Les invraisemblables épandages sauvages d’antibiotiques: le cri d’alarme du patron de l’OIE

Bonjour

Le Dr Bernard Vallat n’est pas un homme qui aime parler aux médias. Vétérinaire, grand connaisseur de l’Afrique, ce haut fonctionnaire français est, depuis quatorze ans, le directeur général de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale). Au fil de ses missions il a été confronté à de multiples crises sanitaires animales et humaines – à commencer par celles de la « vache folle ». De 1997 à 2000, il a présidé la Commission du Code sanitaire pour les animaux terrestres de l’OIE, en liaison avec  l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Fin décembre le Dr Vallat quittera ses fonctions à la tête de l’OIE. Il y sera remplacé par la Dr Monique Eloit.

Incurie généralisée

Est-ce son départ prochain qui explique l’éditorial que vient de signer le Dr Vallat ? Il faut lire ce document pour prendre la mesure de la menace : « Risques liés à l’usage des antimicrobiens chez l’animal au niveau mondial ». Ce texte fait suite à l’évaluation de la qualité des systèmes  nationaux de santé animale (incluant les services vétérinaires) dans plus de cent-trente pays. C’est, pour le dire simplement, l’incurie généralisée. Extraits :

« Plus de cent-dix pays évalués, en majorité des pays en développement et des pays émergents, ne disposent pas encore de législation pertinente relative aux conditions appropriées d’importation, de fabrication, de distribution et d’usage des produits vétérinaires, y compris les antimicrobiens [antibiotiques]. La législation est parfois totalement absente. Lorsqu’elle existe elle n’est très souvent pas appliquée faute de moyens publics pour effectuer les contrôles. Dans ces pays les antimicrobiens sont le plus souvent directement ou indirectement accessibles à tous sans contrainte. Plus grave encore, ces produits circulant comme des marchandises courantes sont le plus souvent frelatés (dosage inférieur à la mention écrite sur le flacon, molécule différente ou placebo intégral). »

Antibiotiques sur arbres fruitiers

Ce n’est pas tout : « Des milliers de tonnes de produits antimicrobiens frelatés destinés aux animaux sont en circulation dans le monde (le problème est similaire pour les produits destinés à l’homme). L’usage des antibiotiques destinés à l’animal par des personnes non formées à cet effet n’est hélas pas l’apanage des pays en développement ou émergents. Dans bon nombre des pays de l’OCDE, l’accès direct aux antibiotiques, notamment par Internet est très facile et d’usage très fréquent par les producteurs agricoles. »

Ou encore : « L’épandage de certains antibiotiques sur les arbres fruitiers pour combattre certaines bactérioses végétales est toujours autorisé dans certains de ces pays, ainsi que l’incorporation de certains antibiotiques dans l’aliment des animaux comme promoteurs de croissance et à d’autres fins non thérapeutiques. »

Colonisations bactériennes

Que faire face à un tel constat – un constat à très haut risque compte tenu de la croissance des phénomènes de bactéries devenant résistantes et multi-résistantes ? Le  Dr Vallat évoque quelques pistes – à commencer par des actions politiques au niveau du G8 ou de l’OMC. Pour autant, et en dépit des actions de l’OIE, aucune illusion :

 « L’adoption de dispositions efficaces par le reste de la planète sera long, difficile et controversé, voire illusoire. La mondialisation des échanges de marchandises alimentaires, du tourisme classique ou médical permettent et permettront malheureusement aux bactéries d’origine humaine et animale résistantes existantes ou en devenir de coloniser facilement toute la planète quelles que soient les mesures préventives appliquées localement. »

Se résigner à l’ignorance? 

Terrible prophétie qui nous impose de prendre date. On aimerait savoir ce que penserait de tout cela Charles Nicolle. Nicolle élève de Pasteur qui écrivait il y a près d’un siècle, quelques années avant la découverte du premier antibiotique :

« Il y aura donc des maladies nouvelles. C’est un fait fatal. Un autre fait, aussi fatal, est que nous ne saurons jamais les dépister dès leur origine. Lorsque nous aurons notion de ces maladies, elles seront déjà toutes formées, adultes pourrait-on dire. Elles apparaîtront comme Athéna parut, sortant toute armée du cerveau de Zeus.

Comment les reconnaîtrons-nous, ces maladies nouvelles, comment soupçonnerions-nous leur existence avant qu’elles n’aient revêtu leurs costumes de symptômes ? Il faut bien se résigner à l’ignorance des premiers cas évidents. Ils seront méconnus, confondus avec des maladies déjà existantes et ce n’est qu’après une longue période de tâtonnements que l’on dégagera le nouveau type pathologique du tableau des affections déjà classées. »

A demain

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