Stériliser une femme en dix minutes au cabinet médical ? Ombres américaines sur Essure®

Bonjour

C’est un travail qui fait polémique. Il vient d’être publié dans le British Medical Journal :  “Safety and efficacy of hysteroscopic sterilization compared with laparoscopic sterilization: an observational cohort study”. Une vaste enterprise signée  Jialin Mao, Samantha Pfeifer, Peter Schlegel et Art Sedrakyan (Weill Medical College of Cornell University, New York).

Ces auteurs ont travaillé sur les données recueillies auprès de plus de 52 000 femmes ayant subi une stérilisation a priori définitive : 8048 par voie hystéroscopique et 44 278 par voie laparoscopique. Toutes  entre 2005 et 2013 dans l’État de New York. C’était alors une période où la voie hystérescopique était en pleine expansion, au détriment de l’autre.

Ambulatoire ou pas

Un an après l’intervention, la stérilisation hystéroscopique n’est pas apparue  associée à un risque plus élevé de grossesses non désirées. Elle a, en revanche, pu être été associée à un risque considérablement accru (dix fois plus) de réintervention chirurgicale.  « Ces résultats viennent alourdir les suspicions qui planent aux États-Unis autour de l’approche par hystéroscopie qui – contrairement à la procédure française – peut être réalisée en ambulatoire » observe Le Quotidien du Médecin (Clémentine Wallace).

Les auteurs du BMJ rappellent que la stérilisation féminine est l’une des méthodes contraceptives les plus couramment utilisés dans le monde. Elle a été adoptée par plus de 10 millions de femmes en âge de procréer aux Etats-Unis. Durant très longtemps la ligature bilatérale des trompes bilatérale par voie laparoscopique (ou mini-laparotomie) a été la principale technique.  Vint ensuite une approche hystéroscopique,  alternative moins invasive. Le dispositif  Essure®  a reçu une approbation européenne en 2001 puis en 2002  par la US Food and Drug Administration. Il est aujourd’hui utilisé en Amérique du Nord, en Europe, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Amérique centrale et en Amérique du Sud ainsi qu’au Moyen-Orient. Il s’agit d’implants composés de fibres de polyéthylène téréphtalate, d’un alliage nickel-titane et d’acier inoxydable.

En dix minutes au cabinet

Il faut voir le site de la multinationale pharmaceutique Bayer « Essure® permanent birth control »:

« Essure® est la seule méthode de contrôle ne naissance permanent que vous pouvez obtenir avec une procédure non chirurgicale. Il peut vous aider à arrêter de vous soucier d’une grossesse qui serait non planifiée. La procédure Essure® est généralement achevée en une dizaine de minutes et peut être effectuée au cabinet de votre médecin. »

A priori séduisante cette approche hystéroscopique a, au fil du temps, été associée à un risque plus élevé de grossesses non désirées. « Depuis l’autorisation de mise sur le marché américain d’Essure® en 2002 plus de 5 000 effets indésirables ont été signalés à la FDA – allergies au nickel présent dans l’implant, douleurs pelviennes, nécessité de réopérer les patientes pour stabiliser ou retirer le dispositif qui ne tenait pas en place… » souligne Le Quotidien du Médecin.

Actions contre Bayer

En 2014, des actions avaient été engagées contre le laboratoire Bayer, qui commercialise Essure® aux États-Unis. Il y a peu la FDA a  décidé de mettre en place un comité consultatif pour approfondir la question de la sécurité de l’approche Essure®, pour déterminer si le dispositif doit éventuellement être soumis à certaines restrictions ou a des modifications d’étiquetage. Reuters faisait état, fin septembre, de demandes féminines formulées auprès de la FDA pour que Bayer retire ce produit du marché.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le travail des auteurs de la publication du BMJ. Selon plusieurs médias américains, le laboratoire Bayer, qui commercialise Essure ®aux États-Unis, a réagi en critiquant la méthodologie de l’étude, « basée sur une seule base de donnée, dans un seul État américain » et soulignant que l’étude ne précise pas si les patientes ayant reçu leur dispositif avaient bien été prises en charge dans un cabinet médical.

Aucune plainte en France

Interrogée par Le Quotidien du Médecin  le Dr Sergine Heckel, gynécologue au centre hospitalier Saint-Joseph – Saint-Luc (Lyon) estime que  ces préoccupations ne concernent pas la France :

« La prise en charge des patientes Essure® est complètement différente ; c’est fait en milieu hospitalier et les contrôles à trois mois sont extrêmement bien respectés, notamment l’hystérographie. Aux États-Unis, cet examen coûte cher et ils ont moins de 16 % de contrôle. La méthode Essure® peut y être réalisée entièrement en ambulatoire, sans certificat, sans délai de réflexion, sans la traçabilité à l’hôpital. De plus, en Europe, tous les chirurgiens sont formés au préalable, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis, donc ceci explique cela ».

Le Dr Heckel précise qu’il n’y a eu aucune plainte déposée en France, où la procédure, remboursée depuis 2005, peut être proposée en première intention (voir l’avis de la HAS). Les auteurs américains du BMJ estiment pour leur part que l’ensemble des données controversées aujourd’hui disponibles pousse à discuter avec les femmes concernées de la meilleure décision à prendre. C’est là une suggestion raisonnable. Elle vaut d’ailleurs pour bien d’autres sujets que la stérilisation féminine définitive.

A demain

3 réflexions sur “Stériliser une femme en dix minutes au cabinet médical ? Ombres américaines sur Essure®

  1. Bonjour, et merci pour cet article.
    Nous sommes un groupe de femmes (voir lien) ayant eu à nous débattre avec la méthode Essure. Certaines ont traversé des choses assez rudes.
    Nous guettons avec une grande attention les débats, accusations de fraudes diverses et mise en lumière de conflits d’intérêts autour d’Essure aux Etats Unis.
    À notre modeste niveau, nous cherchons à attirer l’attention sur ce potentiel scandale sanitaire, mais cela n’est pas facile.
    C’est pourquoi un tel article nous permet de ne pas totalement désespérer et de constater que les yeux commencent à s’ouvrir en France!
    Cordialement,
    Doreen

    • BONJOUR
      J’ ai eu recours a la methode Essure en decembre 2004 tout s’est bien passé et à ce jour aucun effet secondaire comme j’ai pu lire dans les journaux ou sur internet Maintenant si des femmes ont des réactions allergiques a ces métaux c’est une autre histoire ! personne les a forcé a procéder à cette méthode ! on est assez prévenu et le délai de 3 mois de réflexion n’est pas non plus inutile !! a bon entendeur !!!

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