Des chercheurs lyonnais affirment pouvoir produire des spermatozoïdes humains artificiels. Information ou intoxication ?

Bonjour

Est-ce une « première mondiale » ou la simple répétition d’une prouesse auto-claironnée en juin dernier ? L’affaire était, ce 17 septembre, annoncée en grande pompe par le CNRS : une conférence de presse organisée à Lyon au cours de laquelle on allait tout savoir, ou presque. Qu’a-t-on appris ? Que la société privée Kallistem® avait réalisé une première mondiale : « obtenir des spermatozoïdes humains complets in vitro à partir de prélèvements effectués chez des hommes infertiles ». Que cette  start-up issue de l’Institut de génomique fonctionnelle de Lyon (CNRS/Inra/Ecole normale supérieure de Lyon/Université Claude Bernard Lyon 1) avait « développé une technologie de thérapie cellulaire permettant la différenciation des cellules souches germinales » et qu’elle pouvait désormais « produire, hors du corps, des spermatozoïdes morphologiquement normaux ». Et, enfin, que cette technologie avait fait l’objet d’un dépôt de brevet publié en juin 2015 ».

Extraits du communiqué de presse :

« Plusieurs équipes dans le monde tentent depuis plus de quinze ans de réaliser in vitro une spermatogenèse humaine, un processus physiologique complexe et long de 72 jours (contre 34 pour la souris). Le défi a été relevé par Philippe Durand, directeur scientifique de Kallistem et ancien directeur de recherche Inra, et Marie-Hélène Perrard, chargée de recherche CNRS2, co-fondatrice de Kallistem®.

 Ces deux spécialistes de la spermatogenèse in vitro savaient déjà isoler les « tubes séminifères » (lieu de production des spermatozoïdes) sans altération et à partir de tissus testiculaires. Cependant, le confinement de ces tubes séminifères n’était pas suffisamment efficace et stable pour qu’ils fonctionnent in vitro pendant toute la durée de la spermatogénèse. Grâce à une collaboration avec Laurent David, professeur de l’université Claude Bernard Lyon 1, membre du laboratoire Ingénierie des matériaux polymères (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1/Insa/UJM), les chercheurs ont pu assurer un confinement propice des tubes séminifères pour une spermatogénèse intégrale très proche des conditions in vivo.

Ils ont pour cela conçu un bio-réacteur utilisant du chitosane : une substance naturelle présente dans la paroi de champignons ou pouvant être produite à partir de chitine, composant la carapace de crustacés. Fin 2014, les chercheurs ont ainsi réussi, pour la première fois, à produire in vitro des spermatozoïdes humains. Un brevet décrivant l’ensemble du dispositif, « Artistem® », a été publié le 25 juin 2015. »

Marché prometteur

A Lyon, on a expliqué aux journalistes que cette avancée ouvrait des pistes thérapeutiques attendues depuis de nombreuses années par les cliniciens ; qu’aucun traitement n’existait aujourd’hui pour préserver la fertilité des jeunes garçons pré-pubères soumis à certaines chimiothérapies toxiques pour les gonades ; que » plus de 15 000 jeunes patients atteints de cancer sont concernés dans le monde » ; qu’il n’existe pas non plus de solution pour les 120 000 hommes adultes qui souffrent d’infertilité non prise en charge par les technologies actuelles.

En deux mots : le marché est prometteur et le futur n’attend pas. Avec le procédé Artistem®, Kallistem® « espère répondre aux besoins de ces deux types de patients ». En pratique, à partir d’une biopsie testiculaire effectuée chez ces hommes infertiles, les chercheurs pourront obtenir in vitro des spermatozoïdes par maturation des spermatogonies, disponibles même chez les garçons pré-pubères. Les spermatozoïdes obtenus seront utilisés en fécondation in vitro avec micro-injection dans l’ovocyte, et pour les plus jeunes patients, les spermatozoïdes pourraient être cryo-conservés jusqu’au désir de paternité.

Qualité en question

Quand ? « Avant de confirmer la possibilité de telles applications, la qualité des spermatozoïdes produits devra être analysée. Tout d’abord, à partir des modèles de rongeurs, les ratons nés à partir de spermatozoïdes formés in vitro seront étudiés d’un point de vue physiologique et comportemental pour vérifier notamment la normalité des organes et la capacité à se reproduire. Puis, des gamètes humains seront étudiés d’un point de vue biochimique et épigénétique. Conformément à la réglementation, des évaluations cliniques seront effectuées ensuite ».

Ce qui a été annoncé aujourd’hui à Lyon n’est que la réplique de ce qui avait déjà été claironné en mai : « Production in vitro de spermatozoïdes humains :   des chercheurs français annoncent une ‘’première mondiale’’ »  , « Spermatozoïdes humains créés in vitro : le mutisme scientifique avant la tempête éthique ? ». Pas de publication scientifique ; la protection d’un brevet (WO2015092030-2015-06-25). Pour mieux comprendre, nous avions interrogé il y a quelques semaines la Pr Nathalie Rives (CHU de Rouen) présidente de la Fédération française des Cecos qui travaille sur ce sujet. C’est peu dire qu’elle exprime des réserves scientifiques.

Interdiction d’expérimenter

Au final que reste-t-il ? Une opération aux accents publicitaires à laquelle est pleinement associé (pourquoi ?) le Cnrs. S’il devait un jour prochain être validé par la communauté spécialisée ce travail se heurterait encore à de considérables difficultés méthodologiques et éthiques à venir pour  valider un tel procédé chez l’animal puis chez l’homme. La loi française interdit la création d’embryons humains à des fins de recherche. Osera-t-on, à Lyon, passer directement au stade de la procréation humaine avec des spermatozoïdes artificiels ?

A demain

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