Une épidémie de « contentions physiques » en milieu psychiatrique et hospitalier est annoncée

Bonjour

La psychiatrie ? Combien de divisions ? C’est un dossier médical et politique  ouvert par La Croix. Un débat relayé par une pétition qui semble comme venue d’un autre âge : un appel-citoyen pour dénoncer la contention physique dans les milieux psychiatriques et hospitaliers accueillant les plus fragiles, les plus âgés de notre société.

L’attachement-contention n’est jamais loin de l’isolement-abandon. Sont-ils parfois justifiés, sinon légitimes ? Dans quelles conditions ? Ces pratiques sont-elles en voie de développement et, si oui, pourquoi ?

Sans commodités

Deux documents viennent soulever ces questions que l’on pouvait, naïvement, tenir pour dépassées. Le premier est le rapport annuel du contrôleur général des lieux de privation de liberté. «Il n’est pas question de discuter ici le fait que certains patients particulièrement agités, dangereux pour eux-mêmes et pour les autres, puissent nécessiter le recours à l’isolement voire à la contention. Il n’en reste pas moins qu’une telle décision devrait répondre à des critères précis et des conditions déterminées, ce qui n’est pas toujours le cas», écrit Jean-Marie Delarue, cité dans La Croix.

Le contrôleur général constate que les chambres d’isolement, parfois dépourvues «de commodités (un seau est alors laissé au patient)», ne sont pas non plus toujours équipées d’un bouton d’appel, ni d’horloge permettant au patient de se repérer dans le temps. «Les malades peuvent y être entravés, sanglés à leur lit par une main et un pied ; le moindre geste de la vie quotidienne – se nourrir, uriner – place alors la personne dans des conditions humiliantes», indique Jean-Marie Delarue.

Perte de culture

L’autre document est le rapport d’information sur la santé mentale du député (PS, Loir-et-Cher) Denys Robiliard. Un rapport salué par Marisol Touraine qui rappelle « que la santé mentale constitue une des cinq priorités de santé publique de la stratégie nationale de santé annoncée le 23 septembre 2013 ». Ce rapport dénonce lui aussi «un recours problématique» à la contention et à l’isolement. «C’est un phénomène difficile à appréhender car il n’existe aucune statistique. Mais nous avons interrogé de nombreux professionnels qui, de manière majoritaire, nous ont dit que cela était en développement » explique M. Robiliard. Selon lui cette évolution  témoigne d’une perte de la culture de la relation humaine dans les établissements».  Où est, dès lors, la « priorité de santé publique ?

En pratique « l’isolement » et la « contention » ne peuvent être mis en œuvre que sur prescription médicale (mise en danger du patient, des autres patients ou des soignants) et pour des périodes limitées. Toutefois Jean-Marie Delarue évoque le cas de patients «autistes et déficients chroniques», parfois placés en chambre d’isolement pour des durées qui se comptent en semaines, en mois, voire en années. «Les contrôleurs ont rencontré, dans une maison d’accueil spécialisée (MAS), un résident placé en chambre d’isolement depuis sept ans», indique-t-il.

Lecture politique

La Croix (Pierre Bienvault) fait ici une lecture historique et politique du phénomène:

« En France, après la Seconde Guerre mondiale, toute une génération de psychiatres s’est mobilisée pour bannir l’isolement et la contention. Au point, affirment-ils, que cela était quasi marginal dans les années 1970 et 1980. «J’ai fait les trois quarts de ma carrière sans jamais avoir mis un patient sous contention», affirme le docteur Christiane Santos, secrétaire générale de l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique. 

Pour certains psychiatres, tout cela n’est pas sans lien avec l’émergence d’un «climat sécuritaire», largement activé, selon eux, sous le mandat de Nicolas Sarkozy.  Ils estiment qu’un tournant s’est produit, fin 2008, lorsque le chef de l’État a annoncé un plan visant à mieux «sécuriser» les hôpitaux avec la création de 200 chambres d’isolement. Au-delà du débat politique, nul ne peut nier que, ces dernières années, la sécurité est devenue une préoccupation croissante pour de nombreux soignants, désarçonnés par le comportement parfois violent de certains patients. «Quand une équipe a peur, il est certain que le médecin va prescrire des contentions», explique  Danièle Hagen, cadre de santé, référente du collectif psychiatrie de la Coordination nationale des infirmiers. »

Routine carcérale

Le quotidien catholique cite notamment  Dominique Friard (1), infirmier de secteur psychiatrique au centre de santé mentale de Gap et rédacteur en chef adjoint de la revue Santé mentale. «Aujourd’hui, l’isolement est devenu une pratique routinière. Et la contention, bien que plus rare, a aussi tendance à se banaliser. Au point que beaucoup de soignants ne s’imaginent même pas qu’on puisse faire autrement».

Ce phénomène est aussi potentialisé par la diminution du nombre de soignants dans les équipes et la disparition (en 1992) du diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique – d’où les difficultés à « gérer des patients démonstratifs et agressifs».

Psychiatrie malade

Que faire ? Jean-Marie Delarue comme Denys Robiliard demandent que tout recours à l’isolement et à la contention soit signalé dans un registre spécifique. On peut aussi s’interroger sur l’état de la psychiatrie en France. «Le fait que la contention soit de plus en plus utilisée est quand même le signe qu’elle ne va pas très bien», estime, dans La Croix,  le Dr Jean-Claude Pénochet, président du Syndicat des psychiatres des hôpitaux.

C’est dans ce contexte que survient un « appel ».  Relayé par Slate.fr , il émane du « collectif des 39 » qui  s’inquiète, lui aussi, de la banalisation des pratiques visant à immobiliser les patients.  «En France, chaque jour, on enferme, on immobilise, on attache, on sangle, des personnes malades », écrit ce collectif – des soignants qui ont lancé une pétition signée par de nombreux chercheurs, élus et intellectuels pour dénoncer l’augmentation des pratiques de contention physique à l’hopital.

Hôpital-usine

«Les patients qui  ont subi ces pratiques produisent un traumatisme à jamais ancré dans leur chair et dans leur cœur» écrit  le « collectif des 39 », qui observe, lui aussi, qu’il existe « un savoir faire est en train de se perdre au profit de la banalisation grandissante de ces actes de contention».Lecture politique, là encore.  Selon ce collectif, c’est la mutation en cours au sein des hôpitaux (à qui l’on demande de plus en plus une gestion d’entreprise) qui serait à l’origine de ces maltraitances :

.«L’emprise gestionnaire et bureaucratique envahit le quotidien: principe de précaution, risque zéro, techniques sécuritaires, protocolisation permanente des actes, réduction du temps de transmission entre les soignants etc… Elle dissout petit à petit la disponibilité des acteurs de soins.»

 Que faire ? A minima (et à défaut de pouvoir «proscrire la contention»), il faut «repenser la formation» et  «donner de toute urgence des moyens nécessaires à cette mission complexe». Tout cela pourrait prendre un nom, par exemple celui de « priorité de santé publique ».

A demain

(1) La Croix conseille ici « L’isolement en psychiatrie : séquestration ou soin ? », Elsevier Masson, 2002. La revue Santé mentale a d’autre part publié, en juin 2009, un dossier très complet sur le «vécu en chambre d’isolement»

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