Vaccin sida : Biosantech avait-elle le droit de présenter ses premiers résultats à la presse ?

Bonjour

Qui, en 2015, ose encore parler d’un « vaccin prometteur contre le sida » ? La petite start-up française Biosantech et quelques médias. Peu avant que le puissant CNRS réagisse expliquant que Biosantech n’avait « pas vocation à s’exprimer dans la presse sur ce sujet en dehors du cadre d’une publication scientifique ». Une situation inédite qui réclame quelques explications.

Le Figaro, Le Point et Le Quotidien du Médecin  (sans oublier  un étonnant entretien  sur France Info ) viennent de faire état des informations que le CNRS ne voulait pas voir publiées. Il s’agit en substance des résultats  d’un essai chez l’homme d’un vaccin thérapeutique contre le sida ; un essai de phase IIa : déterminer contre placebo la posologie optimale du vaccin-candidat .en termes d’efficacité et de tolérance par rapport à un placebo. « La plus grande prudence s’impose donc aujourd’hui, et cela, d’autant plus que ces résultats ont été présentés à la presse mais pas à la communauté scientifique ou publiés dans une revue médicale, comme c’est normalement la règle » prévient Le Point.

En septembre déjà, Biosantech avait présenté à la presse ces essais de phase IIa, menés au centre d’investigation de l’Assistance Publique de Marseille (hôpital de la Conception). « C’est la première fois qu’un vaccin thérapeutique franchit cette phase» précisait alors Corinne Treger, PDG de Biosantech.

Patient gabonais résistant

L’essai de phase IIa (autorisé par l’Ansm) a été réalisé sur quarante-huit personnes au total : douze ont reçu un placebo et les trois autres groupes de douze ont reçu des dosages différents du candidat-vaccin. Le traitement anti-rétroviral était interrompu pendant deux mois. Le 29 octobre  Jean de Mareuil, directeur scientifique de Biosantech, a expliqué que cet essai avait permis de conclure à  l’absence de toxicité de la protéine utilisée – protéine  ‘’Tat Oyi’’ utilisée (le nom d’Oyi a été ajouté en référence à un patient gabonais résistant naturellement au VIH et chez qui cette protéine était capable de générer une bonne réponse immunitaire). « À 33 microgrammes, le vaccin a permis à quatre patients sur  douze de baisser leur charge virale à une dose « quasi indétectable » un mois après l’arrêt de la trithérapie », a-t-il précisé. Ce résultat est toutefois présenté comme « non significatif » en raison du petit nombre de personnes incluses dans l’étude.

« Parmi les autres résultats annoncés, Biosantech cite une diminution à un an du stock des cellules réservoirs du VIH – là où le virus se cache et devient inaccessible aux médicaments – chez certains des patients vaccinés, ajoute Le Point. Pour confirmer ces résultats, Biosantech espère pouvoir lancer dès la fin de cette année un nouvel essai portant sur quatre-vingt patients – après avoir obtenu l’accord de l’Agence du médicament.

Bâtons dans les roues

En septembre Le Figaro expliquait que  Biosantech « petite entreprise sans salariés » avait acquis auprès du CNRS la licence d’exploitation des brevets déposés par le Dr Erwann Loret  au CNRS de Marseille :

« Biosantech a réalisé les essais de phase II A entre avril 2013 et décembre 2014, mais un différend avec Erwann Loret aurait bloqué la récupération des résultats. ‘’Nous avons signé un protocole transactionnel avec le CNRS et nous venons enfin d’intégrer toutes les données de l’essai clinique dans la base de données. La levée d’aveugle des essais est prévue pour le 2 octobre et nous communiquerons les résultats scientifiques le 5 octobre’’, explique Corinne Treger, présidente de Biosantech (…)

« Il faudra ensuite une troisième phase d’essais (phase IIb), notamment, pour affiner sur 80 patients le dosage du vaccin. Mais Biosantech, qui a déjà dépensé plus de 1,3 million d’euros, est à la recherche d’un partenaire. ‘’Les résultats sont à portée, et la prochaine étape sera la production industrielle. C’est le moment de passer la main’’, estime Corinne Treger, selon laquelle son médicament pourra être disponible dans les 18 mois.

‘’Personne ne nous a aidés. On nous a plutôt mis des bâtons dans les roues. Même l’ANRS, qui a un budget de 46 millions d’euros par an pour la recherche contre le sida ne nous a rien donné’’, regrette Mme Treger. Elle s’est tournée vers des investisseurs privés et a réalisé une opération de financement participatif qui lui a rapporté 800.000 euros. La Banque publique d’investissement lui a en outre prêté 170.000 euros cette année. »

Paradoxe médiatique

Et maintenant ? Interrogé par l’AFP, le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida, est resté extrêmement prudent : « Ces résultats m’apparaissent en tout état de cause très préliminaires et on doit les interpréter avec la plus grande prudence ». Le Quotidien du Médecin ajoute que le CNRS a lui aussi réagi. Selon lui  l’équipe scientifique de l’essai n’avait « pas vocation à s’exprimer dans la presse sur ce sujet en dehors du cadre d’une publication scientifique, a fortiori avant la remise du rapport statistique final de l’étude ».

On ne peut exclure que cette réaction conduise, paradoxalement, à une plus grande diffusion de ces informations.

A demain

3 réflexions sur “Vaccin sida : Biosantech avait-elle le droit de présenter ses premiers résultats à la presse ?

  1. Bonjour,

    – vous avez raison d’être prudent

    – vous avez raison de souligner le management atypique de Biosantech

    Mais vous avez quand même oublié de dire que les résultats ont été prudemment mais positivement commentés à cette conférence par un des plus grands experts mondiaux du sida à savoir le professeur Mark Wainberg qui a fait le déplacement du Canada. Ce dernier indique qu’il faut continuer cette voie de recherche et passer en phase 2B.

    Cordialement
    Erwan

      • Bonjour
        Malgré toutes les tentatives de l ANRS
        pour empecher la diffusion des resultats pour des raisons évidentes:
        la big pharma ROCHE etant leur partenaire , les resultats uniques au monde ont été publié dans la revue scientifique RETROVIROLOGY a comité de lecture le 1 avril 2016 .BIOSANTECH se dirige maintenant vers la phase IIb .
        Bravo a cette petite star up qui contre vents et marées grace à la persévérance de sa présidente Corinne Treger est actuellement leader mondial pour la recherche d un vaccin thérapeutique contre VIH .

        C.LdV

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