Les greffes d’utérus sont autorisées en France. C’est une mauvaise nouvelle pour les militants d’un droit à la GPA

Bonjour

Feu vert aux greffes d’utérus en France. L’Agence nationale de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé (ANSM) vient d’accorder une autorisation pour un premier essai clinique à une équipe du CHU de Limoges vient d’annoncer Le  Monde. Le protocole prévoit d’inclure huit femmes, qui recevront  un utérus prélevé sur le corps d’une femme en état de mort cérébrale (dans le cadre de prélèvement de différents organes).

L’information était attendue depuis juin dernier et la publication d’un rapport éclairant de l’Académie nationale de médecine (Roger Henrion, Jacques Milliez) sur cette  avancée aux confins de l’éthique et de la procréation chirurgicalement assistée.

Les questions sont ici nouvelles et d’une importance majeure. L’utérus n’est pas un organe vital mais son absence équivaut à une stérilité définitive. Pour les femmes concernées 1 souhaitant un enfant les seules solutions sont l’adoption ou la gestation pour autrui (officiellement interdite en France). Or la transplantation utérine est une alternative devenue crédible depuis les premières et récentes naissances d’enfants an Suède. En juin dernier on comptait trois naissances vivantes et neuf transplantations dont sept réussies. Si elles sont possibles de telles greffes  sont-elles souhaitables et si oui, sous quelles conditions ?  La greffe d’utérus est d’autre part envisagée comme une greffe « éphémère » : l’organe est retiré à la suite d’une ou deux grossesses (afin de limiter dans le temps l’impact des traitements immunosuppresseurs).

Procréation chirurgicalement assistée.

En France deux équipes étaient jusqu’ici partantes avec des approches opposées. A  Limoges, Tristan Gauthier et Pascal Pivert travaillent sur la greffe à partir de prélèvements sur cadavres. A l’hôpital Foch de Suresnes, Jean-Marc Ayoubi et René Frydman, ont fait le choix des donneuses vivantes – comme l’équipe suédoise du Pr Mats Brännström l’université de Göteborg. C’est donc l’équipe de Limoges qui a été préférée à l’équipe parisienne pour commencer les premiers essais français – une décision qui ne manquera pas d’être diversement commentée dans les milieux spécialisés.

L’essai clinique qui commence a été approuvé par le comité de protection des personnes (CPP) de la région, précise Le Monde.  Il est financé par des fonds publics, dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique. Une présélection des participantes est en cours. « L’objectif principal de cette étude de faisabilité est de démontrer que les bénéfices sont supérieurs aux risques, c’est-à-dire que ces transplantations peuvent permettre d’aboutir à des naissances, sans complications majeures » explique Tristan Gauthier, gynécologue-obstétricien qui ajoute que son équipe a reçu « énormément de demandes » à l’échelle nationale. L’ANSM a jugé nécessaire de limiter l’étude à des femmes qui n’ont pas encore d’enfant.  La première greffe française devrait être pratiquée à Limoges en 2016 suivie (ultérieurement) par une implantation d’un embryon conçu par fécondation in vitro.

Comparaison des avantages avec le GPA

Cette nouvelle donne française conduira immanquablement à soulever la question des avantages et des inconvénients comparés entre transplantation utérine et gestation pour autrui – et ce même si la GPA reste une pratique prohibée en France et que cette prohibition devrait durer (au minimum) jusqu’à la prochaine élection présidentielle. A quel titre demander le droit à la GPA si la greffe d’utérus est possible? On peut ici se reporter au rapport de l’Académie nationale de médecine :

« La transplantation utérine aurait plusieurs avantages dont le moindre ne serait pas, sinon de tarir le commerce éhonté des «ventres à louer» et l’asservissement des femmes, du moins d’en diminuer le formidable développement . L’indication étant strictement médicale respecte la loi de bioéthique. Elle ne porte pas non plus atteinte à la valeur symbolique de la maternité. Au plan légal, elle aurait l’énorme avantage de respecter l’adage mater semper certa est  [l’identité de la mère est toujours certaine] sur lequel s’appuie la loi française et d’éviter ainsi toute contestation légale. Elle supprimerait les conséquences médicales et psychologiques des liens qui se tissent inéluctablement entre la mère porteuse et l’enfant au cours de la grossesse, de mieux en mieux connus, en particulier depuis le remarquable développement de l’épigénétique. Elle éviterait enfin les cruels dilemmes qui se posent dans les GPA devant la découverte d’une malformation de l’enfant, la nécessité de réanimer un très grand prématuré ou un enfant souffrant d’une grave anoxie à la naissance, les parents prenant la décision et non plus la gestatrice (…)»

Le pari psychanalytique

En mai dernier, pressentant la suite des événements, une psychanalyste, Mme Delaisi de Parseval, s’était exprimée sur le sujet dans Libération.  Extrait :

« (…) Je serais curieuse de savoir ce que ces spécialistes vont penser de la greffe d’utérus, une alternative médicale à la GPA; la France est pour sa part dans les starting-blocks pour la prochaine naissance. Une sorte de «nature» sera peut-être respectée : l’utérus sera en effet greffé chez la femme qui deviendra enceinte. La provenance de cet organe ? Ce sera de la mère qui pourra le donner, ou une amie de la mère, ou une morte. Ou encore il pourra être donné par une personne transsexuelle qui veut devenir homme…

De quelle «nature» est-il question? Et quel risque de casse (deux opérations, l’une pour prélever l’utérus, l’autre pour le greffer) ! Tout ça pour esquiver la réflexion sur une forme particulière de don et de contre-don d’organe qui est loin de se résumer à une somme d’argent. (…) Je parie que, lors de la future naissance après transplantation d’utérus, nos spécialistes vont devoir se concerter à nouveau pour débattre du critère moral de l’enfantement naturel. »

Le propos de Mme Delaisi de Parseval est déjà pour partie obsolète : le prélèvement de présentera aucun risque. Pour le reste on saura bientôt ce qu’il en est, perdu ou gagné, de son pari.

A demain

1 La principale indication est l’absence d’utérus. Elle peut être d’origine congénitale s’associant à l’absence des deux tiers supérieurs du vagin dans le syndrome de MayerRokitansky-Küster-Hauser (MRKH) qui atteint une femme pour 4 500 en France, soit environ 100 à 200 par an. L’absence d’utérus peut succéder à une hystérectomie d’hémostase faite le plus souvent en urgence pour sauver la vie d’une femme ayant une hémorragie très abondante de la délivrance, dont la fréquence est de l’ordre de 0,5 pour mille, soit environ 350 à 400 cas par an.  L’absence d’utérus peut être due également à son ablation pour cancer, soit dans l’enfance ou l’adolescence (sarcome de l’utérus, tumeurs malignes de l’ovaire), soit à l’âge adulte (cancer du col), indication devenue de plus en plus fréquente qui doit être pesée avec le plus grand soin en raison du risque accru de récidive ou de néo tumeurs liées au traitement immunosuppresseur.

La deuxième indication est l’existence de malformations utérines ou la destruction fonctionnelle de l’utérus.

La troisième indication est l’existence d’antécédents d’avortements spontanés, de grossesses extra-utérines ou de morts fœtales à répétition, ou d’échecs répétés de fécondation in vitro.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s