Vie et mort de Vincent Lambert : sept ans plus tard, nouvelle étape dans l’acharnement judiciaire

Bonjour

Mardi 29 septembre 2015. A 15 heures,  le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne se réunira « en formation élargie ». Objet : le Centre hospitalier universitaire de Reims peut-il continuer à nourrir et à hydrater Vincent Lambert ? Peut-il « maintenir artificiellement en vie » cet homme après les décisions rendues par le Conseil d’Etat et par la Cour européenne des droits de l’homme ? On notera que cette énième étape d’un acharnement judiciaire sans précédent survient sept ans précisément  après l’accident de la circulation dont a été victime cet homme aujourd’hui en état végétatif chronique ou pauci-relationnel. Sept années et de multiples interrogations (1).

« Nous demandons au juge de faire prévaloir les intérêts et le droit fondamental de Vincent à ne pas subir d’acharnement thérapeutique comme il l’avait demandé, droit qui lui est illégalement refusé tous les jours par le CHU depuis la décision de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) » explique dans les médias François Lambert,  neveu du malade aujourd’hui seul dans cette action.

Lointaines conséquences

Nous sommes ici confrontés aux lointaines conséquences de la décision fautive prise par le Dr Éric Kariger (qui a depuis quitté le CHU de Reims pour le privé) de suspendre définitivement l’alimentation et l’hydratation artificielles de son patient sans en informer les parents.  Après l’arrêt de la CEDH,  Daniela Simon, le nouveau médecin en charge de Vincent avait entamé « une nouvelle procédure en vue d’une décision d’arrêt des soins ». Puis, coup de théâtre, il refusait de « statuer sur cette fin de vie » et ce « en raison de pressions extérieures nuisant à « la sérénité », notamment après des menaces d’enlèvement ». Des pressions sur lesquelles on ne sait rien.

« Une décision étonnante de la part de cette médecin, car une semaine auparavant elle avait affirmé à différents interlocuteurs qu’elle allait mettre en œuvre la décision d’arrêt de traitement, après une rapide réunion collégiale, explique aujourd’hui Libération (Eric Favereau)  Elle connaît la situation par cœur, c’est elle qui suit Vincent Lambert depuis près de sept ans. Pourquoi ce changement ? Que s’est-il passé ? Des menaces ? Daniela Simon est certes titulaire au CHU de Reims, mais elle est d’origine roumaine, avec un diplôme étranger. Peut-être s’est-elle sentie, elle aussi, bien seule ? » A sa demande, le procureur de la République de Reims a saisi un juge des tutelles d’une mesure de protection pour Vincent Lambert.

90 000 euros pour ne pas communiquer

C’est la légalité de cette nouvelle procédure collégiale que conteste François Lambert. Il juge que le CHU aurait simplement dû appliquer la décision médicale du 11 janvier validée par le Conseil d’État et la CEDH. Contacté par l’AFP, Me Pierre Desmarais, l’avocat du CHU de Reims, se refuse à tout commentaire. Même silence du côté de la direction de l’hôpital. Coûteux silence puisque cette même direction a émis un appel d’offre début août pour s’adjoindre les services d’un cabinet spécialisé dans « la gestion de communication de crise » et ce pour une mission de trois mois facturée à hauteur de 90 000 euros. Une initiative sur laquelle cette direction en crise se refuse obstinément à communiquer…

L’AFP observe que Rachel, l’épouse de Vincent, qui se bat pour « laisser partir » son mari, n’a pas souhaité s’associer à la procédure engagée par le neveu. Les parents, radicalement opposés à l’arrêt des soins, ont déposé un mémoire au tribunal et plaideront par l’intermédiaire de leur avocat Jean Paillot. « Vu la difficulté de l’affaire et l’impossible consensus dans la famille, l’hôpital se devait d’ouvrir une nouvelle procédure collégiale, qu’il a d’ailleurs suspendue et non arrêtée. Vincent a fait des progrès depuis les dernières expertises, il doit être dans un premier temps transféré pour être bien pris en charge et il doit subir de nouveaux examens pour évaluer son état », plaide cet avocat.

Hasard ou pas, le débat sur « la fin de vie » revient début octobre devant l’Assemblée nationale avec l’examen en deuxième lecture de la proposition de loi Claeys-Leonetti voulu par le président de la République et rejeté en juin par le Sénat. Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne devrait mettre sa décision en délibéré ; puis juger dans un délai de deux à trois semaines.

A demain

(1) Sur ce thème, citons ces lignes éclairantes d’Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale (Université Paris Sud) extraites de son texte  « La logique du pire »

« (…) Je ne suis pas certain que les responsables de ce chaos soient conscients des profonds préjudices causés par leurs approximations et plus encore par leur incompétence à saisir les enjeux d’une situation qui dégénère au point de ne savoir au juste ce qu’en sera l’issue.

Que les plus hautes instances de la déontologie médicale cautionnent la palinodie d’une équipe médicale confrontée à son échec, qui, de l’obstination à engager une sédation profonde terminale jusqu’à l’impromptu d’un renoncement dans des conditions significatives d’une impréparation inquiétante, ne peut qu’interroger.

Que les instances publiques en charge de la santé semblent adapter leurs positionnements en tenant compte notamment de l’aboutissement sans entrave de la proposition de loi créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie, ne peut qu’interroger.

Que les instances sollicitées par le Conseil d’État pour leur compétence en éthique demeurent à distance d’un fiasco qui a déjà un impact sur leur capacité ne serait-ce qu’à témoigner des valeurs fortes qu’elles ont pourtant affirmé dans des contributions qui font référence, ne peut qu’inquiéter.

Que l’opinion publique ne perçoive plus de ce charivari qu’un appel à plus de radicalité dans l’assistance médicalisée en fin de vie alors qu’il semble évident que M. Vincent Lambert ne saurait être assimilé à un mourant, et du reste qu’aucun élément avéré n’attesterait de l’anticipation de sa décision en semblable circonstances, ne peut qu’interroger.

Que l’évocation d’une évolution possible de l’état de santé de M. Vincent Lambert, confirmée par différents avis médicaux ne justifierait pas une nouvelle expertise menée dans des conditions appropriées, ne peut qu’interroger.

Que de manière itérative la référence aux positions dites religieuses et « extrémistes » des parents de M. Vincent Lambert soit l’argument de convenance mobilisant sans autre débat ceux qui expriment dès lors une position idéologique réfractaire à tout approfondissement, ne peut qu’interroger (…) »

2 réflexions sur “Vie et mort de Vincent Lambert : sept ans plus tard, nouvelle étape dans l’acharnement judiciaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s