Paludisme : le spectre asiatique de la résistance à l’artémisinine se rapproche de l’Afrique

Bonjour

Nous sommes deux semaines après l’attribution du prix Nobel 2015 de médecine . Il a notamment consacré les travaux de la Chinoise Youyou Tu pour ses travaux sur le paludisme en général et sur l’artémisinine en particulier. Certains ont voulu voir dans cette décision la consécration de la médecine traditionnelle chinoise, cette artémisinine (青蒿素 ; pinyin : qing hao su) étant une substance active médicamenteuse isolée de la plante Artemisia annua (chinois traditionnel : 青蒿 ; pinyin : qing hao). C’est évidemment un peu plus compliqué.

Hasard ou fatalité voici qu’une équipe de chercheurs cambodgiens, thaïlandais, britanniques et américains vient de publier les conclusions d’un travail lourd de menaces quant à l’efficacité, dans l’avenir, de ce principe actif antipaludique. On trouve cette publication dans Nature Communication : “Artemisinin-resistant Plasmodium falciparum clinical isolates can infect diverse mosquito vectors of Southeast Asia and Africa”.Ce travail a été dirigé par le Pr Rick M. Fairhurst (Laboratory of Malaria and Vector Research, National Institute of Allergy and Infectious Diseases, Rockville, Maryland).

Isolats de gamétocytes

On sait depuis quelque temps déjà que des souches du parasite Plasmodium falciparum  résistantes à l’artémisinine  se répandent rapidement en Asie du Sud. Pour autant on ne sait rien au sujet de leurs modes de transmission via les moustiques. « Ce manque de connaissances et  la possibilité que ces parasites puissent se répandre en Afrique mettent en danger les efforts mondiaux pour éliminer le paludisme » écrivent les auteurs.

Ils expliquent aussi comment ils ont pu progresser dans la connaissance des mécanismes de transmission via des isolats de gamétocytes de parasites cliniquement résistants  à l’artémisine  transmis à des moustiques vecteurs indigènes et non indigènes. « Nous montrons que les isolats actuellement résistant à l’artémisinine  au Cambodge se développent et produisent des sporozoïtes dans deux vecteurs d’Asie du Sud, Anopheles dirus et Anopheles minimus, ainsi que chez le principal vecteur africain : Anopheles coluzzii (anciennement Anopheles gambiae M). »

Génie infectieux

Pour ces chercheurs l’étonnante capacité (anciennement le génie infectieux) des parasites résistants à l’artémisinine à infecter les diverses espèces d’Anopheles et la prévalence plus élevée de leurs gamétocytes chez les patients, peut expliquer l’expansion rapide de ces parasites au Cambodge et dans les pays voisins. Ils soulignent que des efforts doivent rapidement être accomplis pour  prévenir leur propagation mondiale.

La BBC rapporte que le Pr Fairhurst a déclaré espérer que sa découverte « donnera une impulsion supplémentaire pour intensifier les efforts d’élimination du paludisme en Asie du Sud-Est ». Les historiens du paludisme rappellent que les premiers phénomènes de résistance de Plasmodium falciparum étaient apparus, dans les années 1950, sur la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge – avant de se propager dans le monde entier.

Arbre de l’évolution

« Nous sommes tous très préoccupés par l’idée que ces parasites puissent se répandre  en Afrique, ce qu’ils ont fait dans le passé; mais il n’y avait aucune raison de penser ces parasites, très fortement différenciés, puissent  infecter le moustique-vecteur majeur en Afrique » a encore déclaré le Pr Fairhurst. Il souligne avoir été très surpris en découvrant que ce n’était nullement le cas. Une surprise (et une préoccupation) d’autant plus grande que les espèces de vecteurs sont, dans l’arbre de l’évolution, séparées par des millions d’années.

Cette transmission (ce « saut d’espèce ») n’a pas encore été observée à l’état naturel. Mais on sait désormais, pour l’avoir vu en laboratoire, que la chose est possible. Pour le Pr Fairhust c’est la pièce du puzzle qui manquait pour démontrer que la catastrophe est désormais possible. Car il est clair que la diffusion de la résistance des parasites à l’artémisinine constituerait  une catastrophe mondiale.

L’OMS estime que; durant les quinze dernières années, les taux de mortalité su paludisme ont chuté de 60% dans le monde et que 6,2 millions de morts prématurées ont ainsi été évitées. Qu’en sera-t-il durant les quinze prochaines années ?

A demain

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