Euthanasie : l’affaire Nicolas Bonnemaison avec, à nouveau, la mortelle question du Norcuron®

Bonjour

Qui s’intéresse encore au procès, en appel, de l’ancien médecin de l’hôpital de Bayonne ? On veut dire qui s’y intéresse vraiment. On le suit de loin bien sûr, ce procès. On retrouve des noms entendus, des argumentaires connus, des applaudissements indécents dans une salle des pas perdus.

Voici, à nouveau, les « témoins de moralité ». Ils ne connaissent rien aux faits mais, prêchant pour leur paroisse, entendent bien sauver l’accusé. Ici ou là des comptes-rendus empreints d’émotion et de partialité radicale. On a déplacé à Angers le microclimat hospitalier bayonnais, ses non-dits, ses rancœurs intestines, des haines rancies, tout ce que l’on ne saura jamais mais que l’on pressentait à Pau et que l’on retrouve à Angers.

Chroniqueuse judiciaire

On le suit de loin, ce procès en appel. C’est alors que revient un nom : Norcuron ® . Et c’est là, à nouveau, à cet instant que tout bascule. On retrouve ce nom dans le blog de notre consœur Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire du Monde qui, après celui de Pau, suit avec un professionnalisme affirmé le procès d’Angers.

Norcuron ® : Ce médicament a une action sur les muscles respiratoires. Pour protéger vos poumons et vous aider à respirer pendant l’anesthésie générale (ventilation artificielle), l’anesthésiste est amené à vous insérer un tube dans la trachée (au niveau de la gorge). Norcuron® permet d’insérer ce tube plus facilement. De plus, comme Norcuron® permet le relâchement musculaire, il rend certains types d’opérations plus faciles pour le chirurgien.

Contre-indication absolue

Norcuron ® : bromure de vécuronium, commercialisé par MSD France. Le bromure de vécuronium bloque la transmission entre l’extrémité du nerf moteur et le muscle strié squelettique en entrant en compétition avec l’acétylcholine pour se fixer aux récepteurs nicotiniques de la plaque motrice. Contre-indication absolue : « Absence de matériel de ventilation et d’aspiration. +++ »

Pascale Robert-Diard rapporte aujourd’hui un passage, crucial, du procès. Nous sommes le vendredi 16 octobre et la cour d’assises du Maine-et-Loire procède à l’examen du premier des sept cas de patients décédés en présence de Nicolas Bonnemaison (et de  lui seul) au service des urgences de l’hôpital de Bayonne. Il s’agit de Fernand Dhooge, un malade cancéreux  en phase terminale. La famille est reçue par le docteur Bonnemaison. La fille du patient raconte :

« Je lui ai transmis les dernières volontés de mon père, qui voulait partir dans la dignité. Je lui ai seulement demandé de ne pas utiliser de chlorure de potassium. Il a acquiescé. A un moment, il nous a demandé si nous étions prêts. Je lui ai dit que nous souhaitions attendre l’arrivée de mon frère aîné. Quand il a été là, nous sommes allés dire au revoir à mon père, puis le docteur Bonnemaison est entré avec une infirmière dans la chambre et il a fermé la porte. Nous y sommes retournés juste après, mon père a eu deux respirations et il s’est éteint. »

Mort quasi immédiate

Pascale Robert-Diard : « Son récit ne souffre guère d’ambiguïté, elle a clairement demandé au praticien d’abréger la fin de vie de son père et lui sait gré de l’avoir fait. Tout comme la veuve de son père, la jeune femme a refusé de se constituer partie civile contre Nicolas Bonnemaison et compte parmi ses plus fermes soutiens. (…) Mais pour Nicolas Bonnemaison, ce témoignage, qui se veut en sa faveur, présente un problème majeur. Le dossier médical du patient signale en effet que celui-ci a reçu une injection de Norcuron, un curare, qui n’entre pas dans les produits autorisés pour la sédation car il entraîne une mort quasi immédiate.

Nicolas Bonnemaison dément farouchement l’avoir utilisé.

 Confronté à l’infirmière qui confirme être allée chercher à sa demande ce produit, il l’accuse de mensonge et soutient que l’indication qu’elle a portée sur le dossier médical est soit une erreur, soit un faux. L’affaire emblématique des questions de fin de vie semble soudain s’abîmer dans la médiocrité d’un dossier criminel, l’ancien praticien laissant entendre qu’il serait la victime d’un complot ourdi par des infirmières et des aides-soignantes vindicatives. »

Produit interdit

On se souvient, soudain, d’un échange que nous avions rapporté sur ce blog. Il y était, déjà, question du Norcuron® C’était en juin 2014 à Pau, devant la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques :

« L’avocat général : « En injectant du Norcuron®, on n’est plus dans un acte de sédation… ».

Nicolas Bonnemaison : « On est dans l’acte de mettre fin à une terrible agonie ».

L’avocat général : «  Mais l’utilisation de ce produit, qui est un curare, n’est pas autorisé par la loi dans ces conditions. Il n’est pas autorisé par la loi qui interdit de tuer ».

Nicolas Bonnemaison : «  Mon devoir de médecin, que je suis avant tout, c’était de faire en sorte qu’il n’y ait pas de souffrance, quelque que soit la nature de cette souffrance ».

Funambulisme

Pascale Robert-Diard conclut en ces termes :

« Nicolas Bonnemaison est confronté à un dilemme : la crainte d’être condamné, même à une peine symbolique, lui interdit d’assumer certains gestes. Mais elle restreint du même coup la portée qu’il s’emploie pourtant à donner à son affaire, en cherchant à obtenir un acquittement qui dirait quelque chose de l’évolution et des attentes d’une société. Sa défense en funambule touche là sa limite. »

« Une défense en funambule ». C’est le titre de son billet. Les bons billets font de bons titres.

A demain

Une réflexion sur “Euthanasie : l’affaire Nicolas Bonnemaison avec, à nouveau, la mortelle question du Norcuron®

  1. Bonjour,
    Merci aux internautes qui me donneront les coordonnées d’avocats spécialisés et aussi d’associations actives dans la défense des patients. C’est urgent, merci

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s