Alzheimer : pourquoi Marisol Touraine ne dérembourse-t-elle pas les médicaments inefficaces et coûteux ?

Bonjour

Marronnier de la rentrée la « journée mondiale  de la maladie d’Alzheimer est une épreuve journalistique. Libération (Eric Favereau) l’expédie à sa façon en revenant sur une affaire qui n’a jamais (pourquoi ?) pris la dimension d’un scandale sanitaire : le remboursement par la collectivité des médicaments « anti-Alzheimer » ; des médicaments dont il est de longue date établi qu’ils sont inefficaces et qui pourraient être toxiques. C’est une affaire du Médiator qui n’aurait jamais pris son essor (voir Slate.fr : « Alzheimer: des médicaments inutiles, meurtriers, mais remboursés » 18 février 2011)

Quatre médicaments qui devraient être depuis longtemps oubliés :

Aricept® (donepezil) de la firme Eisai (commercialisé depuis septembre 1997) ; 49,64 € les vingt-huit comprimés.

 Exelon® (rivastigmine) de Novartis (mai 1998) ; 14,48 € les quatorze gélules

Reminyl® (galantamine) de Jansen-Cilag (octobre 2000) ;  46,87 € les cinquante-six comprimés.

Exiba® (mémantine) de Lundbeck (mai 2002) ;  63,50 €  les vingt-huit comprimés.

Astuce de Xavier Bertrand

Soit plus de 300 millions d’euros chaque année pour l’Assurance maladie (près de 5 milliards au total ?) sans bénéfices mais avec des risques pour les malades  – car s’ils ne sont plus apparemment remboursés qu’à 15% ces médicament le sont à 100% dès lors qu’ils sont prescrit à une personne souffrant de la maladie d’Alzheimer. (« Alzheimer : l’astuce (française) du balayeur (Xavier) Bertrand »).

L’instruction de ce dossier est close depuis longtemps et le réquisitoire prononcé. On le trouve dans les colonnes du mensuel Prescrire, sur le site de Slate.fr, sur les ondes de France Culture, dans « La vérité sur vos médicaments », remarquable ouvrage collectif édité chez Odile Jacob. On le retrouve sous la plume du Pr Stanley Prusiner, prix Nobel de médecine 1997 pour ses travaux sur l’origine des maladies neurodégénératives (« La mémoire et la folie » ; Odile Jacob). On le retrouve aussi sous le sceau de la Haute Autorité de Santé.

Gauche immobile

Après bien des atermoiements la « Commission de la transparence » (en charge de l’évaluation des médicaments) de la Haute autorité de santé (HAS) annonçait en octobre 2011 qu’elle avait dégradé l’intérêt thérapeutique de ces quatre spécialités pharmaceutiques. Leur  «service médical rendu» (SMR) considéré comme «important» depuis 2007 passait alors à «faible». Aucune information médicale ou scientifique nouvelle n’était pourtant alors intervenue  pour justifier cette dégradation du SMR. La HAS demandait à cette occasion  aux praticiens de limiter leurs prescriptions à une période d’une année, renouvelable.

Ces médicaments, pris en charge par l’assurance maladie, pouvaient alors faire l’objet d’un déremboursement dans le cadre de la Loi de finance de la sécurité sociale et de la réduction des dépenses liées aux affections dites de longue durée. Le  ministre de la Santé et le gouvernement redoutaient-ils alors  les possibles conséquences d’une telle mesure dans l’entourage des malades et dans l’opinion publique? La gauche au pouvoir n’a rien modifié à cette incohérence.

 Conflits d’intérêts massifs

Libération donne aujourd’hui (« journée mondiale ») la parole au Pr Olivier Saint-Jean. Ce chef de service de gériatrie à l’Hôpital européen Georges-Pompidou reprend le réquisitoire.

 «Ce qui m’a frappé explique le Pr Olivier Saint-Jean, c’est que lorsque la commission de la transparence rendait ses avis, à chaque fois cette commission demandait aux industriels de faire des études sur les effets au long terme de ces produits. Or aucun résultat d’essai à long terme n’a jamais été publié (…) Si on laisse de côté, pour certains de mes collègues, des conflits d’intérêts massifs, il y a aussi une posture médicale : comment annoncer le diagnostic de maladie d’Alzheimer sans dire ensuite au patient “mais je vous donne un traitement” ?»

 Libération  croit savoir que la célèbre Commission de Transparence vient de se repencher sur la question, qu’elle a décidé de rouvrir le dossier, que cela prendrait  six mois et qu’au final si elle considère une nouvelle fois que le bénéfice est insuffisant, il reviendra à la ministre de la Santé de prendre un arrêté de déremboursement total.

Retirer du marché

Nous avons interrogé la HAS. Elle rappelle que la dernière évaluation date de 2011, qu’elle concluait à un SMR faible et à l’existence d’effets indésirables. Elle ajoute que l’évaluation de ces médicaments « va démarrer prochainement pour aboutir  début 2016, le temps que les laboratoires fournissent les éléments demandés ».

Toutes choses égales par ailleurs il est donc possible qu’avant la fin du quinquennat Marisol Touraine procède au déremboursement de ces médicaments inutiles et potentiellement dangereux.  A dire vrai elle pourrait les dérembourser dès maintenant. Ou les faire retirer du marché. Elle pourrait aussi expliquer pourquoi elle ne le fait pas.

A demain

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s