Cancer et politique: l’étrange mansuétude de Marisol Touraine pour les cabines à bronzer

Bonjour

L’examen du projet de loi Santé devant le  Sénat a donné, dans la matinée du mercredi 16 septembre, matière à un épisode éclairant sur les rapports entre la politique et la santé publique. Un épisode bref mais qui fera date.

A la manœuvre le sénateur Jean-François Longeot (UDI-UC, Doubs) :  « Le rôle nocif de ces cabines dans l’apparition des cancers de la peau est scientifiquement établi par le Centre international de recherche sur le cancer. Les cancers de la peau ont plus que doublé en dix ans ».

Agents cancérogènes

Dans la foulée le Sénat s’est prononcé pour une interdiction à compter de 2017 en mettant en cause « le rôle nocif de ces cabines ». Une affaire de bons sens dira le citoyen. Une vieille histoire aussi. Quinze ans, déjà, que l’Académie nationale de médecine exhorte le gouvernement à prendre cette mesure d’interdiction ; quinze ans que cette illustre compagnie n’est pas entendue les ministres successifs de la Santé.

La suite est éloquente : en 2009, cette pratique était classée dans le groupe des agents cancérogènes certains pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). On lira ici, sur ce sujet, un document éloquent. En 2011, l’Institut national français de Veille sanitaire (InVs) constatait que le nombre de mélanomes avait déjà triplé entre 1980 et 2005 en France – triplé pour atteindre  9780 nouveaux cas et causer 1620 morts prématurées.

Purement esthétique

En février dernier l’Académie repartait à l’attaque : « Alors que le bronzage artificiel est reconnu comme l’une des principales causes de la forte augmentation des cancers cutanés dans le monde, le développement de cette pratique – à finalité purement esthétique – se poursuit » .  Et la même Académie d’accuser : la réglementation en vigueur n’est pas strictement appliquée :

. L’encadrement n’est pas assuré, et malgré le « durcissement de la réglementation » prévu par le décret de 2013, rien n’est fait pour dissuader les mineurs, les femmes enceintes de plus de cinq mois et les personnes à la peau déjà très insolée de se faire bronzer en cabine. Dans un triste euphémisme l’Académie nationale de médecine  regrettait  « que la réglementation actuelle laisse toute liberté pour entretenir une désinformation du public ».

Rue Bonaparte

Les académiciens de la rue Bonaparte rappellaient encore que

. l’exposition aux rayons ultraviolets A ne s’accompagne d’une pigmentation de la peau que si elle est importante et de ce fait à l’origine d’altérations cellulaires.

. Ces mêmes expositions n’apportent aucun des bénéfices revendiqués par les professionnels du bronzage : l’apport de vitamine D active n’est pas lié à l’action des UVA et peut facilement se faire par voie orale;

. l’exposition ne s’accompagne ni d’une pigmentation ni d’un épaississement de l’épiderme qui participeraient à une protection efficace de la peau ;

.dans le traitement de la dépression saisonnière, les UVA ne sont pas utiles et seule la luminothérapie peut avoir une certaine efficacité.

Brésil et Australie

C’était là un réquisitoire visant les autorités sanitaires. Deux solutions étaient proposées. La première étaitde durcir la réglementation (comme l’ont déjà fait le Brésil et l’Australie). La seconde étaitd’interdire les cabines de bronzage et de ne réserver le recours aux UV artificiels que dans un cadre médical, à des fins thérapeutiques pour certains usages dermatologique. « Il sera intéressant de connaître la réponse que ne manquera pas d’adresser Marisol Touraine, ministre de la Santé, aux accusations de l’Académie » écrivions-nous, sur ce blog, en février. Il suffisait d’attendre septembre.

« La nocivité de l’exposition aux rayons UV est avérée et l’augmentation des mélanomes doit nous conduire à agir. Mais faut-il interdire ? » s’est interrogée la ministre de la Santé Marisol Touraine devant les sébateurs

Avis ministériel défavorable

Elle a rappelé que sur les cabines, des règles existent depuis 1997 et qu’elles ont été renforcées en 2013. « Le projet de loi va plus loin encore, qui interdit les forfaits illimités, la mise à disposition des cabines à domicile, leur vente à des particuliers, et impose la formation des professionnels », a-t-elle souligné. Elle a aussi indiqué qu’avec plusieurs ministres de la Santé elle a saisi la Commission européenne et qu’un groupe de travail a été mis en place. « En attendant ses conclusions, avis défavorable à interdiction complète des cabines », a-t-elle dit.

Yves Daudigny (PS, Aisnes) a obtenu une période transitoire de deux ans pour tenir compte de la situation des professionnels qui se sont conformés aux dernières prescriptions. En première lecture les députés avaient pour leur part voté l’interdiction de la publicité pour les cabines et les appareils de bronzage, ainsi que l’interdiction de leur mise à disposition pour les mineurs. Ils avaient aussi décidé dans le cadre de l’examen du projet de loi santé l’interdiction de la vente ou la cession, y compris gratuitement, d’un appareil de bronzage artificiel pour un usage autre que professionnel.

A quoi tient l’étonnante mansuétude ministérielle pour ce qui constitue une véritable et indiscutable menace pour la santé publique ?

A demain

Une réflexion sur “Cancer et politique: l’étrange mansuétude de Marisol Touraine pour les cabines à bronzer

  1. Vous le savez, les « emplois mon pauvre monsieur », comme le vin et le tourisme oenologique (le Sénat à nouveau à la manoeuvre), ou ces pauvres buralistes…

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