!! laissez donc à sa famille, surtout sa mère qui lui a donné la vie, le soin de penser à votre place

      • Vincent exprime très nettement sa volonté de vivre. Il ne le dit pas par des mots, mais le fait qu’il se soit battu intérieurement pour survivre à ce mois sans eau ni nourriture dit clairement sa volonté de vivre. sinon, il se serait laissé mourir.

Répondre à Fortin Nicole Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s