Dépistage du cancer du sein: faut-il ou non faire participer les femmes à la controverse médicale ?

Bonjour

Sur la Toile le dépistage (systématiquement proposé) est, souvent, un abcès de fixation. Aujourd’hui 18 octobre Le Journal du Dimanche tente assez courageusement (Anne-Laure Barret) de dire ce qu’il en est pour le cancer du sein. (49 000 nouveaux cas et 12 000 morts prématurées chaque année en France). Il le fait après les innombrables sollicitations médiatiques d’Octobre rose. Il le fait aussi après l’annonce de Marisol Touraine, ministre de la Santé d’ouvrir « une grande concertation citoyenne et scientifique sur le dépistage du cancer du sein, lien avec l’Institut national du cancer (Inca) » ; initiative associée à l’annonce ministérielle « de la prise en charge à 100% des examens de dépistage pour les femmes particulièrement exposées ».

La page dominicale est titrée « La mammographie mis en accusation ; une femme sur deux boude le dépistage organisé du cancer du sein ; enquête sur une controverse scientifique qui met à mal le bénéfice de cet examen ». Où l’on démontre que l’on peut, en une page de journal, assez clairement résumer un problème d’une grande complexité.

L’Inca, Prescrire et le Formindep

Sont appelés à la barre médiatique :  Agnès Buzyn, « patronne de l’Inca » ; le Dr Cécile Bour, radiologue spécialisée en Moselle et qui vient de lancer, avec une poignée de confrères proches du Formindep (dont le généraliste Philippe Nicot) un site qui questionne l’intérêt du dépistage : cancer-rose.fr ; l’épidémiologiste (belge) Philippe Autier –auteur de travaux très critiques ; le Dr Jérôme Viguier directeur du pôle santé publique et soins à l’Inca ; la revue Prescrire (indépendante de l’industrie pharmaceutique) qui dans une synthèse sur le sujet appelle au « libre choix des femmes ».

Grand témoin du JdD : Catherine Hill, épidémiologiste (Institut Gustave-Roussy) qui ne craint jamais de s’exprimer sur les sujets qui peuvent fâcher. Mme Hill rappelle que l’intérêt du dépistage systématique du cancer du sein (49 000 nouveaux cas et 12 000 prématurées chaque année en France) est une question hautement polémique et qui n’est pas tranchée dans le milieu scientifique. Que « les deux camps se disputent à longueur de temps dans les revues médicales ». Que les désaccords portent sur le bénéfice apporté par la mammographie (réduction de la mortalité) et sur la fréquence du surdiagnostic (détecter un cancer qui ne serait jamais devenu symptomatique). Extrait :

« Le bénéfice du dépistage est très largement surestimé. Il serait bien plus urgent de se mobiliser contre la cigarette et l’alcool (…) Une femme qui refuse le dépistage est beaucoup moins déraisonnable que celle qui continue à fumer, car le tabac tue un consommateur régulier sur deux. Mais même si son bénéfice n’est pas énorme, il est bien plus utile que dommageable (…) Les estimations les plus fiables ne dépassent pas 10% de surdiagnostic. Il est probable que pour chaque décès évité il y a un cas de surdiagnostic. »

Le prix à payer

Reprenons : pour chaque mort prématurée évitée il y aurait un cas de surdiagnostic, soit une femme qui découvrira qu’elle a un cancer (avec toutes les conséquences que l’on sait) alors même que ce cancer ne serait jamais apparu de son vivant. Cette égalité dans les chiffres statistiques est-elle le prix (collectif) à payer ? Et qui doit trancher ?

Pour sa part Catherine Hill estime qu’il est utile que les femmes soient au courant de l’existence d’une controverse médicale et scientifique sur le sujet. « Après tout ce sont elles qui décident de faire ou non une mammographie » dit-elle. On connaît une autre conception (passéiste ?) de la médecine, celle qui fait valoir que le médecin ne doit pas (systématiquement) faire porter à ses patients le fardeau de ses incertitudes. Ses tenants estiment que le partage du doute ne facilite guère la relation thérapeutique, que le médecin doit prendre sur lui.

Stagnation et inégalités

Pour l’heure l’actualité est politique : c’est l’ouverture du site www.concertation-depistage.fr, « destiné à recueillir un maximum de contributions, d’avis et de points de vue sur le dépistage ». Objectif « améliorer la politique de dépistage du cancer du sein en donnant la parole aux citoyennes et aux citoyens, mais aussi aux différents acteurs du dépistage ».

Le passé est, lui aussi, éminemment politique : dix ans après sa généralisation, le dépistage organisé du cancer du sein  atteint (langage officiel) certaines limites. Un euphémisme ministériel pour dire la stagnation du taux de participation et les profondes difficultés d’accès des femmes éloignées du système de santé. Une manière d’évoquer les graves inégalités qui, ici, perdurent en France (1). On peut raisonnablement postuler que les femmes qui ne connaissent pas les centres de mammographies ne participeront guère à la consultation citoyenne et ministérielle.

A demain

(1) Voir, sur Slate.fr (1/03/2012) : « Cancer du sein : un scandale français ? »

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