Nouvelles et troublantes lumières génétiques sur le don d’ovocyte et la maternité de substitution

Bonjour

C’est une publication scientifique espagnole qui soulève un double problème, de fond et de forme.

La forme : sa promotion est, en France, assurée par une agence de relation presse travaillant pour le compte d’IVI et de la fondation du même nom. Fondée en 1990 IVI se présente comme la première institution médicale qui, en Espagne, est  « entièrement dédiée à la reproduction assistée ». Aujourd’hui, elle compte trente-huit cliniques dans dix pays ; soit « le leader européen en médecine de la reproduction ». IVI « a contribué à la naissance de plus de 100.000 enfants grâce à la mise en œuvre de méthodes de reproduction assistée particulièrement innovantes ». C’est aussi un groupe particulièrement actif qui ne craint pas d’inciter de vanter auprès des spécialistes français ses possibilités techniques ; des possibilités parfois interdites en France du fait des contraintes imposées par la loi de bioéthique.

Usage à des fins commerciales

Quant à la « Fondation IVI » elle est présentée comme « la première fondation en Espagne consacrée à la recherche fondamentale et appliquée dans le domaine de la reproduction humaine dans le but de développer la recherche, l’enseignement et l’action Sociale ». Elle « fait partie du Parc Scientifique, le pôle des entreprises scientifiques et techniques de l’Université de Valence », et « constitue le département de recherche et de soutien scientifique de IVI. »

Le fond : il s’agit d’un travail dont la vulgarisation et les interprétations pourront aisément être utilisée à des fins commerciales – un travail publié dans la revue Development et qui peut être intégralement consulté ici : « Hsa-miR-30d, secreted by the human endometrium, is taken up by the pre-implantation embryo and might modify its transcriptome ». Il a été mené un groupe dirigé par Carlos Simón – directeur scientifique de la Fundación Instituto Valenciano de Infertilidad (FIVI) et affilié au Department of Obstetrics and Gynecology, School of Medicine, Stanford University, Palo Alto.

Pour le meilleur ou pour le pire

Extraits de la traduction de ce travail par ceux qui le signent (nous surlignons) :

« Cette découverte confirme que la future mère est capable de modifier la génétique de son futur enfant, même avec l’ovule d’une autre femme, comme cela est le cas dans le don d’ovocytes »

« Les habitudes de la femme enceinte sont décisives dans le développement de l’embryon. En effet, l’endomètre est capable de sécréter des molécules qui peuvent entrainer une modification du génome de l’embryon pour le meilleur ou pour le pire. » 

« Elle démontre, pour la première fois dans l’histoire de la génétique, quelque chose qui avait déjà été suggéré par Barker en 1990 quand il a dit que «ce qui se passe dans l’utérus maternel est plus important que ce qui se passe à la maison après la naissance « : le lien entre la femme enceinte et l’embryon conduit à des modifications dans le génome du futur bébé. »  

« Cette étude démontre que la mère peut modifier les données génétiques de l’enfant, même lorsque l’ovule provient d’une donneuse ou entre une mère porteuse et le bébé. Ce qui change complètement le paradigme du don d’ovocytes et de la maternité de substitution. Cette découverte redonne de l’espoir aux mères qui doivent recourir à un don d’ovocytes pour assouvir leur désir d’avoir des enfants (sic) et alerte celles qui choisissent la maternité de substitution sur l’importance des caractéristiques de la mère porteuse. »  

« Ces résultats nous montrent qu’il y a un échange entre l’endomètre et l’embryon, qui est quelque chose que nous soupçonnions déjà en raison de la coïncidence de certaines caractéristiques physiques entre les mères et les enfants nés grâce à un don d’ovocytes et aussi en raison de l’incidence de maladies chez les enfants liées à une pathologie maternelle pendant la grossesse, telle que l’obésité et le tabagisme. »

Certains modes de vie comme le tabagisme et certaines maladies comme l’obésité peuvent finir par modifier les cellules des femmes, y compris celles de leur endomètre. En effet, cela peut provoquer des changements sur le liquide de l’endomètre et sa sécrétion. Les données génétiques de la femme enceinte sont alors transmises directement à l’embryon, modifiant ainsi son développement.  

« Certaines de ces fonctions spécifiques ainsi transmises se révéleront ou seront inhibées dans l’embryon, donnant lieu à des modifications qui nous montrent comment les maladies, telles que le diabète et l’obésité sont transmises. Par conséquent, cette publication devrait permettre d’empêcher ces types de maladies lorsque leur cause est épigénétique.

« A l’avenir, sachant que cette transmission existe, nous serons en mesure de la détecter et de l’interrompre, mettant ainsi un terme à la prédisposition des mères obèses à avoir des enfants obèses. Dans les pays où la maternité de substitution est autorisée, nous attacherons plus d’importance au mode de vie de la femme enceinte avant la grossesse. »

On peut le dire autrement : cette publication scientifique est une forme de pain béni pour la poursuite du développement international des activités du groupe IVI – des activités qui ne connaissent pas de frontières, physiques ou éthiques. Pour le meilleur ou pour le pire.

A demain

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