Michel Onfray nous parle des philosophes alcooliques, de la loi Evin, du Qatar et des vignes de Petrus

Bonjour

Michel Onfray ou l’ubiquité. On retrouve aujourd’hui notre philosophe hédoniste dans les colonnes de La Revue du vin de France. Entre le champagne Nicolas Feuillatte ® et le champagne Janisson & Fils®. Sa biographie express fait état, dans son dernier et célèbre ouvrage « Cosmos », d’une verticale de Moët & Chandon® incluant notamment les 1983, 1959 et 1921. Pas de conflit d’intérêt déclaré. La Revue du vin de France a été fondée en 1927. Michel Onfray est né en 1959.

Vallée de la Loire

Que nous dit l’auteur de « La Raison gourmande » ? Il nous parle beaucoup de lui, de son enfance, de son attirance actuelle pour les « vins vrais et justes partout où ils se trouvent ». A savoir : la vallée de la Loire, le Jura et le Languedoc-Roussillon. Soit des vins (encore) assez loin de la spéculation 1. S’étonner ? Michel Onfray explique mettre ses pas dans ceux de Gaston Bachelard (Bourgogne) et de Michel Serres (château d’Yquem). Il ne craint pas de citer les « philosophes alcooliques » : Sartre, Beauvoir, Deleuze et Debord notamment. Mais aussi un abstème : Rousseau  et des buveurs qui ne sont pas allés jusqu’aux frontières de l’assuétude hépatique : Montaigne, Descartes, Kant et Hegel. Et ne parlons pas de la folie de Nietzche qui coupait  son vin d’eau.

Loi Evin

Là où les choses se compliquent, comme toujours, c’est quand l’amateur hédoniste se pique de discuter la légitimité de ce qui entend combattre l’alcoolisme. Le Revue du vin de France ne fait pas l’économie de la question qui tue, celle de savoir si la « loi Evin »n’est pas « un frein à l’initiation des jeunes au vin ». La réponse ne manque pas de sel :

« Bien sûr… Boire un verre n’est pas s’engager sur la voie de l’alcoolisme qui, lui, passe désormais chez les jeunes par les alcools forts mélangés à des sodas ou à des jus de fruits pour obtenir l’ivresse très rapidement. Ce qui est le contraire d’une consommation de vin comme un produit culturel. L’alcoolisme est rarement le fait de ceux qui boivent bon, mais toujours de ceux qui boivent beaucoup. Lutter contre tous les alcools équivaut à lutter contre tous les films sous prétexte qu’il existe un cinéma pornographique (…) Il faudra faire un jour l’histoire des civilisations qui ont prohibé le vin et interdit l’alcool. Une civilisation construite sur l’eau et dans laquelle les adultes boivent des boissons d’enfants, gazeuses, pétillantes et sucrées, mérite une analyse sémiotique et psychologique. »

Judéo-christianisme

La complexité monte d’un cran avec les religions qui, comme l’islam, interdisent la consommation d’alcool.

« Tant que la France restera un pays judéo-chrétien, le vin sera libre. Si la France devait un jour ne plus être ce pays, son rapport au vin se modifierait ! L’Algérie a connu une époque (de 1830 à 1862) où le vin était cultivé (sic) ; elle en a connu une autre où les vignes ont été arrachées. S’il venait à l’idée du Qatar d’acheter Petrus 2 pour arracher ses vignes, peut-être serions-nous plus regardants sur le patrimoine que nous bradons désormais aux pays les plus offrants. »

Pétain et Berl

Et puis, bien sûr, voilà le Maréchal :

« Les racines sont essentielles (…) renvoyer aux racines c’est s’entende dire la plupart du temps qu’on souscrit à cette fameuse phrase : ‘’La terre, elle, ne ment pas’’. Dès lors on se retrouve compagnon de route du Maérchal Pétain, alors que cette phrase se trouve dans un discours rédigé par Emmanuel Berl, un intellectuel juif, urbain, issu d’une grande famille apparentée aux Proust et aux Bergson… Les paysans et les gens qui aiment la terre paient cher ce don mot d’un brillant écrivain des villes. Les racines permettent de savoir d’où nous venons, du néant du cosmos en l’occurrence, et ce vers quoi l’on va, le néant du cosmos, ce qui donne un poids considérable à cette parenthèse entre deux néants qu’on nomme la vie. »

Fermons ici la parenthèse. Et ajoutons, coïncidence et fatalité, que René Girard vient de mourir. 3

A demain

1 On fera ici une exception pour le désormais étrangement mythique « Clos Rougeard » (Saumur Champigny) des non moins étranges « Frères Foucault » de Chacé (Maine-et-Loire) – un vin dont la cote a explosé et dont les introuvables bouteilles se négocieraient désormais entre 100 et 400 euros le col.

2 Petrus (11,4 hectares plantés de merlot à Pomerol) n’est pas, pour l’heure, à vendre.

3 « René Girard, l’homme qui nous aidait à penser la violence et le sacré », Henri Tincq, Slate.fr

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