Nobel 2015 : une Française sur la photo-finish ? Les paris sont ouverts et le sujet fait polémique

Bonjour

Les prix Nobel  coïncident (sous nos latitudes) avec le brâme du cerf . Ils font aussi l’objet de multiples supputations et alimentent de solides paris entre paillasses, cornues et salles de rédaction médiatiques.

D’abord celui de médecine (décerné aujourd’hui 5 octobre autour de midi, heure française). On évoque Kazutoshi Mori (Université de Kyoto) et Peter Walter (Université de Californie, San Francisco). Ce couple de biologistes moléculaires s’est déjà partagé le prix Lasker l’an dernier pour des travaux qui sont vulgarisés ici-même. Il s’agit, en substance, de l’impact du repliement-dépliement des protéines transmembranaires sur notre santé. Assez délicat à vulgariser.

Regards chimiques

Autre prétendant, très connu dans le milieu  : Jeffrey I. Gordon (Université de Washington, St. Louis) pour ses travaux (voir son labo) sur les relations entre notre alimentation et le métabolisme de notre microbiote intestinal – un sujet vulgarisé avec le succès que l’on sait par Giulia Enders et son  charme discret de nos intestins (Actes Sud). Ce serait un Nobel pour notre deuxième cerveau. Troisième choix : Alexander Rudensky (Memorial Sloan Kettering Cancer Center), Shimon Sakaguchi (Université d’Osaka), et Ethan Shevach (Instituts nationaux américains de la santé) pour leurs découvertes concernant certaines cellules immunitaires (les « T régulatrices ») et plus particulièrement l’un de leurs régulateurs « Foxp3 ».

Mais tous les regards sont déjà tournés vers le Nobel de chimie (7 octobre), comme le soulignait il y a quelques jours une dépêche de l’agence Reuters (Julie Steenhuysen – Intellectual Property & Science unit of Thomson Reuters). Et multiples paris sur un Nobel pour le CRISPR-cas9. C’est une technique qui fait des ravages dans la maîtrise du vivant végétal et animal; une technique qui –depuis quelques mois – alimente une polémique naissante (mais considérable) de nature éthique : elle permettrait de modifier le patrimoine génétique de l’humanité – des transformations qui pourraient se faire sur un mode héréditaire. Non plus corriger le pathologique mais « améliorer » le génétique existant.

Sur Slate.fr et blog

Nous avons déjà évoqué ce sujet sur Slate.fr : « Maintenant que les Chinois peuvent modifier génétiquement les humains… » et sur ce blog : « Macaques humanisés chinois : trembler ou pas ? » ; « Quarante ans plus tard il faut réinventer la conférence d’Asilomar » ;  « Transformation génétique des embryons humains ; un responsable du comité d’éthique l’estime ‘’légitime’’ » ; « Bioéthique : l’homme doit-il modifier son patrimoine génétique ? ‘’Oui ! ‘’ dit The Economist » ;  « L’arrivée des embryons humains génétiquement modifiés est annoncée. La France totalement absente des débats » ; « Bioéthique : des biologistes anglais veulent modifier coûte que coûte le génome d’embryons humains ».

Un sigle à retenir: le CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats). C’est, de l’avis même des généticiens, l’une des plus importantes révolutions technologiques de la biologie moléculaire de ces quarante dernières années. Une importance équivalente à celle des premiers «ciseaux génétiques», à celle des techniques de séquençage génétique «à haut débit» ou à celle de l’amplification génétique (PCR pour Polymerase Chain Reaction). Avec ce nouvel outil, il devient possible de cibler n’importe quel gène pour  l’«éteindre», l’«allumer», le «corriger», l’«améliorer»… Et ce dans l’ensemble du vivant, végétal et animal –dont l’humain. Le champ des possibles s’ouvre ainsi plus largement que jamais.

Emmanuelle Charpentier

En juin 2014, la généticienne française Emmanuelle Charpentierco-inventrice de l’outil CRISPR-Cas9, estimait que «cette technique fonctionne si bien et rencontre un tel succès qu’il serait important d’évaluer les aspects éthiques de son utilisation».  Or aujourd’hui Emmanuelle Charpentier (Helmholtz Center for Infection Research et dont le laboratoire est désormais à Berlin) est clairement en lice pour le Nobel de chimie. Mlle Charpentier a déjà été distinguée cette année par le Breakthrough Prize in Life Sciences, le Prix Louis-Jeantet de médecine et  le Prix Princesse des Asturies de recherche scientifique et technique en compagnie de l’Américaine Jennifer Doudna (Université de Californie, Berkeley) elle aussi en lice pour le prix suprême.

La dimension éthique se double d’une féroce compétition juridique quant à la propriété des brevets sur cette technique – comme l’évoque Reuters ainsi que la dernière livraison de The Economist (« Even CRISPR »). On parle beaucoup, ici, de Fen Zhang (Broad Institute, MIT Cambridge, Massachusetts). Ce chercheur a certes travaillé sur le sujet. A-t-il travaillé assez et assez tôt ? Sera-t-il sur la photo du Karolinska ? Faisons-nous fausse route ? L’avenir, très proche, nous le dira.

A demain

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