Fin de vie : la France progressera-t-elle un jour au hit-parade mondial du «bien mourir» ?

Bonjour

C’est une information de dernière minute : à la veille de la « Journée mondiale des soins palliatifs » du dimanche 11 octobre 2015 Marisol Touraine vient tout juste d’annoncer la mobilisation de 40 millions d’euros supplémentaires en 2016 « pour le développement des soins palliatifs » La ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes précise que cette augmentation est prévue par le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour l’année 2016 et qu’elle s’inscrit dans le « Plan triennal pour le développement des soins palliatifs et l’accompagnement en fin de vie ». La ministre avait déjà annoncé que des initiatives seraient prises en ce sens. Elle le redit aujourd’hui. Elle le redira demain. Puis elle détaillera les mesures prises.

Mea culpa

C’est l’occasion d’un mea culpa. Un mea culpa récurrent depuis plus de trente ans : « malgré des progrès importants, des inégalités persistent en France dans l’accès aux soins palliatifs ». Déclaration de Marisol Touraine :

« Les soins palliatifs, qui permettent d’apaiser les souffrances des personnes en fin de vie, constituent un progrès majeur de notre médecine contemporaine. Mais l’accès à ces soins reste aujourd’hui très inégal selon les territoires. Cette injustice, tant sociale que territoriale, est inacceptable : en engageant des moyens supplémentaires pour le développement des soins palliatifs, nous marquons notre détermination. »

40 millions d’euros

Certains voient dans ces inégalités persistantes et criantes une forme de scandale – un scandale qui n’est pas sans alimenter les revendications, elles aussi récurrentes, pour le « droit de mourir dans la dignité ». Des revendications qui se cristallisent au gré de l’actualité comme on peut le voir depuis deux ans dans l’affaire Vincent Imbert et comme on le reverra dans quelques jours, avec le retour en appel du procès de Nicolas Bonnemaison devant la cour d’appel du Maine-et-Loire.

Les « 40 millions d’euros supplémentaires » ? Ils poursuivront quatre objectifs : développer les prises en charge de proximité, au domicile, comme dans les établissements sociaux et médico-sociaux, grâce notamment au développement des équipes mobiles de soins palliatifs ; réduire les inégalités d’accès aux soins palliatifs : de nouvelles unités de soins palliatifs seront créées dans les territoires les plus dépourvus ; mieux informer les patients et leur permettre d’être au cœur des décisions qui les concernent ; accroître les compétences des professionnels et des acteurs concernés, en donnant une priorité à la formation, en soutenant la recherche et en renforçant la diffusion de la culture palliative parmi tous les professionnels de santé.

Podium de The Economist

« Renforcer la diffusion de la culture palliative parmi tous les professionnels de santé » ? Joie de la langue de bois. Pourquoi parler de renforcer ? A de rares (et courageuses) exceptions près cette culture reste, tout simplement à fonder.

La fatalité veut que des chiffres récents viennent démontrer dans quelle situation est, de ce point de vue, la France. Il s’agit ici d’un travail remarquable réalisé par nos confrères de The Economist. On le trouvera ici. Sa diffusion a été renforcée par Slate.fr ainsi que par Quartz et, bien évidemment, par la BBC. The Economist estime d’une manière générale que, dans le monde, moins d’une personne sur dix en fin de vie reçoit les soins dont elle aurait, en toute logique médicale et en toute humanité, besoin.

Royaume-Uni en tête

L’Economist Intelligence Unit (EIU) a élaboré un Quality of Death Index qui lui permet un classement des pays où les soins de fin de vie sont les plus diffusés. Sans surprise (compte-tenu de son antériorité dans ce domaine) c’est le Royaume-Uni qui arrive en première position, avec 93,9 points. Ce classement a été établi pour quatre-vingt pays et a recours à une vingtaine de critères concernant le nombre d’unités spécialisées dans les soins palliatifs permettant d’apporter des soins spécialisés aux malades, leurs effectifs soignants (professionnels ou bénévoles, leurs méthodes etc.

Les résultats comparatifs détaillés publiés par The Economist font valoir que la première position du Royaume-Uni du fait de l’intégration de plus en plus large de la pratique des soins palliatifs dans le National Health Care, par le grand nombre des unités spécialisées et par le nombre de bénévoles qui se consacrent aux personnes en fin de vie de l’autre côté de la Manche.

Pragmatisme anglo-saxon

Culture anglo-saxonne du pragmatisme aidant l’Australie et la Nouvelle-Zélande complètent ce podium du « bien mourir » aux antipodes du suicide médicalement assisté. Les États-Unis arrivent neuvièmes, devant la  France. Slate.fr:

« Sans grande surprise, l’Irak ferme la marche, bon dernier avec 12,5 points selon les indicateurs retenus. Cependant, les scientifiques qui ont établi ce classement signalent les bonnes performances de pays en voie de développement. Ainsi l’Ouganda a montré de grands progrès dans l’accès à la morphine. La Mongolie, elle aussi, est beaucoup mieux lotie à présent, si l’on compare aux années précédentes.

« En peu de temps, grâce à l’action d’une femme médecin (le Dr Odontuya Davaasuren – voir ici la vidéo de la BBC) ce pays a vu l’ouverture d’une dizaine de centres spécialisés dans la proposition de soins palliatifs dans sa capitale (alors que le pays n’en comptait aucun en 2000) et quelques hôpitaux de province ont aménagé un service à cette même fin. Ces soins sont désormais enseignés dans les écoles de médecine mongoles, inclus dans la sécurité sociale locale et la morphine y est plus accessible. »

Il n’est pas écrit que la France ne pourra pas, un jour, parvenir à réaliser à son échelle ce que la Mongolie est, assez vite, parvenue à mettre sur pied. Et ce n’est pas, seulement, une question d’argent.

A demain

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