Procès Bonnemaison : la grille psychiatrique conduira-t-elle à l’acquittement ou à la condamnation?

Bonjour

Comment les jurés pourront-ils s’y retrouver ? C’est un procès gigogne, les témoins de moralité (cités par la défense) venant perturber le bon ordonnancement d’un procès en cour d’assises. Avant-hier le président du comité national de bioéthique, grande voix de France Inter ; hier le rapporteur de la loi sur la fin de vie qui porte son nom ; aujourd’hui l’expert psychiatre.

Psychiatrie déchirée

Quel est le rôle de l’expert devant une cour d’assises ?  Celui, bien évidemment,  de répondre aux questions de la justice, d’exposer le savoir de sa discipline, d’apporter son éclairage de technicien du crime. Mais avec les psychiatres, praticiens d’une science déchirée, fragmentée, c’est toujours un peu plus compliqué.

Jeudi 22 octobre, devant la cour d’assises du Maine-et-Loire, est venu déposer le psychiatre des hôpitaux Roland Coutanceau. C’est un expert bien connu de la justice et, partant, des médias. C’est aussi un auteur reconnu doublé d’un notable de la discipline psychiatrique : psychanalyste, psychocriminologue, expert national, président de la Ligue française de santé mentale. Chargé d’enseignement en psychiatrie et psychologie légales à l’université Paris V, à la faculté Kremlin-Bicêtre et à l’Ecole des psychologues praticiens.

La souffrance de l’autre

Souvenons-nous. En juin 2014 le Dr Roland Coutanceau était également venu déposer, à Pau, lors du premier procès de Nicolas Bonnemaison. Sud Ouest avait alors rapporté ses propos. Le psychiatre criminologue avait insisté sur la prégnance du « sentiment de compassion » chez l’ex-urgentiste bayonnais :

« Les gens trop compassionnels veulent exonérer les autres d’un poids qui leur appartient ou d’une charge émotionnelle.  Il ne s’agit pas d’une pathologie, d’une tendance mégalomaniaque ou d’une attitude de justicier, mais plutôt un homme atteint par l’idée qu’il se fait de la souffrance de l’autre. » 

Seize mois plus tard le même expert dira-t-il autre chose à Angers ?  Plus ou moins. Sagace et pointilliste la chroniqueuse judiciaire du Monde, Pascale Robert-Diard rapporte que le médecin-expert a affirmé que celui qui était alors urgentiste « n’a pas eu l’intention de donner la mort » aux sept patients agonisants pris en charge dans son service de l’hôpital de Bayonne. « Il a ainsi repris, au mot près, la motivation de l’arrêt d’acquittement rendu en juin 2014 en faveur de l’ancien médecin urgentiste par la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques à Pau » note Pascale Robert-Diard. Comment interpréter cette formule qui ne doit rien au hasard ? Est-ce une adresse aux jurés ? Un pré-jugement ?

Le Dr Coutanceau :

« Ce serait mal comprendre les actes de Nicolas Bonnemaison que de croire qu’il y a chez lui une intention de donner la mort. Dans sa subjectivité, il ne tue pas, il soulage. Il agit comme un médecin qui veut abréger les souffrances de ses patients. Nicolas Bonnemaison se met à la place des autres. Il leur prête une émotion, une sensation et il détermine ses actes en fonction de cela. Il veut protéger tout le monde, l’équipe, les familles, en les exonérant de leur responsabilité »  

Où l’on voit, une nouvelle fois la schizophrénie qui caractérise ce procès et la charge symbolique qu’il peut receler. Nicolas Bonnemaison n’est en rien le héraut revendiqué d’on ne sait quel « droit à mourir dans la dignité ». Ce n’est pas plus un professionnel du suicide médicalement assisté. Il ne se pose ni en militant ni en modèle – au risque de décevoir nombre de ses soutiens.

Lire sa propre détresse

Mais, dans le même temps ses gestes condamnent la cour d’assises du Maine-et-Loire à fixer les limites de ce que le docteur en médecine peut ou non faire, seul, face à la mort. La justice peut-elle fermer les yeux devant un médecin qui outrepasse ce que lui permettent la loi et l’éthique médicale ? Fermer les yeux devant un médecin qui, dans sa subjectivité soulage parce qu’il se met à la place des autres faute, peut-être, de trouver en lui l’énergie de parler de la mort avec autrui.

La veille, à Angers, le Dr Jean Leonetti avait, pour les jurés, tout résumé en deux phrases lumineuses :

« Face à la mort, on doit être dans l’empathie retenue, pas dans la compassion fusionnelle. Parce que dans le regard de l’autre, à ce moment-là, si je suis seul, je lis ma propre détresse. »

A demain

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s