Terrorisme biochimique: faut-il vraiment accuser le Premier ministre de tenir un discours «anxiogène»?

Bonjour

Jusqu’où irons-nous ? Bientôt une semaine et une forme de sidération, diffuse et collective, s’est installée. Cent trente morts. Bientôt une cérémonie aux Invalides. Des dispositions d’exception faites pour durer. Et des déclarations de l’exécutif qui semblent ne plus devoir s’arrêter. Avec un crescendo dramatique qui ne peut qu’ajouter de l’inquiétude aux inquiétudes.

C’est dans ce contexte que Manuel Valls s’est défendu, vendredi 20 novembre, d’entretenir « [il ne sait] quel sentiment anxiogène ».  « Nous devons avoir les yeux ouverts face au risque d’une surenchère de la terreur. Nous sommes plusieurs à le dire depuis des mois. Dire cela, ce n’est pas alimenter la peur ou alimenter je ne sais quel sentiment anxiogène. Ce sont les faits. C’est la terreur qui alimente la peur. Pas nos discours, pas nos actes »  a déclaré le Premier ministre dans son discours au Sénat pour lui demander de voter la prolongation de l’état d’urgence.

Début de polémique

Ses déclarations de la veille, devant l’Assemblée nationale, sur le risque d’attentats perpétrés « avec des armes chimiques ou bactériologiques » ont suscité un début de polémique.

« Il ne faut aujourd’hui rien exclure et je le dis avec toutes les précautions qui s’imposent, mais nous le savons et nous l’avons à l’esprit, il peut y avoir aussi le risque d’armes chimiques et bactériologiques. »

Des voix se lèvent désormais dans les médias pour, ouvertement, s’inquiéter de la tendance croissante à l’alarmisme du Premier ministre. D’autres (ou les mêmes) l’accusent de dramatiser sa communication. Qui a tort, qui a raison ?

Etat-major calme

Les services de l’Hôtel Matignon ont assuré au Monde que ces propos ne faisaient suite à aucune « nouvelle information sur l’état de la menace, juste à un constat réaliste ». « Les spécialistes du Proche-Orient savent que Daech cherche et utilise des armes chimiques. Ne pas envisager cette hypothèse serait une faute » précise-t-on à Matignon. Ne pas l’envisager, certes, mais l’évoquer publiquement ? Pour prendre date ? Pour ne pas être accusé de ne pas l’avoir envisagée ? Qui calculera le rapport entre le coût et les bénéfices ?

Le Monde ajoute encore que « pour l’état-major », aucune alerte n’est à signaler et aucune mesure particulière prévue. Mais l’état-major d’ajouter que  « tout est possible ». Interrogé au JT de France 2 (19 novembre), Manuel Valls a  précisé ses propos évoquant un risque « extrêmement limité », sans « indice » particulier. Dès lors fallait-il parler comme il l’a fait ?

Gaz sarin et moutarde

L’affaire s’est compliquée, on le sait, de la publication d’un arrêté signé du Pr Benoît Vallet, directeur général de la Santé permet désormais à la Pharmacie centrale des armées d’approvisionner sous un nouveau conditionnement, plus grand, les SAMU en sulfate d’atropine – dans l’optique de la COP21 qui se tiendra bientôt à Paris. Or ce produit est un (aussi) antidote utilisé contre les gaz neurotoxiques de la famille des organophosporés – dont fait partie le tristement célèbre « gaz sarin », utilisé dit-on comme arme chimique en Syrie.Il faut encore compter avec le non moins tristement célèbre gaz moutarde – gaz moutarde qui serait également utilisé en Syrie et qui avait été utilisé contre les Kurdes par le régime de Sadam Hussein (Halabja, 1988, environ 5 000 morts).

Plusieurs médias donnent actuellement la parole à Olivier Lepick. Pour ce chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) l’hypothèse d’une utilisation d’armes chimiques sur des territoires extérieurs à la Syrie et à l’Irak « est réelle, mais elle reste très faible, compte tenu des barrières techniques et logistiques pour détenir ces produits en grande quantité, et pour les déplacer sur des milliers de kilomètres ». Mais M. Lepick dit aussi que cet usage se situerait pleinement dans la dynamique terroriste de Daesh – avec cette fois un impact psychologique considérable. Ce que nous pressentons tous.

Dès lors, que penser ? Les dernières crises sanitaires de grande ampleur ont démontré de manière exemplaire les risques inhérents aux déclarations des responsables politiques – qu’il s’agisse de sous-estimation (VIH) ou de surestimation (H1N1). On peut raisonnablement postuler (et espérer) que Manuel Valls et son entourage ont bien pris la mesure de cette équation politique, sanitaire, militaire et médiatique à d’innombrables inconnues.

A demain

 

 

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