Le nucléaire n’est toujours pas sans danger pour la santé : les dernières actualités sur le sujet

Bonjour

L’énergie nucléaire et le cancer. Pour des raisons assez complexes les rayonnements ionisants ne suscitent plus les mêmes peurs que dans un passé assez récent. Ces peurs, en France, coïncidèrent avec l’apogée d’Hara-Kiri hebdo (puis du premier Charlie) et le militantisme distingué de Pierre Fournier (1937-1973) et de Gébé (1929-2004). Soit l’époque de La Gueule ouverte Le journal qui annonce la fin du monde ») et de L’An 01. C’était il y aura bientôt cinquante ans.

Les peurs environnementales médiatisées ont changé d’objet. La vie animale sauvage est de retour à Tchernobyl (Slate.fr) et le réchauffement, aujourd’hui omniprésent a pris la place des cancers autour des centrales nucléaires. Pour autant les mêmes rayonnements ionisants produisent les mêmes effets biologiques et cancéreux – comme l’actualité se plait, en vingt-quatre heures, à nous le rappeler sans déclencher un traitement médiatique hystérique du sujet.

1 Faibles doses et cancers solides. Une étude coordonnée par le Centre International de recherche sur le cancer (CIRC) montre que l’exposition prolongée à de faibles doses de rayonnements ionisants augmente le risque de décès par cancers solides. Ces resultants viennent d’être publiés dans le British Medical Journal : “Risk of cancer from occupational exposure to ionising radiation: retrospective cohort study of workers in France, the United Kingdom, and the United States (INWORKS)”.

INWORKS (Internatonial Nuclear Workers Study) a évalué les expositions de plus de 308 000 travailleurs du nucléaire en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis sur la période1943 – 2005. Les travailleurs, pour la plupart des hommes (durée moyenne d’emploi de douze ans) ont été suivis pendant une moyenne de vingt-six ans. Ils avaient en moyenne 58 ans à la fin du suivi. Ces données ont été couplées aux registres des décès. Sur 66 632 décès à la fin du suivi, près de 18 000 étaient causés par des « cancers solides » (soit toutes les pathologies cancéreuses, leucémies exceptées).

Expositions cancérogènes

Au final il apparaît que le risque de décès par cancers solides augmente, linéairement, d’environ 5 % par 100 mGy. Pour l’ensemble de la cohorte, environ 1 % des décès par cancer solide pourrait être attribué à l’exposition aux rayonnements sur le lieu de travail. Pour les personnes de la cohorte qui ont reçu une dose de rayonnements d’au moins 5 mGy sur le lieu de travail les auteurs estiment que 2,4 % des décès par cancer solide pourraient être dus à leur exposition sur le lieu de travail.

 Dr Ausrele Kesminienne, chercheuse au CIRC et co-auteure de l’étude :  « Cette étude démontre une association significative entre une dose croissante de rayonnements et le risque de tous les cancers solides. Peu importe que les personnes soient exposées à des doses faibles et prolongées ou à des doses élevées et aiguës, l’association observée entre la dose et le risque de cancer solide est similaire par unité de dose de rayonnements »

Dr Isabelle Thierry-Chef, chercheuse au CIRC et co-auteure de l’étude.  « Ces résultats sont importants non seulement pour la protection des travailleurs du nucléaire mais aussi pour le personnel médical et la population générale, puisque le niveau de dose reçu par les travailleurs du nucléaire sur leur lieu de travail est comparable aux doses reçues par des patients soumis a de multiples examens tomodensitométriques (TDM) ou lors des procédures interventionnelles en radiologie. Ceci souligne l’importance d’assurer un bon équilibre entre les risques et les bénéfices des procédures d’imagerie médicale. »

Dr Christopher Wild, directeur du CIRC : « Le suivi de cette cohorte sera important. De nombreuses questions demeurent sur l’impact des rayonnements sur la santéLa surveillance continue de cette cohorte contribuera à mieux comprendre le lien entre cancer et rayonnements. »

2 La leucémie et les thyroïdes de Fukushima-Daiichi. Le gouvernement japonais vient, pour la première fois de reconnaître que la leucémie d’un travailleur de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima était due aux radiations. L’annonce en a été faire par le ministère japonais de la Santé. C’est la première fois que l’exposition professionnelle à la radioactivité sur le site est officiellement associée à l’apparition d’une pathologie cancéreuse.

L’homme était sur le site de la centrale entre octobre 2012 et décembre 2013 rapporte Le Figaro. Trois autres cas sont toujours examinés par le ministère japonais de la Santé, ajoute l’AFP. «Généralement, ce type de cancer apparaît deux à dix ans après l’exposition», rappelle Jean-René Jourdain, adjoint à la direction de la protection de l’homme à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Métastases ganglionnaires

Une récente étude a été publiée dans Epidemiology par des chercheurs de l’université d’Okayama sur les cent-dix cas de cancer de la thyroïde détectés chez 298.000 enfants et adolescents de moins de 18 ans qui ont résidé dans la préfecture de Fukushima entre 2011 et 2014. Or cette « divise les experts ». «J’étais à une réunion la semaine dernière où plusieurs médecins de l’université de Fukushima étaient très critiques vis-à-vis de cette étude sur le plan méthodologique, a déclaré Jean-René Jourdain  au Figaro. Il faudrait regarder l’apparition de nouveaux types de cancers sur les périodes 2015-2016 puis 2017-2018, et ne pas se contenter des mesures effectuées sur 2011 à 2014 sur les seuls cancers de la thyroïde chez les enfants et les adolescents de moins de 18 ans. Car dans cette préfecture, il n’existait pas de chiffres de référence avant l’accident. »

Pour leur part les chercheurs assurent que quarante des cinquante-quatre cas opérés à l’hôpital universitaire de Fukushima présentaient des métastases ganglionnaires, preuve qu’il ne s’agit pas de cancers au stade précoce. Il ne s’agirait donc  pas, selon eux, d’un simple effet du dépistage systématique après l’accident. Des chercheurs japonais avancent que le nombre de cancers de la thyroïde a été multiplié par trente. «On peut estimer qu’une campagne systématique multiplie par sept le nombre de cancers de la thyroïde», précise l’expert de l’IRSN.

3 Comment ne pas se tromper quant à la réalité du danger ?  On peut, sur ce thème récurrent,  lire l’extraordinaire « Journal d’Hiroshima » du Dr Michihiko Hachiya. Ce médecin aux premières loges parle de la période qui va du 6 août au 30 septembre 1945.

C’était il y a soixante-dix ans et c’est une plongée inédite dans l’enfer de ce martyr. L’ouvrage a été fort judicieusement réédité par les éditions Taillandier (préface de Didier Le Fur, traduction de l’anglais par Simon Duran). Sur Slate.fr notre confrère Philippe Boggio en a parlé avec le talent qu’on lui connaît : «Journal d’Hiroshima»: le terrifiant carnet d’après la Bombe »

A demain

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