Ebola : le virus est présent dans le sperme d’hommes a priori guéris. Que faut-il en conclure?

Bonjour

Le chaud et le froid. Deux séries de nouvelles interrogations alors que l’épidémie ouest-africaine marque le pas de manière spectaculaire. Une infirmière britannique réinfectée alors qu’on la tenait pour guérie. Une présence démontrée dans le sperme longtemps après l’obtention de la guérison. Soit, en d’autres termes, une physiopathologie à compléter et de nouvelles questions de santé publique à travailler.

L’infirmière, Pauline Cafferkey, est hospitalisée depuis le 9 octobre dans une unité spéciale du Royal Free Hospital de Londres. Dix mois après avoir été déclarée guérie elle présente une pour une complication tardive et inhabituelle de l’infection par le virus Ebola – une méningo-encéphalite, dit-on. Les spécialistes sont comme incrédules.  « Ebola nurse Pauline Cafferkey critically ill in deterioration that shocks experts”(The Guardian); “Ebola nurse Pauline Cafferkey’s rapid decline after being ‘cured’ leaves experts staggered” (The Independent) L’infirmière Pauline Cafferkey entre la vie et la mort” (Paris Match)

Démonstration de la transmission

Ce cas coïncide avec la publication dans le  New England Journal of Medicine » de deux publications elles aussi a priori inquiétantes. L’une démontre la persistance au-delà de 9 mois du virus dans le sperme d’hommes apparemment guéris :  ’Ebola RNA Persistence in Semen of Ebola Virus Disease Survivors — Preliminary Report’ ; l’autre sur l’existence moléculairement démontrée d’un risque de transmission : ‘Molecular Evidence of Sexual Transmission of Ebola Virus’’. Des informations reprises par la BBC : « Ebola lingers in semen for nine months ». On observera que les spécialistes et les institutions françaises sont totalement absents de ces deux publications réunissant pour l’essentiel des auteurs américains et ouest-africains.

Ces publications ont aussitôt été relayées par une mise au point de l’OMS sous la forme d’un communiqué de presse :  « Preliminary study finds that Ebola virus fragments can persist in the semen of some survivors for at least nine months ». L’organisation onusienne souligne que ces données, établies en Sierra Leone, surviennent alors que l’épidémie est sur le point d’être maîtrisée. Elle évoque aussi les nouveaux problèmes de santé publique que soulève la démonstration de cette nouvelle possibilité de contamination, via des relations sexuelles, chez des hommes tenus pour guéris et donc non contagieux.

26% à neuf mois

« Cette étude fournit une preuve supplémentaire que les survivants ont besoin d’un soutien continu substantiel pour les douze prochains mois afin de répondre à ce défi et d’assurer leurs partenaires qu’ils ne sont pas potentiellement exposés au virus », a déclaré Bruce Aylward, représentant spécial pour la réponse Ebola du directeur général de l’OMS. Concrètement quatre-vingt trois hommes de plus de 18 ans de Freetown ont fourni un échantillon de sperme qui a été testé pour détecter la présence de matériel génétique du virus Ebola. Ces volontaires avaient été contaminés entre deux et dix mois avant l’étude.  Tous les hommes testés dans les trois premiers mois étaient positifs (9/9; 100%). Plus de la moitié des hommes (26/40; 65%) qui ont été testés entre quatre à six mois étaient positifs. Et un quart (11/43; 26%) de ceux testés entre sept à neuf mois l’étaient aussi. Tous les volontaires ont été informés des résultats. On leur a prodigué des conseils et fourni des préservatifs.

Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains poursuivent ce travail et reconnaissent ne pas pouvoir founir d’explications claires sur les différences observées. « Les survivants d’Ebola sont confrontés à un nombre croissant de problèmes de santé, a déclaré Tom Frieden, directeur des CDC. Cette étude fournit de nouvelles informations importantes au sujet de la persistance du virus Ebola dans le sperme et nous aide à faire des recommandations aux survivants et à leurs proches pour les aider à rester en bonne santé. »

Masturbation comprise

Et maintenant ? Tous les survivants de sexe masculin à l’épidémie d’Ebola dans les trois pays africains touchés vont-ils être testés et recevoir les informations nécessaires pour prévenir les risques de contamination sexuelle ? Depuis mai dernier l’OMS donne des « recommandation intérimaires sur la transmission sexuelle de la maladie à virus Ebola ». L’OMS recommande que tous les survivants testent leur sperme à partir de 3 mois après le début de la maladie. Pour ceux qui sont positifs, un test par mois est ensuite conseillé jusqu’à ce que le sperme soit négatif par 2 fois à au moins une semaine d’intervalle. Jusqu’à ces deux tests négatifs, l’OMS recommande l’abstinence sexuelle ou le port de préservatifs, une bonne hygiène des mains, après masturbation comprise. :

« Si un homme ayant survécu à Ebola n’a pas eu d’analyse du sperme, il doit poursuivre les pratiques sexuelles à moindre risque pendant au moins six mois après l’apparition des symptômes ; cette durée pourra être revue en fonction des nouvelles informations disponibles sur la présence du virus Ebola dans le sperme en fonction du temps écoulé.

Jusqu’à ce que leur sperme ait été donné par deux fois avec  un test négatif à la recherche du virus Ebola, les hommes qui ont survécu à la maladie doivent respecter les règles d’hygiène personnelle et celles pour les mains en se lavant soigneusement à l’eau et au savon après tout contact physique avec du sperme, y compris après la masturbation. Au cours de cette période, les préservatifs usagés doivent être manipulés et jetés avec précaution, de façon à éviter tout contact avec le liquide séminal.

Tous les survivants, leurs partenaires et leur famille doivent être considérés avec respect, dignité et compassion »

Dix mille survivants

« Il y a plus de 10 000 survivants à l’épidémie d’Ebola. On est en train de découvrir la maladie à distance de la phase aiguë. La possibilité d’une persistance et d’une réactivation virales pose beaucoup de questions, explique le Pr Éric Delaporte, de l’Institut de Recherche pour le Développement et en charge du suivi de la cohorte en Guinée cité par Le Quotidien du Médecin (Irène Drogou). Il semble bien exister une clairance du virus au fil du temps. Même si la transmission sexuelle par des survivants avec du virus persistant est une possibilité, cela semble rare ».

A demain

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