Homosexualité et don de sang : il faut désormais aider Marisol Touraine à expliquer les raisons de cette juste décision

Bonjour

Le politique ne traite pas impunément, en France, des questions relatives au sang et à la sexualité. Trente ans après les faits et vingt-cinq ans après l’émergence des « affaires », le sang contaminé demeure, en France,une plaie qui peine à cicatriser.

La toute récente décision gouvernementale de modifier un arrêté de 2009 pour lever l’interdiction définitive qui était faite aux homosexuels de donner leur sang en est une parfaite illustration. Nous avons dit et expliqué, sur ce blog et sur Slate.fr  qu’il s’agissait là d’un bel exemple de « démocratie sanitaire ». Nous pressentions que la pédagogie médiatique serait difficile. Nous n’imaginions pas la virulence, la violence et la vulgarité parfois, des réactions. Sans oublier, chez certains, la mauvaise foi.

Tout, ici, tourne autour de la nécessité, pour les homosexuels souhaitant donner leur sang, de faire état lors de l’interrogatoire préalable, d’une période d’abstinence sexuelle de douze mois. La chose peut surprendre celles et ceux qui ne connaissent rien à la complexité d’un tel dossier. Sans doute méritait-elle plus de pédagogie de la part d’une ministre de la Santé particulièrement attachée, depuis sa nomination en mai 2012, à ce dossier.

Passés sous silence

Les plus violentes des critiques associatives oublient les raisons sanitaires qui conduisent à cette mesure mise en œuvre dans tous les pays qui ont pris la décision de permettre à nouveau aux homosexuels de donner leur sang   l’Australie, le Japon, la Hongrie, le Royaume-Uni, la Suède, le Canada, la Finlande, la Nouvelle-Zélande ou les Etats-Unis. Ils oublient de rappeler que la quasi-totalité  des pays de l’Union européenne demeurent sur le modèle de la contre-indication permanente. Ils  passent sous silence le fait que le don de plasma est possible après une période d’abstinence de quatre mois – et que la même période d’abstinence est demandée  aux hétérosexuels qui, schématiquement,  « changent de partenaire ».  Ils masquent, enfin, le processus démocratique mis en œuvre depuis six mois par le Pr Benoit Valet, directeur général de la santé qui est parvenu au tour de force de réunir l’ensemble des acteurs, associations, agences sanitaire et acteurs transfusionnels.

Ils ne rappellent pas, enfin, les choix des différentes parties présentes. Cinq associations se sont prononcées en faveur du délai d’ajournement à douze mois (Aides, association IRIS, le CISS, Inter LGBT ainsi que l’Association française des hémophiles). Quatre ont rejeté l’ensemble des scénarios proposés, parmi lesquelles la Fédération des donneurs de sang bénévoles, l’Union nationale des associations de donneurs de sang bénévoles de La poste et d’Orange, Act Up et SOS homophobie).

Outrances des deux bords

Le Pr Valet avait été jusqu’à réunir quelques journalistes, la veille de l’annonce ministérielle, pour bien expliquer de quoi il retournait. Nécessaire cette initiative (trop rare) n’aura pas été suffisante. Marisol Touraine a, le lendemain, donné un entretien au Monde qui, embrassant trop de sujet sociétaux, faisait l’impasse sur le dossier du jour. La ministre de la Santé en vient aujourd’hui à répondre aux critiques dont elle est la cible dans une tribune au Huffington Post 1. Cela ne sera pas suffisant et risque même, au vu de sa rhétorique, d’avoir un effet contraire à celui recherché.

Nous critiquons parfois certains aspects de la politique  conduite depuis plus de trois ans par la ministre de la Santé. Sur ce sujet précis, et au-delà de ses possibles maladresses, le moment est venu de l’aider. Loin de se borner à relayer les critiques et les outrances venues des deux bords les médias  grand public rempliront-ils, ici, leur mission d’information et de pédagogie. Nous avons tous à y gagner.

A demain

1 Nous publions ici le texte de la tribune de Marisol Touraine publiée sur le site du Huffington Post :

« Vous avez été très nombreux à réagir à l’annonce, mercredi 4 novembre, de l’ouverture du don du sang aux hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes . Certains d’entre vous ont exprimé leur soulagement en apprenant cette nouvelle. Mais beaucoup ont aussi exprimé leur déception, voire leur colère, face à cette décision. C’est à vous, qui ne comprenez pas cette décision, à vous qui la contestez, que je souhaite aujourd’hui m’adresser.

Je veux vous dire d’abord que je vous entends et que je comprends, aussi, votre impatience. Tout simplement parce que je partage le projet, que beaucoup d’entre vous défendent, d’une égalité totale des critères du don entre homosexuels et hétérosexuels.

Je veux vous dire ensuite, parce que j’en suis convaincue, que la décision annoncée ce mercredi est une véritable avancée. Pourquoi? Parce qu’elle rompt l’exclusion de principe d’une personne sur la base de son orientation sexuelle. Exclusion qui disait la défiance d’une société vis-à-vis des homosexuels. Exclusion que beaucoup percevaient, à juste titre, comme une discrimination. Exclusion d’autant plus intolérable qu’elle s’appliquait à l’un des plus beaux actes de générosité: le don. Cette exclusion, je la condamne et je la combats, dans les actes, à travers ma décision: au printemps 2016, les homosexuels pourront donner leur sang dans notre pays.

Je veux vous dire surtout, parce que cela n’a pas été (assez) entendu, que cette décision est une étape importante, mais une étape seulement, dans un processus qui nous permettra de proposer les mêmes conditions de don aux hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes et aux hétérosexuels. Notre objectif, c’est l’égalité de tous face au don. C’est vers ce but que nous tendons.

Mais alors, pourquoi pas tout de suite? Pourquoi, encore, des conditions différentes? Pourquoi demander aux homosexuels qui souhaitent donner de ne pas avoir de relations sexuelles pendant 12 mois?

Pour que cette avancée soit sûre et pour qu’elle soit irréversible. Comme le don du sang était jusqu’à présent interdit aux homosexuels, nous ne disposons pas aujourd’hui de données scientifiques solides sur le sujet. En ouvrant le don de sang total aux hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, nous nous donnons les moyens de recueillir ces données et de démontrer scientifiquement que le risque de prélever du sang contaminé n’est pas plus élevé pour ces donneurs que pour les donneurs hétérosexuels. Ce préalable scientifique est une exigence légitime: la sécurité du don est une priorité absolue. C’est en apportant toutes les garanties, sur ce volet sanitaire, que nous nous donnons les meilleures chances d’enclencher et de faire accepter la convergence totale des critères du don.

Dans l’attente de ces résultats, nous fixons la contre-indication à 12 mois pour les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes car c’est le délai au terme duquel nous sommes certains, d’après les éléments scientifiques dont nous disposons actuellement, que le niveau de risque est identique entre homosexuels et hétérosexuels.

Je veux rappeler, enfin, car cela n’est pas un détail, que pour le don de plasma, les conditions seront les mêmes, que l’on soit homosexuel ou hétérosexuel, au printemps prochain.

À vous donc qui souhaitez aller plus loin, à vous qui souhaitez aller plus vite, je veux dire mon engagement à ne pas m’arrêter là. À vos interrogations, à vos doutes, je réponds: nous partageons le même combat. Menons-le ensemble! »

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