«NCBI» : de quoi les pauvres gazouillis de l’ancien ministre Luc Ferry sont-ils le nom?

Bonjour

Pour un peu cela serait une « affaire ». Voyons plutôt là un symptôme. Cela commence avec un tweet :

« Un médecin se vante d’ignorer ce que signifient les NBIC. Honnêtement, il ferait mieux de retourner à la fac ou de changer de métier. » (@FerryLuc).

Pourquoi cet honnêtement qui, souvent, trahit son locuteur ?

Luc Ferry, 64 ans, n’a pas toujours tweeté. C’est un essayiste français, ancien professeur de philosophie et ancien ministre de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche dans les gouvernements I et II de Jean-Pierre Raffarin. Wikipédia dit de lui qu’il a accèdé à la notoriété en publiant avec Alain Renaut La Pensée 68 (1985) dans lequel il critique des penseurs de « l’après Mai 68 ». Soit  Pierre Bourdieu, Jacques Lacan, Jacques Derrida et Michel Foucault.

Recoller au peloton

Trente ans plus tard Luc Ferry écrit un peu partout, parle encore plus, dépasse volontiers son niveau de compétence, se pique de vulgarisation, délaisse quelque peu son blog. Il apparaît, de loin, comme décomplexé, désinhibé. On peut inviter Luc Ferry comme intervenant à une conférence:luc.ferry@yahoo.fr.

L’homme peine à recoller au nouveau peloton grossissant des intellectuels français autocentrés sur la France, ses peurs et son déclin : Alain Finkelkraut et Michel Onfray loin devant, suivis de l’atypique Michel Houellebecq et, plus loin, d’Eric Zemmour essayiste et journaliste. (1)

Luc Ferry, donc. Et ce gazouillis dont on se demande encore quelle piqûre de mouche a bien pu le susciter. Qui sait et qui ne sait pas ce que sont les « NBIC » ? La question est posée par un ancien ministre de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la Recherche. Elle pourrait l’être par un vieil auditeur de France Inter au « Jeu des 1000 euros ».

Bête comme chou

NBIC ? C’est bête comme chou : « Nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives ». Soit un champ (scientifique multidisciplinaire) situé au carrefour des nanotechnologies (N), des biotechnologies (B), de l’intelligence artificielle (I) et des sciences cognitives (C).

Mieux vaudrait d’ailleurs parler de « grande convergence » : une interconnexion croissante entre « l’infiniment petit (N), la fabrication du vivant (B), les machines pensantes (I) et l’étude du cerveau humain (C) ».

Provocation pure

Qu’importe, M. Luc Ferry a choisi ce concept pour, péremptoire, s’attaquer au corps médical français. On voit mal, à dire vrai, ce que la connaissance de ce qui peine à être un acronyme traduirait de capacités diagnostiques et thérapeutiques. Qu’importe, il s’agit ici de provocation, nullement de réflexion. Et ce triste gazouillis fut suivi d’autres, comme le rapporte non sans délectation Le Quotidien du médecin. :

« « Vous confondez la recherche médicale et la pratique médicale » ajoutait @NyjohLeBarjot, pris à parti personnellement par l’universitaire. « Barjot vous va bien en effet, et ne pas savoir ce que sont les NBIC est le plus sûr moyen d’envoyer ses patients ad patres… » tweetait avec provocation Luc Ferry.
Pas vraiment échaudé par les dizaines de tweets qui l’interpelaient, il relançait la polémique : « Tant que nos médecins ignoreront les nouvelles technologies NBIC nous serons en danger. La formation continue est un devoir pas un luxe ! ».

Pas vraiment une manière de calmer les twittos. Ignorant, arrogant, prétentieux, ridicule… Les qualificatifs pleuvent sur l’universitaire, qui surenchérit quelques heures plus tard : « Cette collection de réactions outrées enracinées dans une ignorance totale de la technologie des NBIC est un vrai document de travail… Assez perdu de temps à tweeter, je retourne au travail ! […] Salut et merci, y compris pour les insultes débiles : toujours instructif ! » .»

Et l’ancien ministre de renvoyer l’ensemble du corps médical français à la lecture des livres des Drs Laurent Alexandre et de Guy Vallancien sur la médecine et son futur. Il n’est pas certain que ce soit là le meilleur service qu’il pouvait leur rendre.

A demain

(1) Loin de ces auteurs hexagonaux, conseillons deux ouvrages d’exception : « 2084, la fin du monde » de Boualem Sansal (Gallimard, collection Blanche), encensé par Michel Houellebecq ; et « Ce pays qui aime les idées » de Sudhir Hazareesingh (Flammarion) – traduction de Anne-Marie de Béru.  Sudhir Hazareesingh, est professeur à Oxford. Membre du jury du prix Guizot, il est notamment l’auteur de « La Légende de Napoléon » (Tallandier, 2006) et du « Mythe gaullien » (Gallimard, 2010).

Une réflexion sur “«NCBI» : de quoi les pauvres gazouillis de l’ancien ministre Luc Ferry sont-ils le nom?

  1. Que c’est drôle! je vous avouerai que j’ai cru au départ à un fake car je n’arrivais pas à lier Luc Ferry à cet acronyme NBIC. Mais comme vous dites je ne sais pas si ce sont les meilleures lectures à recommander par les temps qui courent……

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