Cigarette électronique et tabagisme : un petit exemple scientifique de manipulation de l’opinion publique

Bonjour

On croyait l’affaire presque entendue, on avait tort. Le récent et remarquable rapport signé Public Health England sur la cigarette électronique n’a pas convaincu toutes celles et ceux qui se refusent à voir dans cet outil une aide majeure contre la consommation de tabac. En France la ministre de la Santé s’est bien gardée de le commenter, centrée qu’elle est sur le paquet neutre, et impuissante à être entendue au sein du gouvernement sur l’indispensable augmentation des prix des paquets de cigarettes. Un abcès loin d’être vidé.

C’est dans ce contexte qu’une petite publication de la revue JAMA Pediatrics rencontre un écho croissant. Elle laisse entendre, après d’autres de la même farine, que la cigarette électronique serait une porte d’entrée vers la consommation de tabac. L’intégralité de cette publication est disponible ici : « Progression to Traditional Cigarette Smoking After Electronic Cigarette Use Among US Adolescents and Young Adults ».

Progression vers le tabac

Il s’agit d’un travail mené par des médecins universitaires américains (Universités  de Pittsburgh, de Dartmouth, de l’Oregon, et de l’Oregon. Il a été dirigé par le Dr Brian A. Primack (Division of General Internal Medicine, Department of Medicine, University of Pittsburgh School of Medicine) et coordonné par le Dr James D. Sargent (Norris Cotton Cancer Center, Geisel School of Medicine, Dartmouth University, Hanover, New Hampshire).

Les auteurs ont, entre octobre 2012 et avril 2014, ont interrogé 694 jeunes américains âgés de 16 à 26 ans qui n’avaient jamais fumé de cigarettes de tabac. Question, un an plus tard : ces jeunes avaient-ils commencé à fumer au cours de l’année écoulée, ou avaient –ils « progressé vers la cigarette ». Pour mesurer cette « progression », deux questions : « accepteriez-vous une cigarette si un ami vous la proposait ? » et « pensez-vous fumer dans l’année qui vient ? »

Risque multiplié par 8,3

On considérait qu’il y avait progression s’ils répondaient « oui »  aux deux questions  du deuxième entretien, alors qu’ils avaient répondu « non » un an auparavant.

Lors du premier échange 2,3 % des participants (seize volontaires) utilisaient une cigarette électronique. Au bout d’un an, six d’entre eux fumaient du tabac et cinq avaient « progressé » vers la cigarette. Après ajustement pour les facteurs confondants (sexes, âges, niveaux d’éducation), la cigarette électronique est, selon les auteurs, associée à une multiplication par 8,3 du risque de tabagisme chez les jeunes non-fumeurs. Ces mêmes auteurs estiment que leurs résultats soulignent la nécessité d’une interdiction de la vente de cigarettes électroniques aux adolescents et de lutter contre tout ce qui  chez pourrait inciter les jeunes à les utiliser.

Changer de focale

On ne discutera pas ici la méthodologie et les résultats de ce travail américain. On s’étonnera, en revanche, des extrapolations qui en ont été faites sur le thème : la cigarette électronique pousse les jeunes à devenir des fumeurs de tabac. Une nouvelle fois c’est avant tout une affaire de focale.

En France la publicité pour la cigarette électronique est interdite. Tout est fixé, ici, par un texte : « CIRCULAIRE N°DGS/MC2/2014/273 du 25 septembre 2014 relative à l’encadrement de la publicité des dispositifs électroniques de vapotage ». C’est un document signé par Marisol Touraine sur la base du « rapport Dautzenberg ». « La publicité pour un dispositif électronique de vapotage doit respecter les limites fixées par le code de la santé publique concernant la publicité indirecte pour le tabac et la publicité pour les médicaments par présentation. Ainsi, toute référence objective au tabac (publicité indirecte) ou à la notion de sevrage tabagique (médicament) y est, sous réserve de l’interprétation souveraine du juge, prohibée » explique la ministre de la Santé.

Buralistes innocents

Changeons de focale : aujourd’hui, en France, un mineur sur trois est consommateur de tabac alors même que la loi interdit aux buralistes de vendre du tabac à des mineurs de moins de 18 ans (voir ici) (aucun buraliste n’est jamais poursuivi sur la base du Code de la santé publique, art. L. 3511-2-1, R. 3512-3 –texte actualisé en 2010 par François Fillon, Roselyne Bachelot et François Baroin).

On voit mal, dans ces conditions, l’impact significatif que pourrait avoir, chez des adolescents, la cigarette électronique comme « porte d’entrée ». On commence, en revanche, à prendre la mesure de la responsabilité de celles et ceux qui se refusent à faciliter l’accès à un outil qui peut aider à se libérer de l’esclavage tabagique – une addiction majeure qui, faut-il le rappeler, alimente jour après jour, les caisses percées de Bercy.

A demain

Une réflexion sur “Cigarette électronique et tabagisme : un petit exemple scientifique de manipulation de l’opinion publique

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s