Attentats de Paris : la métamorphose médiatique du Pr Philippe Juvin, patron des urgentistes

Bonjour

Le patron. Parmi les blouses blanches on ne voit que lui, ou presque : le Pr Philippe Juvin chef de service des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (LR). Sur toutes les chaînes et dans les éditions spéciales des journaux papiers. On le voit aussi, on l’entend, sur Public Sénat : « On empêche les gens de mourir », le témoignage bouleversant de Philippe Juvin » .

Le Journal du Dimanche ou Libération ouvrent également leurs colonnes au Pr Juvin:

« Il est 23 heures, vendredi, quand le professeur Philippe Juvin, chef du service des urgences de Pompidou, est prévenu. Il dîne dans un restaurant du Quartier latin, comme tous les vendredis soirs. «Voyant l’ampleur des attentats, en route vers mon hôpital, je me sers de Twitter pour demander à tous les médecins disponibles du XVe arrondissement de venir nous aider. Et quand j’arrive, c’est incroyable, il y a tout ce qu’il faut. Des médecins du quartier, mais aussi 17 anesthésistes réanimateurs qui sont là. Et on a pu travailler.» (…) Il est alors autour de 2 heures du matin, et la plupart viennent du Bataclan. «Je n’ai jamais vu cela, j’ai fait de la médecine de guerre, raconte Philippe Juvin. Là, d’un coup, arrivent des dizaines – peut-être 60 – blessés par balles.»

Un psychiatre, en permanence

La règle, dans ce type de situation, est claire : ne pas attendre, décider tout de suite devant chaque blessé. Faire le tri, éviter les examens inutiles, identifier ceux sur lesquels il faut intervenir au plus vite. Certains ont déjà des garrots posés. Un psychiatre est là à Pompidou, de permanence ; il reçoit les proches et les témoins de gens qui sont morts à leurs côtés. (…) «C’est tout l’hôpital qui était là, mobilisé. On n’avait aucun problème pour avoir des lits, alors que d’ordinaire, c’est impossible, note Philippe Juvin. Là, la directrice, Mme Costa, s’en occupait directement.»

(….) A l’hôpital Pompidou, il n’y a pas eu de décès. «C’est là qu’on voit combien l’hôpital sait s’adapter», lâche le professeur Juvin, impressionné par le fait que«tout a pu être digéré si vite». «Des dizaines de blessés d’un coup, vous vous rendez compte, et on a pu tous les prendre en charge au top, insiste-t-il. Le personnel a été incroyable, et dès 6 heures du matin, on a pu renvoyer des gens chez eux.»

Le professeur Juvin est allé dormir une heure, puis il est revenu. Il montre la fenêtre de son bureau, qui donne sur le vaste hall de son établissement. «Regardez la queue qui s’est formée sur près de 100 mètres. Des personnes qui viennent pour donner leur sang. » »

 Avec un peu de mémoire

Un chef de service qui reconnaît que parfois, l’hôpital « sait s’adapter »… un patron qui salue ses confrères … un urgentiste qui s’étonne  de l’existence persistance d’une solidarité médicale… Avec un peu de mémoire médiatique on conclurait à la métamorphose.

Voici comment, en février 2012, Libération (comme de nombreux titres) parlait du Pr Juvin :  « Un chef trop politique pour l’hôpital Pompidou »:

« Aujourd’hui à Paris, ce n’est plus la grippe, mais la nomination du professeur Philippe Juvin aux services des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou qui provoque une poussée de fièvre. Hier, une lettre ouverte a été adressée à la directrice générale des hôpitaux de Paris [Martin Hirsch n’était pas encore nommé] (…) Les propos sont violents : «Il ne vous a pas échappé que la nomination de Philippe Juvin à la tête du service d’accueil des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou créait ce qu’il faut bien appeler un scandale dans l’institution que vous dirigez. Nous vous demandons que cesse cette situation… Monsieur Philippe Juvin exerce des mandats électifs, sans aucun rapport avec ses activités professionnelles de professeur des universités-praticien des hôpitaux.» Et les signataires de demander une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales.

Les urgences de Georges-Pompidou sont certes importantes (51 000 patients par an, près de 140 par jour), mais depuis sa création, ce service marche mal, avec des dysfonctionnements récurrents, alors que l’hôpital est supposé être le plus moderne de France. «Depuis des années, on dénonce les conditions inadmissibles de prise en charge des patients», ont raconté à Libération, à plusieurs reprises, les deux représentants des usagers au conseil d’administration de Pompidou. L’ancien chef de service étant critiqué pour son manque de capacité organisationnelle. (…)

Cumul des tâches

  «J’ai été nommé après un long processus de deux ans», rétorque, de son côté, le nouveau promu, le professeur Philippe Juvin«A l’hôpital Beaujon dont je viens, tout le monde reconnaît que le service marchait bien. Là, je me suis engagé à réduire les temps d’attente pour les patients aux urgences, et à améliorer la qualité. J’ai une feuille de route très claire. Et je ferai un bilan dans un an, dit-il, avant de concéder : Mais c’est exact, je mène à côté mes activités d’élu et de responsable politique. Mais je ne suis pas le seul dans ce cas. Chez les professeurs, c’est répandu. Reste que moi, je n’ai pas de gros secteur privé comme certains de ceux qui me dénoncent dans cet appel.»

Sur le papier, il y a, il est vrai, quelque chose d’étonnant dans le cumul de tâches de Philippe Juvin. S’il est reconnu comme un bon professionnel, l’urgentiste est également député européen, maire de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine), et responsable des questions de santé à l’UMP [‘’Les Républicains’’ n’était pas né]. Bref, un emploi du temps bien chargé. «Il faut savoir s’organiser», répète-t-il. »

C’était en février 2012. Qui pouvait alors imaginer ce à quoi seraient, une nuit de novembre 2015, confrontés les urgences et les blocs des grands hôpitaux de Paris ?

 A demain

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