Au procès Bonnemaison. La médecine? «C’est la rencontre d’une confiance et d’une conscience»

Bonjour

Avant le verdict il faut, si l’on veut bien se donner la peine de comprendre, impérativement lire le texte que notre consœur Pascale Robert-Diard (Le Monde) consacre au réquisitoire prononcé vendredi 23 octobre par l’avocat général Olivier Tcherkessoff : « Cinq ans d’emprisonnement avec sursis requis contre Nicolas Bonnemaison ». Le lire et le garder en mémoire ». Ce texte dit tout du procès vu par le défenseur de la société. Incidemment il témoigne de manière exemplaire de l’irremplaçable fonction de la chronique judiciaire.

Avant le verdict restons sur ces mots de l’avocat général Olivier Tcherkessoff :

« Nous voici arrivés au terme d’un procès particulièrement difficile. Par la gravité de son sujet, par la peur de la souffrance au travers des témoignages que nous avons entendus. Par la densité de ses débats. Et aussi parce qu’il a mis en lumière la difficulté quotidienne des médecins, leurs incertitudes et leurs contradictions, là où nous aurions tous besoin d’être rassurés.

Lorsque, avec mon collègue du parquet, nous sommes allés visiter une unité de soins palliatifs en préparant ce procès, on nous a fait passer ce message : la médecine, c’est la rencontre d’une confiance, celle du patient, avec une conscience, celle du médecin. On attend du médecin qu’il nous soigne et qu’il nous protège, particulièrement en fin de vie, quand on est le plus démuni, le plus vulnérable. Qu’il résiste aux pressions, à toutes les pressions, y compris celle qu’il peut ressentir intimement. Sans parler de la pression de la gestion des lits. »

Ma propre détresse

Où l’on apprend qu’un avocat général et son collègue du parquet peuvent sortir du Palais de justice pour visiter une unité de soins palliatifs. Et où l’on entend, à distance, que dans cette unité prévaut encore une définition de la médecine généralement tenue pour obsolète : la rencontre d’une confiance et d’une conscience. C’est une définition que pour mille et une raison on ne professe plus guère en 2015. Elle renvoie, pour beaucoup, à une conception tenue pour passéiste, mandarinale et infantilisante de la médecine.

On peut aussi tenter de dépasser cette lecture en conférant à la conscience une dimension collective. En tentant de percevoir ce que peuvent pleinement signifier, aujourd’hui, ces termes dans le cadre d’un colloque singulier renouvelé – a fortiori dans cette rencontre unique entre celui qui va mourir et ceux qui sont là, ensemble, pour lui prodiguer au mieux et en conscience les derniers soins.

Où reviennent, en écho et avant le verdict, les deux phrases prononcées lors du procès par le Dr Jean Leonetti :

« Face à la mort, on doit être dans l’empathie retenue, pas dans la compassion fusionnelle. Parce que dans le regard de l’autre, à ce moment-là, si je suis seul, je lis ma propre détresse. »

A demain

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